La seconde façade, sur la rue Guénégaud, offre un attique, sur un

soubassement de même hauteur que celui de la première, et orné de

bossages. Sur l'avant-corps, on a placé les figures des quatre

éléments, exécutées par Caffieri et Dupré. L'extrémité du grand

bâtiment forme pavillon à l'un des bouts de cette façade. On en a

construit un pareil à l'autre bout, mais uniquement pour la régularité

de la décoration.

La cour principale a cent dix pieds de profondeur sur

quatre-vingt-douze de largeur; elle est entourée d'une galerie. La

salle des balanciers s'annonce par un péristyle de quatre colonnes

doriques; quatre colonnes toscanes en supportent la voûte intérieure:

dans le fond est la statue de la Fortune, par Mouchy. Sur les arcades

et portes carrées dont est alternativement percée la construction

circulaire qui termine cette cour, sont placés les bustes de Henri IV,

Louis XIII, Louis XIV, et Louis XV[264].

[Note 264: _Voyez_ pl. 192.]

Le cabinet de minéralogie, qui occupe le pavillon du milieu au premier

étage, est décoré de vingt colonnes corinthiennes d'un grand module,

qui soutiennent une tribune régnant au pourtour dans la hauteur du

deuxième étage; il est orné de bas-reliefs et d'arabesques. Les

corniches, les chambranles des portes et des croisées, sont enrichis

d'ornements sculptés et dorés, mais distribués avec goût et sans

confusion. Un lambris circulaire renferme des banquettes pour les

personnes qui assistent au cours de minéralogie, et sert de fond aux

armoires établies sur sa face extérieure, pour renfermer la collection

des minéraux. Personne n'ignore que cette collection précieuse est la

plus complète qui existe en Europe.

La pièce qui la contient et que nous venons de décrire est d'un style

très noble; mais elle pèche peut-être par un excès de richesse. Ces

dorures, cette variété de couleurs dont elle est parée, lui donnent

plutôt l'air d'une salle de concert ou de bal, que d'un lieu destiné à

l'étude. Telle qu'elle est cependant, il n'en est aucune du même genre

qu'on puisse lui comparer.

Les cours de l'école royale des mines, indépendants des cours publics

qui se tenoient trois fois la semaine, avoient lieu tous les jours

dans cette salle. Le public pouvoit y assister; mais on n'étoit admis

au nombre des élèves qu'après avoir subi des examens.[265]

[Note 265: L'hôtel des Monnoies n'a point changé de destination.]

LE COLLÉGE MAZARIN, DIT DES QUATRE-NATIONS.

On sait que le cardinal Mazarin, n'ayant pu exécuter lui-même le

projet qu'il avoit formé d'établir un collége en faveur d'un certain

nombre de jeunes gentilshommes ou principaux bourgeois des pays

nouvellement conquis, ordonna, par son testament du 6 mars 1661, que,

sous le bon plaisir du roi, il seroit fondé un collége, sous le nom

et titre de _Mazarin_, pour soixante gentilshommes ou bourgeois de

Pignerol et de son territoire, de l'État ecclésiastique, d'Alsace et

pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillon[266]. Dans le même acte,

ce ministre inséra les statuts qu'il avoit fait dresser pour ce

collége et académie, et légua, pour assurer le succès de sa fondation,

deux millions en argent, 45,000 liv. de rente sur l'hôtel de ville et

sa bibliothèque, suppliant en outre S. M. de vouloir bien unir à tous

ces dons, et à perpétuité, le revenu de l'abbaye de Saint-Michel en

l'Herm, dont il étoit titulaire. Toutes ces dispositions furent

exactement remplies par MM. de Lamoignon, Fouquet, Le Tellier,

Zongo-Ondedei, évêque de Fréjus, et Colbert, ses exécuteurs

testamentaires. Comme un établissement aussi magnifiquement conçu

demandoit un très vaste terrain et de nombreux bâtiments, ils

jettèrent d'abord les yeux sur le palais d'Orléans dit le

_Luxembourg_; mais le prix considérable qu'il auroit coûté, et les

changements dispendieux qu'il auroit fallu y faire, les forcèrent d'y

renoncer; et ils se déterminèrent à acheter ce qui restoit encore de

l'hôtel et du séjour de Nesle. Ils y joignirent quelques maisons

voisines, et obtinrent, au mois de juin 1665, des lettres-patentes,

enregistrées le 14 août, par lesquelles Sa Majesté confirmant cette

fondation, vouloit qu'elle fût considérée comme fondation royale.

