CHAPITRE I

Départ d'Angleterre. -- Arrivée à Rotterdam. -- Monsieur de

Sémonville. -- Séjour à la Haye. -- Camp de Zeist. -- Douaniers

français. -- Anvers. -- Monsieur d'Argout. -- Monsieur

d'Herbouville. -- Monsieur Malouet. -- Arrivée à Beauregard.

Je m'embarquai à Gravesend, au mois de septembre 1804, à bord d'un

bâtiment hollandais frété pour Rotterdam. Il se trouva chargé d'huile

de baleine. Nous essuyâmes un orage violent; la mer devint fort

grosse; le bateau resta fort petit. La lame passait dessus; elle

arrivait dans ma cabine, après avoir lavé les tonneaux d'huile de

poisson, y apportant une odeur infecte, et aggravait encore les

horreurs de la traversée. Elle fut longue, car mon patron, très

ignorant probablement, manqua l'embouchure de la Meuse et nous

n'arrivâmes à la Brielle que le quatrième jour.

La guerre rendait les communications difficiles; il fallait saisir

l'occasion d'un bâtiment de commerce. Les paquebots réguliers

n'allaient qu'à Husum, sur la côte de Suède. La traversée était rude;

et le voyage de terre, très pénible, aurait été presque impraticable

pour une jeune femme seule. Les papiers de notre patron portaient son

arrivée d'Emden; c'était une fraude convenue, elle ne trompait

personne. J'entendis le chef des douaniers qui vinrent à bord demander

à ceux qui inspectaient le navire pendant que lui examinait les

papiers:

«Cela vient du Grand-Emden?

«--Oui, monsieur, du Grand-Emden.

«--C'est bon.»

Et il rendit les papiers au patron sans autre commentaire; _le

Grand-Emden_, dans leur argot, c'était _Londres_. Je débarquai sans

trop de tracasseries de la douane; j'envoyai chez le banquier auquel

j'étais adressée et où je devais trouver, avec des lettres de monsieur

de Boigne, les passeports nécessaires pour continuer ma route; il

n'avait rien reçu.

Me voilà donc tout à fait seule dans un pays étranger, sans appui et

sans conseils. J'écrivis à Paris à deux de mes oncles qui devaient s'y

trouver avec monsieur de Boigne. En attendant, je ne savais que

devenir; ma situation à Rotterdam avait une apparence aventurière qui

me déplaisait fort. Certainement, si les communications avaient été

plus faciles, je serais retournée au _Grand Emden_.

Le banquier me conseilla d'aller à la Haye voir monsieur de Sémonville

qui, tout-puissant, pourrait faciliter mon voyage. Je me rappelle que

cet homme répondit aux craintes que je lui exprimais sur

l'interruption de toute communication avec l'Angleterre où je laissais

des intérêts si chers:

«Ne vous tourmentez pas, madame, c'est impossible: on pourra essayer

de comprimer le commerce de la Hollande avec l'Angleterre; mais ce ne

pourra être que pour bien peu de jours, il reprendra son cours comme

l'eau reprend son niveau et cela ne durera jamais une semaine.»

Malgré sa perspicacité commerciale, il n'avait pas prévu qu'il se

trouverait une main assez ferme pour maintenir pendant des années

cette machine hydraulique qu'il déclarait impossible pour une semaine.

À la vérité, elle a fini par faire explosion.

Aussitôt que ma voiture put être préparée, je me rendis à la Haye.

J'écrivis à monsieur de Sémonville pour lui demander un rendez-vous;

il envoya sur-le-champ monsieur de Canouville me dire qu'il allait

venir chez moi. Les façons de monsieur de Canouville m'effarouchèrent

un peu. Sous prétexte qu'il était mon cousin et peut-être aussi parce

que j'étais jeune, jolie et seule, il prit un petit ton de

plaisanterie et de légèreté qui, par les mêmes raisons, me déplurent

extrêmement; et je gravai sur mon agenda que tous les jeunes gens de

la France révolutionnaire étaient familiers, avantageux, ridicules et

impertinents. Je m'y attendais bien; j'allais sûrement trouver

monsieur de Sémonville impérieux, arrogant, insolent et alors toutes

mes sages prévoyances de vingt ans seraient accomplies.

