27 octobre 189.

Nous voici de retour à Paris, heureusement! car il fait un temps

épouvantable.

Les vilaines journées apparaissaient déjà quand nous étions encore à la

Christinière; aussi, nous n’avons pas attendu la rentrée des Chambres

pour revenir à Paris.

Je commençais à trouver les heures d’une longueur mortelle. J’avais beau

déchiffrer partitions, sonates et le reste, lire des romans anglais

pleins de «flirtation», casser des aiguilles sur mon ouvrage de chez

Henry, rien n’y faisait. Ce ciel gris, cette pluie qui tombait avec un

petit bruit monotone me donnaient le spleen. J’en étais venue à jouer au

loto avec les enfants.

Et le plus irritant, c’est que j’avais l’air d’être la seule à m’ennuyer

ainsi... Entre deux grosses averses rageuses, Geneviève et Patrice

reprenaient leurs courses dans les champs, avec leur Allemande Meta.

Maman se reposait de tous ses invités de l’été, et papa, enfermé dans

son cabinet, passait ses journées avec M. Desbarres, son secrétaire, à

préparer des discours, des rapports, des comptes rendus, etc., à

répondre à ses électeurs...

Cela m’étonne toujours de voir papa si occupé, car j’entends répéter

souvent que les députés n’ont rien à faire... Après tout, ce sont

peut-être ceux de la gauche.

Papa, naturellement, est de la droite; il est même un des hommes les

plus remarquables de son parti.

Je ne parle pas ainsi parce que je suis sa fille! Le duc de Blancas, M.

Saint-Edme, tout le monde dit qu’il est un grand orateur! Les jours où

il doit prononcer un discours, maman peut à peine se faire réserver une

carte; du reste, elle n’en profite jamais, car l’émotion lui donne

toujours la migraine le matin de la séance.

Autrefois, quand Mgr le comte de Paris a été exilé par ces affreux

républicains, papa et maman se sont rendus à Eu, et ils y sont restés

jusqu’au dernier moment. Ils sont allés en Angleterre aussi quand

Monseigneur est mort, car papa était, paraît-il, un de ses derniers

fidèles!

Aussi, j’ai son portrait dans ma chambre, à notre pauvre «Roy», entre

ceux de papa et de maman, et puis, autour, ceux de mes meilleures amies,

Jeanne Landry et Suzanne de Vignolles, de Geneviève et de Patrice, avec

son costume marin, son premier costume d’homme.

Ainsi, je possède près de moi tous ceux que j’aime le plus!

Rêve blanc · 第 17 / 47 题