Paris, 17 juillet 1862.
Je ne vous dirai pas tous les regrets que j'ai eus. Je voudrais que
vous les eussiez partagés, et, si vous en aviez eu la moitié, vous
auriez bien trouvé moyen de faire attendre les autres pour moi. J'ai eu
de très-ennuyeux jours depuis votre départ. Ma pauvre vieille Caroline
est morte chez moi, après avoir beaucoup souffert; me voilà sans
cuisinière et ne sachant pas trop comment je ferai. Après sa mort, ses
nièces sont venues se disputer sa succession. Il y en a une cependant
qui a pris son chat, que je me proposais de garder. Elle a laissé, à ce
qu'il paraît, douze ou quinze cents francs de rente. On m'a démontré
qu'elle n'a pu amasser tout cela avec les gages qu'elle avait chez moi,
et cependant je ne crois pas qu'elle m'ait jamais volé, je m'abonnerais
bien à l'être toujours de même. Je pense beaucoup à avoir un chat
semblable à feu Matifas, qui vous trouvait si à son gré; mais je vais
partir pour les Pyrénées et je n'aurai pas le temps de l'éduquer. On me
dit que les eaux de Bagnères-de-Bigorre me feront le plus grand bien.
Je les crois parfaitement sans pouvoir; mais il y a de belles montagnes
dans le voisinage et j'ai des amis dans les environs. M. Panizzi doit
venir me prendre le 5 août; nous reviendrons ensuite en faisant un
grand tour par Nîmes, Avignon et Lyon.--J'espère arriver à Paris en
même temps que vous.
Madame de Montijo est arrivée la semaine passée; elle est bien changée
et fait peine à voir. Rien ne la console de la mort de sa fille, et je
la trouve moins résignée qu'au premier jour. J'ai dîné à Saint-Cloud,
jeudi passé, en très-petit comité et je m'y suis assez amusé. Il m'a
semblé qu'on y était moins papalin qu'on ne le dit généralement. On m'a
laissé médire des choses tout à mon aise, sans me rappeler à l'ordre.
Le petit prince est charmant. Il a grandi de deux pouces, et c'est le
plus joli enfant que j'aie vu. Nous finissons demain notre travail sur
le musée Campana. Les adhérents des acheteurs sont furieux et nous
bombardent dans les journaux. Nous en aurions long à dire, si nous
voulions mettre en lumière toutes les bêtises qu'ils ont faites et les
drogues qu'on leur a données pour des antiques. Il fait ici une chaleur
horrible et je ne m'en trouve pas mal. On dit que c'est bon pour les
blés. Adieu, chère amie. . . .
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