Monsieur de Sémonville arriva; il était dans la douleur. La maladie de

madame Macdonald avait appelé madame de Sémonville à Paris et, la

veille, on avait reçu nouvelle de la mort de la jeune femme. Monsieur

de Sémonville me témoigna le regret de ne pouvoir chercher à me rendre

agréable une maison remplie de deuil. Tout-puissant en Hollande, son

pouvoir ne s'étendait pas au delà; il ne pouvait me donner des

passeports que jusqu'à Anvers où il me faudrait en attendre de Paris.

Il m'engageait à rester à la Haye de préférence, se mettant au reste

de sa personne tout à fait à mes ordres. La conversation se prolongea,

il me parla de _Monsieur_; je pensai qu'il entendait par là Louis

XVIII et je répondis que le Roi n'était pas en Angleterre, croyant

faire acte de courageuse manifestation de mes principes royalistes.

«Je le sais bien, reprit avec douceur Monsieur de Sémonville, je parle

de son frère, _Monsieur_.»

Je restai confondue, car, en Angleterre, personne n'avait jamais

inventé d'appeler le comte d'Artois _Monsieur_, et c'était la première

fois que ce nom lui était donné devant moi. Dans la suite de notre

entrevue, monsieur de Sémonville me parla de la fin tragique de

monsieur le duc d'Enghien avec une douleur qui faisait singulièrement

contraste avec l'incurie que j'avais laissée de l'autre côté du canal.

Je commençais à éprouver quelque hésitation dans mes idées si bien

arrêtées une heure avant. Cependant, je m'en tirai en me disant que

monsieur de Sémonville était une anomalie avec le reste de ses

compatriotes. Quant à moi, je ne sais trop ce que j'étais, anglaise je

crois, mais certainement pas française.

J'avais vu à Londres et retrouvé pendant la traversée un monsieur de

Navaro, portugais allant en Russie. Il porta à la femme du ministre de

Portugal une lettre de recommandation que j'avais pour son mari, et

lui raconta ma position isolée. Une heure après, la bonne madame de

Bezerra vint à mon auberge, s'empara de moi, m'emmena dîner chez elle,

puis au spectacle dans la loge diplomatique. Le lendemain, elle me

promena partout; dès lors je devins l'objet des prévenances de toute

la société de la Haye. Il faudrait savoir à quel point le corps

diplomatique s'y ennuyait pour apprécier avec quelle joie il vit

tomber au milieu de lui une jeune femme qui lui apportait une espèce

de distraction.

Le comte de Stackelberg, mélomane enragé, avait bien vite découvert

que j'étais bonne musicienne. C'était à qui me ferait chanter; et, me

trouvant complètement oiseau de passage à la Haye, je sifflais tant

qu'on voulait. Je n'ai jamais eu tant de succès. J'avais le bon sens

de voir que cela tenait au cadre où je me trouvais beaucoup plus qu'à

mon mérite; cependant, je compris que je ne devais pas prolonger cette

vie trop longtemps. Je m'arrachai inhumainement aux adorations des

représentants de toute l'Europe pour aller faire une tournée à

Amsterdam et dans le reste de la Hollande.

Trois ou quatre des jeunes attachés annoncèrent le projet de

m'escorter; je m'y opposai sérieusement, et ma bonne amie Bezerra leur

fit comprendre que cela me déplaisait beaucoup. C'est pendant ce

séjour à la Haye que j'ai fait avec le comte de Nesselrode une

connaissance qui, par la suite, est devenue une véritable amitié.

