SIRE,

Je ne veux pas perdre un moment pour envoyer à V. M. l'étrange

déclaration que je viens de recevoir[53]. Je m'occupe de la réponse que

je dois y faire et que je transmettrai à V. M. par un second courrier.

[Note 53: Voyez cette déclaration au protocole.]

Le peu que je sais, sur tout ce qui s'est passé hier et même avant-hier

soir, prouverait que les plénipotentiaires alliés sont peu d'accord,

qu'il y a eu de grandes difficultés, et que ce n'est que ce matin

qu'ils ont tous consenti à faire remettre cette note; le

plénipotentiaire de Russie ayant déclaré qu'il ne pouvait continuer à

négocier, et les autres ne voulant pas avoir l'air de se séparer de lui.

Si l'Autriche a un but raisonnable, cette circonstance l'obligera à se

prononcer, s'il en est encore temps. Ma lettre d'hier à M. de Metternich

ne lui laisse pas de prétexte pour ne pas le faire. Le voyage de lord

Castlereagh peut même lui donner les moyens de s'expliquer franchement

et sans retard; car il me paraît que ce qui se passe depuis

quarante-huit heures tient à un motif auquel on n'était point préparé.

Au reste, cela ne peut tarder à s'éclaircir: la force des événements

prend un tel empire que la sagesse et la prévoyance humaine ne peuvent

plus rien.

S'il n'y a de salut que dans les armes, je prie V. M. de me compter au

nombre de ceux qui tiennent à honneur de mourir pour leur prince.

Lord Castlereagh est parti ce matin à neuf heures. Je joins ici copie de

la lettre que je crois à propos d'écrire à M. de Metternich.

Je suis, etc.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence.

* * * * *

(Nº 21.) _Note aux plénipotentiaires alliés._

Châtillon-sur-Seine, 10 février 1814.

Le soussigné, plénipotentiaire de France, ayant reçu seulement

aujourd'hui (dix, à onze heures du matin) une déclaration datée d'hier

9, et signée de LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours alliées,

n'a pu qu'être très surpris qu'elle lui fût ainsi parvenue, après que

LL. Exc. elles-mêmes avaient, dès la première conférence, établi comme

un principe invariable que rien de relatif à la négociation ne pourrait

se traiter, ni conséquemment aucune délibération s'y rapportant être

remise ou reçue hors des conférences, et lorsqu'elle pouvait si bien lui

être remise dans la séance qu'il réclame depuis deux jours, et qu'il lui

semble encore impossible que MM. les plénipotentiaires ne lui accordent

pas, ne fût-ce que pour arrêter et signer le protocole de la dernière

conférence, lequel appartenant au passé ne peut plus dépendre des

déterminations présentes ou futures des cours alliées.

Mais l'étonnement du soussigné a été extrême en apprenant par la note de

MM. les plénipotentiaires que le seul désir d'une seule des quatre cours

alliées leur paraît à tous une cause suffisante pour suspendre

indéfiniment les négociations.

Quoiqu'on n'ait motivé ce désir qu'en alléguant l'intention de se

concerter avec ses alliés, et quoiqu'il ait été déclaré, à diverses

reprises et de la manière la plus solennelle, que les souverains alliés

et leurs cabinets se sont dès long-temps communiqué toutes leurs vues et

les ont arrêtées d'un commun accord;

Le soussigné regarde donc comme un devoir de protester contre la

détermination annoncée par LL. Exc. MM. les plénipotentiaires des cours

alliées, d'autant plus que, par une singularité de circonstances qu'il

ne peut s'empêcher de remarquer, il se trouve avoir à défendre, avec sa

propre cause, celle des puissances dont les ministres sont réunis au

congrès, et de toutes celles au nom desquelles ces mêmes ministres sont

chargés de traiter.

Quel que soit le résultat de la réclamation, les maux occasionnés par

l'interruption des négociations ne pourront du moins être imputés à la

France, qui, comme le soussigné l'a déclaré dans la réponse qu'il a

remise dans la conférence du 7, et le réitère ici, est prête à faire les

plus grands sacrifices pour mettre immédiatement un terme aux maux de la

guerre.

Le soussigné a l'honneur d'offrir à LL. EE. MM. les plénipotentiaires,

les assurances de sa haute considération.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence.

* * * * *

(Nº 22.) _Lettre du duc de Vicence_

_Au prince de Metternich._

Châtillon-sur-Seine, le 10 février 1814, midi.

Manuscrit de mil huit cent quatorze, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon · 第 77 / 126 题