[Note 266: C'est ce qui a fait donner, à cette fondation, le nom de

collége des _Quatre-Nations_.]

Le monument, commencé sur les dessins de Levau, premier architecte du

roi, fut exécuté par deux autres architectes, Lambert et d'Orbay. On

démolit à cet effet, en 1662, la tour de Nesle, reste des anciens

hôtels dont nous venons de parler; et sur ce vaste emplacement,

s'élevèrent assez rapidement, et les immenses constructions qui

forment le corps de cet édifice, et cette façade, unique dans son

genre à Paris, qui se compose d'un avant-corps, surmonté d'un dôme et

de deux ailes en demi-cercle, que terminent deux gros pavillons;

mélange singulier de parties incohérentes, de lignes ressautées, de

pilastres alliés avec des colonnes et de toutes les combinaisons

systématiques de l'ancienne architecture françoise, mais dont la masse

présente cependant une décoration d'un effet imposant, et tel qu'on

pouvait le désirer pour accompagner heureusement la façade latérale du

Louvre, située en regard, sur la rive opposée de la Seine[267].

[Note 267: _Voyez_ pl. 193.]

On a reproché aux deux pavillons du collége des Quatre-Nations

d'intercepter le passage et même la vue du quai dans toute son

étendue; et, depuis long-temps, l'opinion générale semble demander

leur démolition. Le quai y gagneroit sans doute; mais il faudrait

renoncer à l'heureux effet que produisent les masses combinées du dôme

et de ces pavillons, disposition pittoresque et théâtrale que l'on

trouve si rarement à Paris, où la plupart des monuments, ensevelis au

milieu d'une foule de constructions étrangères, ne se présentent

presque jamais, dans tout leur développement, et sous un point de vue

agréable. Il est certain que, ces deux parties du bâtiment étant

détruites, le dôme, isolé dans une trop vaste étendue, ne paroîtroit

plus qu'un point maigre et de l'aspect le plus mesquin.

L'avant-corps, décoré de colonnes et de pilastres corinthiens et

surmonté d'un fronton triangulaire, sert d'entrée à l'intérieur du

dôme, autrefois la chapelle du collége, et dédiée sous le nom de

_Saint-Louis_; cet intérieur a cela de singulier, qu'il est de forme

elliptique, tandis que le dôme extérieur est circulaire, moyen

ingénieux employé par l'architecte pour placer dans l'épaisseur des

murs quatre escaliers à vis par lesquels on monte à quatre tribunes,

et sur le comble de l'édifice. Autour de cette courbe ovale

s'élevoient quatre grandes arcades séparées par des pilastres

corinthiens, dont l'une servoit d'entrée et les trois autres de

chapelles. La coupole, qui paroît un peu élevée pour son petit

diamètre, offroit, dans toutes ses parties, un grand luxe de peinture

et de sculpture; le dôme, décoré extérieurement de pilastres, est

garni de bandes de plomb doré qui répondent symétriquement à ces

pilastres, et se terminent au campanille placé sur son sommet[268].

[Note 268: _Voyez_ pl. 194.]

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Nativité; par _Alexandre Véronèse_.

SCULPTURES.

Au dessus de la corniche du maître-autel, un bas-relief

représentant saint Louis qui reçoit la couronne d'épines des

mains du patriarche de Jérusalem; par _Bocciardi_.

Dans les pendentifs de la coupole, les quatre évangélistes en

bas-reliefs; par le même.

Dans les angles des arcs, huit figures de femmes offrant les

emblèmes des huit Béatitudes; exécutées en bas-reliefs par

_Desjardins_.

Entre les pilastres de l'ordre supérieur, les douze apôtres en

médaillons; par le même.

Sur la balustrade qui règne extérieurement au dessus du portail,

les quatre évangélistes et les pères des églises grecque et

latine; par le même.

Dans le fronton, un cadran accompagné des deux figures

allégoriques de la Science et de la Vigilance.

Le pavé et toutes les décorations de l'autel, exécutés en marbre,

présentoient une grande magnificence.

SÉPULTURE.

