CCCVII

Paris, lundi soir, 28 octobre 1867.

Chère amie, vous parlez de vie végétale. En vérité, c'est celle qu'on

voudrait mener aujourd'hui; mais le siècle est au mouvement. Les

végétaux humains sont aussi malheureux que ceux qui vivent au pied

de l'Etna. De temps en temps, il leur tombe un fleuve de feu, et,

presque toujours, ils sont emportés par les vapeurs sulfureuses. Ne

trouvez-vous pas déplorable que Pie IX et Garibaldi, deux fanatiques,

mettent tout en désarroi par leur obstination? Une chose qui montre

les mœurs de ce temps-ci, c'est que ceux qui blâment l'envoi de nos

troupes à Rome disent, quand on leur parle du traité du 15 septembre:

«Qu'importe un traité? M. de Bismark ne les observe pas.» J'ai envie

de leur prendre leur montre et de leur dire qu'il y a des exemples de

montres volées. Ce qu'il y a de plus affligeant dans tout ceci, c'est

que nous nous engageons de nouveau, pour je ne sais combien de temps, Ã

garder le pape, qui ne nous en a pas la moindre reconnaissance. . . . .

. .

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_Le Correspondant_ s'exécute et imprime la suite du roman de

Tourguenief, sans cependant permettre que l'entrevue de Litvinof et

d'Irène ait duré plus d'une heure. Je crois vous en avoir parlé. Le

lisez-vous? Il est impossible que _le Correspondant_ n'aille pas à ***.

Au reste, je vous donnerai le roman à votre retour.

Je suis toujours souffreteux, respirant mal, et à la veille de ne plus

respirer du tout. Cette mort si subite de M. Fould m'a fait beaucoup de

peine. Elle a, d'ailleurs, été la plus douce qu'on puisse souhaiter;

mais pourquoi si prompte? Il a écrit dix-huit lettres le matin même de

sa mort, et, deux heures avant de se coucher, il semblait parfaitement

bien portant. Il n'avait pas fait le moindre mouvement dans son lit,

et on ne voyait pas la plus petite contraction dans ses traits; c'est

exactement la même mort que celle de M. Ellice; c'est ce que les

Anglais appellent _visitation of God._

Je pense me mettre en route dans les premiers jours de novembre. On me

presse de partir pour échapper aux rhumes dont il est si difficile de

se préserver ici. Je suis à terminer une tartine pour _le Moniteur_,

sur un bouquin grec, et je me mettrai en route dès que j'aurai fini.

Adieu, chère amie; j'espère que vous reviendrez avant mon départ.

Quittez tous ces vilains brouillards, prenez soin de vous. Adieu

encore. . . . . . . .

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Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 152 / 183 题