17 septembre 1860.

Je ne perds pas un moment pour vous dire que je viens de recevoir

votre lettre du 13 de ce mois. Je vois que vous vous plaignez de

n'avoir pas reçu de lettres et je n'y comprends rien. Il y a dans

tout cela un mystère que je ne m'explique pas. Je vous félicite de

votre heureuse traversée. La mienne n'a pas été aussi bonne pour avoir

été moins longue, je suppose, mais cela ne s'applique qu'aux lettres

de Marseille; je suppose que tout le monde a perdu la tête lors du

passage de l'empereur, et que tous les services ont été suspendus. Un

négociant de Marseille, à qui j'avais écrit pour un envoi très-pressé,

m'a répondu hier qu'il n'avait pas eu le temps, à cause des fêtes. Il

paraît que personne n'était plus à son affaire. Nous avons, depuis

quelques jours, un très-beau temps. Probablement j'en aurais profité

pour aller dire adieu à la campagne, mais j'ai eu chez moi mon ami

Panizzi. Je l'ai emballé hier pour Turin, où il ne restera que quelques

jours. Il doit revenir à la fin de la semaine. Je suis mieux portant

depuis mon voyage en Écosse. Seulement, je dors fort mal. Je vous envie

le spectacle que vous allez avoir: la partie arabe, qui doit avoir

un certain caractère d'étrangeté; vous m'en ferez une description

détaillée, j'espère. Adieu, chère amie. Veuillez m'écrire aussitôt que

vous aurez reçu ma lettre. Dites-moi ce que vous pensez de ces lettres

perdues ou retardées, et donnez-moi vos ordres pour le petit paquet que

j'ai à vous envoyer. Je me suis abstenu de chercher moi-même un moyen,

persuadé que vous en trouverez un. Adieu; prenez bien soin de vous. . .

. . . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 71 / 183 题