Dans cette chapelle avoit été inhumé le cardinal Mazarin,

fondateur du collége. Son mausolée, de la main de _Coyzevox_,

étoit placé dans une chapelle à droite du sanctuaire[269].

[Note 269: Le cardinal, revêtu des marques de sa dignité, est

représenté à genoux sur un coussin, une main sur son coeur, l'autre

étendue; derrière lui, un génie soutient un faisceau d'armes. Au

dessus, deux figures qui accompagnent ses armoiries offrent chacune

une double allégorie: d'un côté, la Charité et la Foi; de l'autre, la

Religion et la Vigilance. Sur la base du monument sont assises trois

figures en bronze, qui, par leurs attributs divers, indiquent la

France et la Fidélité, l'Abondance et la Paix, la Prudence et l'art de

gouverner. Ce monument, dont l'ensemble n'est pas à la vérité sans

magnificence, mais que toutes les descriptions présentent comme un

chef-d'oeuvre, nous semble d'un style maigre, dépourvu de vérité

d'imitation dans les figures, de noblesse et d'élégance dans les

draperies. La statue seule du cardinal est traitée avec plus de soin;

la tête peut même passer pour belle. (Déposé, pendant la révolution,

aux Petits-Augustins.)]

Les bâtiments de ce collége sont immenses et se prolongent le long de

la rue Mazarine, divisés en trois cours. Toutes ces constructions,

celles de la première cour exceptées, n'ont absolument aucun mérite

sous le rapport de l'architecture. Cette première cour présente, de

chaque côté, un portique en arcades, orné de pilastres corinthiens;

l'un mène à la bibliothèque qui occupe le pavillon de la gauche, et la

plus grande partie de cette face latérale; l'autre sert d'entrée à la

chapelle.

La seconde cour, l'une des plus vastes de Paris, n'a de bâtiments que

de deux côtés seulement. Au rez de chaussée étoient les classes, et

au premier étage les appartements, des maîtres et les dortoirs des

boursiers. La troisième, qui est la plus petite, renfermoit les

cuisines, les offices, etc.[270].

[Note 270: Le collége des Quatre-Nations, connu aujourd'hui sous le

nom de _Palais des Sciences et des Arts_, est consacré aux travaux et

aux séances des quatre Académies, réunies sous celui d'_Institut_.]

BIBLIOTHÈQUE.

Cette bibliothèque, l'une des plus belles et des plus nombreuses de

Paris, se compose des débris de cette fameuse bibliothèque du cardinal

Mazarin, dont le parlement ordonna en 1652 la confiscation et la

vente. Elle avoit été formée par Gabriel Naudé, le plus habile

bibliographe de son temps; ce fut encore lui que le cardinal chargea,

après la fin des troubles, d'en créer une autre en rassemblant ce

qu'il pourroit retrouver de l'ancienne, ce qu'il fit avec tant de

succès, qu'elle fut rétablie presque en son entier. On y joignit

ensuite la bibliothèque de M. Descordes, chanoine de Limoges; après sa

mort, celle de Naudé lui-même; et successivement l'on y ajouta tous

les bons livres, tant manuscrits qu'imprimés, que l'on put recueillir

dans toutes les parties de l'Europe. À la mort du cardinal, elle

contenoit vingt-sept mille volumes et un grand nombre de manuscrits,

qui furent transportés alors dans la bibliothèque du roi. Vers le

milieu du dernier siècle, le nombre des livres, presque doublé,

s'élevoit à plus de quarante-cinq mille. À cette époque (en 1740) les

dimensions de cette bibliothèque furent changées, surtout par

l'élévation des plafonds, de manière à contenir vingt mille volumes de

plus qu'elle n'en renfermoit. Elle a reçu, depuis la révolution, des

accroissements considérables, par les nombreux dépôts de livres qui y

ont été annexés.

C'est la bibliothèque de Paris la plus riche en livres de médecine et

en matériaux pour l'histoire d'Allemagne. Elle est enrichie de globes

de _Coronelli_, et de bustes en bronze et en marbre, dont quelques-uns

sont antiques.

LES AUGUSTINS RÉFORMÉS, DITS LES PETITS-AUGUSTINS.

