MON PRINCE,

Je commence par vous assurer que M. de Floret fait parfaitement vos

commissions. Je ne saurais convenir que la déclaration qui m'a été

remise ne m'a pas surpris. Je devais penser qu'on entrerait en

discussion, ou bien qu'on remettrait un contre-projet, ou même un

_ultimatum_, puisque le projet du 17 février n'en était pas un, pas plus

que celui du 15 mars.

Votre excellence sait aussi bien que moi que les lenteurs, les embarras,

les difficultés de tout genre, étaient inhérents au mode de négociation

adopté par les alliés. Si les intentions pacifiques de votre maître,

l'ascendant de votre bon esprit, et toute la prépondérance de la

puissance principale de la coalition, n'ont pu faire accepter, dans le

seul moment et sous la seule condition où elle pouvait l'être, ma

proposition confidentielle du 9 février, jugez s'il y avait ici un moyen

quelconque de faire faire un seul pas à la négociation. Vous voulez que

nous cédions tout, et vous ne voulez pas nous dire ce que vous comptez

faire de ce que vous nous demandez. Pour s'entendre, encore faut-il se

parler: l'a-t-on voulu? l'a-t-on pu? Peut-être, comme vous le dites,

sommes-nous plus près de la paix, après cette rupture, qu'auparavant.

J'aime à le croire, et il ne dépendra pas de moi que ce dernier espoir

ne se réalise; je n'en aurais même nul doute si j'avais la certitude que

vous et lord Castlereagh soyez les instruments de cette oeuvre aussi

glorieuse que désirable. Il ne faut pas se le dissimuler, la paix ne

peut se faire que par les hommes qui ont tout entière la pensée de leur

cabinet.

Je m'afflige comme vous, mon prince, de la situation de l'impératrice;

elle montre un courage qui la rend aussi digne du tendre intérêt de son

auguste père, que de l'affection du peuple qu'elle a adopté.

Tant qu'il sera question de paix, les difficultés ne me rebuteront pas;

comptez donc sur moi: mais veuillez vous rappeler, prince, que je dois

aussi compter sur vous; car, comme vous en paraissez convaincu, trop

d'intérêts sont communs à la France et à l'Autriche pour que vous

puissiez vouloir les séparer dans la grande question européenne.

Agréez, etc.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence.

(Nº 41.) _Lettre du duc de Vicence_

_Au prince de Metternich._

Joigny, le 21 mars 1814.

Manuscrit de mil huit cent quatorze, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon · 第 84 / 126 题