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Londres, _British Museum_, 20 juillet 1860.

C'est assurément fort aimable à vous de ne pas m'avoir donné signe de

vie, ni un mot d'adieu avant mon départ. Je ne vous pardonnerai que

la première fois que nous nous verrons. J'ai été retardé par toute

sorte d'embarras, et je n'ai pu partir qu'hier matin, par un temps

de chien. Pourtant, je me suis conduit assez héroïquement pendant la

traversée, et j'ai été presque le seul qui n'ait pas rendu l'âme aux

flots agités. J'ai trouvé ici le temps de l'éclipse à Paris. Il me

faut toujours quelque temps à Londres pour m'habituer à la singulière

lumière qu'il y fait. Il semble qu'elle passe au travers d'une gaze

brune. Cette lumière et les fenêtres sans rideaux me tracasseront

encore quelques jours. En revanche, je me suis régalé de toute sorte de

bonnes choses, et j'ai dîné et déjeuné comme un ogre, ce qui ne m'était

pas arrivé depuis assez longtemps. Mon seul regret est de n'avoir pas

ici ma chouette, qui joue sur mon tapis le soir, comme le chat que

vous connaissiez autrefois. Je vous assure que c'est une très-jolie

bête, et qui a de l'esprit plus quelle n'est grosse, car elle ne l'est

pas plus que mon poing. Il m'importe très-particulièrement de savoir

d'une manière très-exacte, avant la fin de ce mois de juillet, Ã

quelle époque vous vous proposez de venir à Paris, le temps que vous y

passerez et quand vous prétendez aller à Alger. C'est en conséquence

de vos plans que je ferai les miens. Je n'ai pas besoin de vous dire

que vous êtes le grand motif déterminant pour moi, de quitter les

Highlands plus tôt, ou même de n'y pas aller du tout. Ne songez pas et

surtout ne faites pas semblant de croire que ce serait un sacrifice. Je

reviendrais demain si vous me disiez que vous êtes à Paris. Sachez pour

votre gouverne que je suis ici jusqu'au 30.

Adieu; je suis vraiment de bien mauvaise humeur contre vous.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 63 / 183 题