Nous avons fait connoître avec beaucoup de détails l'origine des

Augustins, l'époque de leur établissement à Paris[271], la réforme

opérée dans leur ordre, la fondation faite dans cette capitale, par

la reine Marguerite de Valois, d'un couvent de ces Augustins réformés,

et le caprice singulier qui la détermina à révoquer la donation

qu'elle avoit stipulée en leur faveur et à leur substituer d'autres

religieux du même ordre, tirés de la province de Bourges[272]. Quoique

le procédé de cette princesse eût toutes les apparences de

l'injustice, ce changement n'en fut pas moins approuvé par un bref de

Paul V, du 14 août 1613, et confirmé par des lettres-patentes de la

même année. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Germain y donnèrent

aussi leur consentement[273].

[Note 271: _Voyez_ t. 3, 2e part., p. 600.]

[Note 272: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 217.]

[Note 273: MALINGRE, _Antiquités de Paris_, p. 369 et suiv.]

Deux ans après, la reine Marguerite mourut sans avoir pu exécuter les

promesses qu'elle avoit faites; et les nouveaux habitants de ce

monastère eussent tiré peu d'avantage de son bienfait, si quelques

personnes pieuses ne fussent venues à leur secours, et par leurs

libéralités n'eussent contribué à soutenir leur établissement

naissant. La fondatrice y avoit fait bâtir une chapelle assez jolie,

richement décorée[274], mais beaucoup trop petite: ces religieux se

trouvèrent bientôt des ressources suffisantes pour faire construire

une plus grande église, dont la reine Anne d'Autriche posa la première

pierre le 15 mai 1617. Cet édifice, qui n'avoit rien de remarquable

dans son architecture, fut achevé en 1619 et dédié sous l'invocation

de _saint Nicolas de Tolentin_[275].

[Note 274: Ce petit monument fit alors une très grande sensation à

Paris: c'étoit la première voûte en forme de coupole qu'on y eût

élevée, et l'on se porta en foule pour voir un genre de construction

dont on ne se faisoit pas même une idée.]

[Note 275: _Voyez_ pl. 221.]

Nous avons dit que le terrain accordé aux Augustins par la fondatrice

consistoit en une place qui avoit précédemment appartenu aux Frères de

la Charité, et en six arpents du petit pré aux clercs que cette

princesse avoit pris à cens et à rente de l'Université[276]. Ces pères

avoient trouvé le moyen de tirer un parti avantageux de cette partie

de leur territoire en le rétrocédant, par portions, à des

particuliers, à la charge d'y bâtir, et de leur payer certaines

redevances annuelles; c'est ainsi que se formèrent les rues Jacob et

des Saints-Pères. Mais les maisons qui les composoient n'étoient pas

encore entièrement bâties, que l'Université résolut de rentrer dans

ses droits, et se pourvut à cet effet contre le contrat passé entre

elle et la reine Marguerite. Le parlement fit droit à sa demande, et

donna en 1622 un arrêt pour la faire rentrer dans cette propriété; ce

qui priva les Augustins du fruit de leurs travaux et de la plus belle

partie de leurs revenus.

[Note 276: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 218.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

TABLEAUX.

Dans le cloître, une suite de tableaux à fresque exécutés par des

peintres médiocres et peu connus. Les deux principaux

représentoient:

La reine Marguerite donnant à un moine Augustin le contrat de

fondation qu'elle avoit passé en faveur de son couvent.

La conversion de saint Augustin: ce tableau, placé à l'entrée du

cloître, étoit d'un peintre nommé _de Dieu_.

Le frère François _Gourdes_, religieux de ce couvent, avoit peint

le paysage de tous les autres tableaux qui ornoient ce cloître;

d'autres peintres les avoient achevés.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, décoré d'un ordre corinthien en menuiserie,

un groupe en terre cuite très estimé, représentant un agonisant,

accompagné de saint Nicolas de Tolentin, et soutenu par un ange

qui lui montroit le ciel; par _Biardeau_.

Aux deux côtés du même autel, les statues de sainte Claire et de

sainte Monique; par le même.

Sur le devant de l'autel, un grand bas-relief en métal doré,

représentant le baptême de saint Augustin; par _Gaillard_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Dans la chapelle de la reine Marguerite, le coeur de cette

princesse; on y lisoit son épitaphe, composée par M. Servin,

avocat-général au parlement de Paris.

François Porbus, peintre célèbre, mort en 1622.