Je m'arrêtai à Harlem pour acheter des jacinthes. On me proposa

d'entendre l'orgue; n'ayant rien à faire j'y consentis. J'entrai dans

l'église; j'y étais seule; l'organiste était caché. La musique la plus

ravissante commença; l'artiste était habile, l'instrument magnifique;

il forme des échos, en choeur, qui se répondent entre eux des divers

points de l'église. Je n'étais pas dans l'habitude d'entendre de la

musique religieuse; j'y pleurai, j'y priai de toute mon âme. Enfin, je

ne sais si cela tenait à ma disposition, mais je n'ai guère éprouvé

d'impression plus profonde et, sauf les heures qui ont été inscrites

sur mon coeur par le malheur, il en est peu dans ma vie dont je

conserve un souvenir plus vif que celle passée dans la cathédrale

d'Harlem.

Je restai trois jours à Amsterdam; j'allai faire les visites

convenues, à Brock, à Zaandam, etc. Monsieur Labouchère me donna à

dîner; j'y vis des messieurs et des dames, hollandais et hollandaises.

On me montra beaucoup de curiosités. On me parla de bien d'autres, ce

qui n'empêcha pas que je ne fusse charmée de quitter cette ville.

Malgré son grand commerce, elle m'a paru horriblement triste. Je

m'arrêtai à Utrecht; j'y pris une voiture du pays pour aller voir

l'établissement morave et le camp que le général Marmont commandait

dans la plaine de Zeist. Je trouvai que ces frères si heureux dans le

conte de madame de Genlis, dont ma mémoire gardait un souvenir

d'enfance, avaient l'air pâles, tristes et ennuyés. J'achetai quelques

babioles, et il s'éleva une querelle entre eux. L'un affirmait que les

objets de son travail avaient une supériorité que l'autre lui

contestait. Je partis peu édifiée. En revanche, je le fus beaucoup de

l'aspect du camp français. Je venais d'en visiter en Angleterre, et

ils étaient loin de présenter un spectacle aussi brillant et aussi

animé; cependant les soldats français avaient moins bonne mine

individuellement et n'étaient pas si bien vêtus.

Je vis passer la calèche du général Marmont où était sa femme très

parée, coiffée en cheveux et sans fichu. Les postillons avaient des

vestes couvertes de galons d'or; la calèche était dorée, mais

malpropre et mal attelée. Tout cela me parut en total un équipage fort

ridicule, y compris madame la générale. Je m'en amusai; c'était bien

comme je l'avais prévu.

Après une absence de dix jours, je revins à la Haye; j'y trouvai des

lettres de mes oncles. Monsieur de Boigne, ayant mal calculé le moment

de mon arrivée, était parti pour la Savoie. On m'annonçait que je

trouverais mes passeports à Anvers. Je passai une soirée chez madame

de Bezerra pour prendre congé de la société de la Haye; monsieur de

Sémonville y vint ainsi que toutes les autorités hollandaises et, le

lendemain, je partis.

On m'avait fait peur de la sévérité des douaniers, et j'étais d'autant

plus effrayée d'avoir affaire à des commis français que mes rapports

avec ceux de l'Allien-Office, au moment de mon départ d'Angleterre,

m'avaient paru fort désagréables. Or, si les anglais étaient

malhonnêtes, qu'avais-je à attendre de commis français? Monsieur de

Sémonville m'avait bien donné une lettre de recommandation, mais

cependant le coeur me battait en arrivant au premier poste français.

On me pria très poliment d'entrer dans le bureau; j'y fus suivie par

mes femmes. Ma voiture était censée venir de Berlin. Comme anglaise,

elle aurait été confisquée; mais, en qualité d'allemande, elle passait

en payant un droit considérable. Pendant que je l'acquittais, les

jeunes gens de la douane admiraient cette voiture, qui était très

jolie:

«C'est une voiture de Berlin, dit le chef.

«--Oui, monsieur, regardez plutôt, c'est écrit sur tous les ressorts.»

Je devins rouge comme un coq en suivant leurs regards et en voyant

imprimé sur le fer: _Patent London_. Ils se prirent à sourire, et je

payai la somme convenue pour ma voiture _allemande_. Pendant que le

chef enregistrait et me délivrait les certificats, un autre s'occupait

de mon passeport et me faisait un signalement très obligeant mais qui

me tenait assez mal à mon aise. Le chef s'en aperçut, et, levant à

moitié les yeux de dessus son papier:

«Mettez jolie comme un ange; ce sera plus court et ne fatiguera pas

tant madame.»

