Cannes, 23 février 1869.
Ne m'en voulez pas, chère amie, si je ne vous écris pas. Je n'ai pas de
bonnes nouvelles à vous donner de moi, et à quoi bon vous envoyer de
mauvais bulletins? Le fait est que je suis toujours très-souffrant, et
je m'aperçois que mon mal n'est pas guérissable. J'ai essayé de je ne
sais combien de remèdes infaillibles; j'ai été entre les mains de trois
ou quatre très-habiles hommes, pas un seul ne m'a donné le moindre
soulagement. Je me trompe, j'ai trouvé à Nice, il y a quelque temps, un
homme de beaucoup d'esprit, un peu charlatan, qui m'a donné gratis des
pilules qui m'ont débarrassé de certaines suffocations très-pénibles
qui arrivaient toutes les nuits. à présent, c'est le matin qu'elles me
prennent, mais avec moins de force, et elles durent moins longtemps.
Quant à la bronchite, qui est le morceau de résistance de ma maladie,
elle est au beau fixe.
Souffreteux et triste comme je suis, je n'ai que la force de lire,
et je n'ai guère de livres. J'ai lu avec intérêt, ces jours passés,
les _Mémoires d'un paysan écossais_ qui, à force d'intelligence et de
travail, est devenu homme de lettres, professeur de géologie et un
homme célèbre. Malheureusement, il s'est coupé la gorge il y a peu de
temps, le travail ayant sans doute tout à fait usé sa cervelle. Il
s'appelait Hugh Miller.--Je pense que vous trouverez mon _Ours_ plus
présentable sous sa nouvelle forme. Quand je puis peindre, j'y fais
des illustrations pour le donner à l'impératrice quand je reviendrai
à Paris. Ne croyez pas que je représente toutes les scènes, celle par
exemple où cet ours s'oublie. Adieu, chère amie; je regrette pour vous
que vous ne retourniez pas à Rome cette année. Il me semble que tout
va se gâtant. Il n'y a plus d'Espagne; bientôt, il n'y aura plus de
saint-siège. La perte sera plus' ou moins grande, selon les idées des
gens. Mais c'est une chose qu'il faut voir une fois (comme diverses
autres choses), pour n'avoir pas de tentations ni de regrets. Adieu. .
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