René de l'Âge, seigneur de Puylaurent, sous-gouverneur de Gaston

de France, etc.

Antoine de l'Âge, duc de Puylaurent, son fils, mort au château de

Vincennes en 1635.

Renée de Kergounadech, femme du marquis de Rosmadec, morte en

1643. (Son tombeau, placé dans la nef du côté de l'évangile,

étoit entouré d'une petite grille de fer.)

Le coeur de Sébastien de Rosmadec, marquis de Molac, etc., mort

en 1699.

Nicolas Mignard, peintre, frère de Pierre Mignard, mort en 1668.

Jean Pontas, prêtre, sous-pénitencier de l'église de Paris, l'un

des bienfaiteurs de ce couvent, mort en 1728.

Dans la chapelle Saint-Claude, à côté du grand autel, étoit la

sépulture de la famille Le Boulanger, l'une des plus illustres de

la magistrature.

Dans le cloître, on voyoit la tombe de Mathieu Isoré d'Airvaut,

évêque de Tours, mort en 1716.

* * * * *

La bibliothèque de ces pères, riche de dix-huit à vingt-mille volumes,

contenoit plusieurs livres rares et quelques manuscrits curieux; ils

avoient, en médailles, une collection complète de tous les souverains

pontifes.

La réforme qu'ils suivoient avoit été introduite en France par les

pères Étienne Rabache et Roger Girard, le 30 août 1594. Elle prit le

nom de _Réforme de Bourges_, parce que la maison de cette ville, de la

province de Saint-Guillaume, l'avoit acceptée la première; et quoique

le chapitre général, tenu en 1693, lui eût donné celui de _province de

Paris_, elle étoit plus généralement connue sous le premier nom. Cette

réforme, adoptée par trente-un couvents, consistoit particulièrement

dans un détachement absolu de toute propriété, et dans la

renonciation aux grades qu'on prenoit dans les Universités; ce qui n'a

pas empêché cet ordre de produire un grand nombre de personnages

recommandables par leurs talents et par leur érudition[277], parmi

lesquels il faut distinguer le P. André Le Boulanger, prédicateur

célèbre avant que les modèles de la prédication eussent paru; le P.

Charles Moreau, qui a donné de Tertullien une édition estimée; les PP.

Chesneau et Lubin, tous les deux grands théologiens, et le second

habile géographe; le P. Ange Le Proust, instituteur de la congrégation

des Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve, et bon prédicateur; les PP.

Théophile Loir, Jacques Hommey, distingués par leur érudition; et

surtout le P. Pierre de Bretagne, considéré, dans son ordre, comme un

des génies les plus heureux qu'il ait produits. Son mérite l'ayant

fait appeler à la cour de Bavière, il ne profita des faveurs dont il y

fut comblé que pour le bien de son couvent, qui le comptoit, avec

raison, au nombre de ses bienfaiteurs.

[Note 277: L'église, la maison et le jardin des Petits-Augustins, qui

ont subi de grands changements dans leur intérieur, servoient, pendant

la révolution, de dépôt à tous les tombeaux qu'on avoit enlevés des

églises, et généralement à tous les monuments de la sculpture

françoise qu'on avoit pu soustraire au vandalisme révolutionnaire.]

LES FRÈRES DE LA CHARITÉ.

Une maison de la ville de Grenade, louée, en 1540, par Jean de Dieu,

pour y retirer et soigner les pauvres malades, devint le berceau d'une

congrégation qui, dès son origine, s'est répandue dans une grande

partie de l'Europe. Le charitable instituteur, que sa vertu sublime a

fait mettre au nombre des saints, étoit pauvre et d'une naissance

commune; mais la Providence, à laquelle il remit le succès de sa

généreuse entreprise, ne l'abandonna point, et lui envoya de pieux

associés qui se trouvèrent heureux de partager ses fonctions. Ainsi se

forma une petite communauté, qui n'eut d'abord d'autre règle à suivre

que l'exemple de son digne chef. Il mourut le 8 mars 1550; et sa

congrégation ne fut approuvée par le saint siége et mise sous la règle

de Saint Augustin qu'en 1572. Ayant bientôt formé des établissements

en Italie, les Frères de la Charité se trouvèrent sous l'autorité

immédiate du pape Sixte V, qui leur permit, en 1586, de dresser des

constitutions, et de tenir un chapitre général. Leur ordre reçut en

même temps le titre de congrégation de _Jean de Dieu_; et Paul V

l'érigea en ordre religieux l'an 1609. Aux trois voeux ordinaires, ils

ajoutèrent celui d'exercer l'hospitalité, en vertu d'un bref du même

pape de l'année 1617.