Un employé subalterne avait à moitié ouvert une des bâches de la

voiture, sans même la descendre; je lui glissai deux louis dans la

main; un des commis rentra un instant après et me les remit en me

disant avec la plus grande politesse:

«Madame, voilà deux louis que vous avez laissé tomber par mégarde.»

Je les repris, un peu honteuse. Enfin tout semblait terminé à ma plus

grande satisfaction lorsqu'ils s'avisèrent que le fouet de mon

courrier était anglais. Ils me montrèrent _London_ écrit sur le bout

d'argent dont il était orné; sans doute je l'avais acheté dans quelque

endroit où les marchandises anglaises étaient admises, mais, en

France, elles étaient prohibées et leur devoir ne leur permettait d'en

laisser passer aucune. Nous gardâmes tous notre sérieux à cette

dernière scène du proverbe. Ils me souhaitèrent un bon voyage et je

partis très étonnée d'avoir trouvé une si obligeante et si spirituelle

urbanité là où je ne m'attendais qu'à des procédés grossiers jusqu'à

la brutalité. Je suis entrée dans ces détails pour montrer jusqu'à

quel point les émigrés, qui avaient le droit de se croire les plus

raisonnables, étaient encore absurdes dans leurs idées sur la France

et, au fond, lui étaient hostiles.

Arrivée à Anvers, je trouvai à l'auberge un billet de monsieur

d'Herbouville, alors préfet, qui m'annonçait avoir mes passeports.

J'étais proche parente de sa femme; il avait donné l'ordre de le

prévenir du moment où je serais à Anvers. J'étais à peine établie dans

ma chambre d'auberge que j'y vis entrer un grand dadais de cinq pieds

dix pouces répétant au plus pointu d'une voix de fausset bien aiguë:

«Apollinaire, c'est Apollinaire, je suis Apollinaire,» et faisant à

coudes ouverts des révérences jusqu'à terre.

Je fus quelques instants à reconnaître le jeune d'Argout que j'avais

beaucoup vu quelques année avant à Londres où son oncle (qui était

aussi le mien, ayant épousé une soeur de mon père) s'occupait de son

éducation avec un soin auquel il a répondu. C'est lui qui, depuis,

s'est élevé par un mérite incontestable accompagné d'une disgrâce et

d'une gaucherie qu'il déployait alors dans toute leur naïveté. Il m'en

donna une nouvelle preuve le lendemain matin. Il m'accompagna à la

cathédrale d'Anvers et, malgré toutes mes supplications, il monta

jusqu'au haut du clocher toujours à reculons, en me donnant la main,

ce qui n'était pas plus commode pour moi que pour lui. Il exerçait

alors une petite place dans les droits réunis dont il faisait vivre sa

mère. Depuis, il est devenu préfet, pair, enfin ministre. Il est homme

de talent, de coeur et très honnête; mais son esprit est presque aussi

gauche que ses manières.

Monsieur d'Herbouville vint après; je le trouvai froid et emprunté; il

avait récemment été fort compromis par la reconnaissance bavarde de

quelques émigrés auxquels il avait rendu service, et se tenait sur la

réserve. Il m'engagea à dîner.

La meilleure de mes visites fut celle de monsieur Malouet, vieil ami

de mon père et préfet maritime à Anvers. Monsieur Malouet, qui avait

été un constitutionnel de 89, terme de réprobation, s'il en fut, dans

l'émigration, n'en était pas moins resté fort lié avec mon père et je

le voyais perpétuellement chez lui. Il n'y avait pas bien longtemps

qu'il avait quitté Londres et il ne savait pas trop comment je verrais

un préfet de la République ou plutôt du Consulat. Rassuré à cet égard

par la joie que j'éprouvai à trouver un visage de connaissance pour la

première fois depuis un mois, il me fit signe de me taire, alla ouvrir

toutes les portes, examina bien s'il n'y avait personne aux écoutes,

les referma soigneusement, m'avança une chaise au milieu de la

chambre, en prit une à côté de moi et puis me demanda à voix bien

basse des nouvelles de mon excellent père, ajoutant:

«Voyez-vous, mon enfant, il ne faut pas se compromettre.»