Marie de Médicis n'amena point des Frères de la Charité en France,

comme l'a prétendu le P. Hélyot; mais un an après son mariage, en

1601, elle en fit venir quelques-uns de Florence, et les établit, en

1602, au lieu qu'occupèrent depuis les Petits-Augustins. Ils obtinrent

presque aussitôt des lettres-patentes du roi, le consentement de

l'archevêque de Paris, etc.

Marguerite de Valois, ayant désiré avoir, pour sa fondation, le

terrain qu'occupoient ces religieux, en traita avec eux en 1606, et

les fit transférer dans une autre maison accompagnée d'un grand

jardin, et située rue des Saints-Pères, près de la chapelle

Saint-Pierre. Cette chapelle, dont nous allons bientôt parler,

appartenoit alors à la paroisse Saint-Sulpice; et les Frères de la

Charité, qui obtinrent alors la permission d'y célébrer l'office

divin, n'en acquirent l'entière propriété qu'en 1659. Toutefois, à

cette dernière époque, l'ancienne chapelle n'existoit plus depuis

long-temps: dès 1613, elle avoit été démolie, et l'on avoit commencé

aussitôt à en bâtir une plus grande sur le propre terrain de ces

religieux. La reine Marguerite en posa la première pierre dans cette

même année 1613; mais elle ne fut dédiée sous l'invocation de _saint

Jean-Baptiste_ qu'en 1621; et l'on y mit enfin la dernière main en

1733, en y faisant construire un portail d'assez bon goût, qui fut

élevé sur les dessins de de Cotte, architecte. En 1738, ces religieux

acquirent une portion de terrain aliénée peu de temps auparavant par

l'abbaye Saint-Germain, et sur cet emplacement firent bâtir des salles

plus vastes pour y recevoir un plus grand nombre de malades. M.

Antoine, architecte de l'hôtel des monnoies, donna le dessin et

dirigea la construction d'une de ces salles, disposa la cour sur un

nouveau plan, et décora l'entrée de l'hospice d'un petit porche à

colonnes sans bases, d'un très bon style[278].

[Note 278: _Voy._ pl. 211. Cet architecte, recommandable

principalement par le soin qu'il apportoit à l'exécution de ses

ouvrages, voulut faire dans ce portail un essai de l'ordre dorique

grec, et donner une légère idée de ces propylées célèbres, qu'alors

les professeurs d'architecture commençoient à faire connoître dans les

leçons académiques. Toutefois, en risquant une semblable nouveauté, M.

Antoine crut qu'il étoit prudent de la modifier un peu, pour

s'accommoder au goût françois, peut-être aussi pour y apporter quelque

perfectionnement; mais l'événement prouva qu'on ne touche point

impunément aux chefs-d'oeuvre de l'antiquité. En altérant les

proportions générales et particulières de cet ordre, il lui ôta son

nerf, son originalité. Cette représentation des propylées parut assez

fidèle à ceux qui ne les connoissoient que superficiellement, et par

les dessins qui en furent donnés dans le temps; mais ceux qui avoient

étudié l'ouvrage alors très peu connu de Stuart, regrettèrent qu'on

eût ainsi tronqué les proportions de l'original, en élevant le

fronton, en retranchant sur l'architrave, en négligeant plusieurs

détails dans les profils: les chapiteaux, trop saillants, n'ont point

le caractère de l'antique; les triglyphes sont trop longs; en un mot,

ce seroit prendre une très fausse idée de la sévérité, de la grâce et

de l'harmonie de l'ordre des propylées, que de le juger sur ce petit

monument.

Du reste, la disposition est la même à peu près pour les marches, dont

une partie servant de base aux colonnes, forme en dehors un petit

soubassement; et l'autre se trouve en arrière sous le porche, dans une

demi-teinte favorable à l'effet de l'ensemble. (LEGRAND.)]

CURIOSITÉS DE L'HOSPICE DE LA CHARITÉ.

TABLEAUX.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8) · 第 23 / 39 段