Il me posa une règle de conduite sur ce que je ne devais point faire,

point dire à Paris, toujours pour ne pas me compromettre, qui avait

fini par me mettre la terreur dans le coeur, après avoir commencé par

me donner envie de rire, d'autant que ses préceptes étaient appuyés

d'exemples les plus alarmants:

«Mais ce pays est donc tout à fait inhabitable, ne pus-je m'empêcher

de m'écrier?

«--Chut, chut, voilà une affreuse imprudence.»

Il retourna examiner les portes, mais ne voulut plus s'exposer à

pareille incartade. Il prit congé de moi en me disant qu'il était plus

prudent de ne pas me revoir, que d'Herbouville l'avait engagé à dîner

mais qu'il ne voulait pas courir le risque de se laisser aller à me

faire quelque question imprudente. Il n'y avait pas grand danger,

c'était plutôt mes paroles que les siennes qu'il avait à craindre;

toujours est-il qu'il me laissa fort troublée. On n'échappe pas à son

sort. Quelques années plus tard, monsieur Malouet, devenu conseiller

d'État, se trouva, malgré ses prudentes précautions, compromis par ses

relations avec le baron Louis et fut exilé par l'Empereur.

Je trouvai, chez monsieur d'Herbouville, sa famille et quelques

commensaux. Ils étaient de beaucoup meilleure composition que je ne

m'y attendais d'après les discours de monsieur Malouet. Il avait

pourtant réussi à me mettre mal à mon aise; je craignais un peu pour

moi et beaucoup pour les autres à qui ma présence pouvait être si

dangereuse. Cependant, je dois dire que même monsieur Malouet et

surtout les d'Herbouville avaient trouvé le moyen de parler en termes

de regret, de douleur, de réprobation de cette mort de monsieur le duc

d'Enghien, si bien oubliée par l'émigration. Partout, dans toutes les

classes et principalement parmi les gens attachés au gouvernement, je

l'ai trouvée une plaie encore toute saignante à mon retour en France.

J'arrivai sans autre incident au château de Beauregard, ayant tourné

Paris. Monsieur de Boigne n'était pas encore de retour de Savoie; je

m'y installai comme seule maîtresse de ce beau lieu. J'y pleurai bien

à mon aise pour en prendre possession, le 2 novembre 1804, jour des

Morts, par un brouillard froid et pénétrant qui ne permettait pas de

voir à trois pieds devant soi. Je me trouvai le soir enfermée dans une

pièce dont mes mains, accoutumées aux serrures anglaises, ne savaient

pas ouvrir les portes, et sans sonnettes. Elles avaient été proscrites

comme aristocrates pendant la Révolution, et monsieur de Boigne

n'avait pas songé à en faire remettre. J'éprouvai un sentiment

d'abandon et de désolation qui me glaça jusqu'au fond de l'âme, et je

ne pense pas que je me fusse crue dans un pays plus sauvage sur les

bords de la Colombia.

Le lendemain matin, j'envoyai chercher un serrurier. Il m'assura qu'il

allait arranger _provisoirement_ une sonnette en attendant qu'elle pût

être _organisée définitivement_. Quel diantre de pays est donc cela où

les serruriers parlent la langue de l'Athénée et où les chevaux sont

attelés avec des ficelles? Ma pauvre cervelle de vingt ans, livrée

pour la première fois à ses propres forces, était toute renversée par

la diversité des impressions que je recevais; aussi, j'ai conservé une

multitude de souvenirs très vifs de ce voyage.

Récits d'une tante (Vol. 1 de 4) Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond · 第 31 / 94 题