V. Exc. a-t-elle reçu la petite boîte pour l'archiduchesse Léopoldine?

Agréez, etc.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence.

* * * * *

(Nº 16.) _Lettre de M. le duc de Vicence

A M. le prince de Metternich._

Châtillon-sur-Seine, le 8 février 1814.

Vous m'avez autorisé, mon prince, à m'ouvrir à vous sans réserve. Je

l'ai déjà fait, je continuerai; c'est une consolation à laquelle il me

coûterait trop de renoncer.

Je regrette chaque jour davantage que ce ne soit pas avec vous que j'aie

à traiter; si j'avais pu le prévoir, je n'aurais point accepté le

ministère, je ne serais point ici; je serais dans les rangs de l'armée,

et j'y pourrais du moins trouver en combattant une mort qu'il me faudra

mettre au rang des biens, si je ne peux servir ici mon prince et mon

pays. M. le comte de Stadion est digne sans doute de l'amitié qui vous

lie; il mérite la confiance que vous voulez que je prenne en lui; mais

M. de Stadion n'est pas vous; il ne peut pas avoir sur les négociateurs

l'ascendant qu'il vous eût appartenu d'exercer. Chargé de la

négociation, vous auriez empêché, j'aime à le croire, qu'on ne lui fît

prendre, comme aujourd'hui, une marche évidemment calculée pour consumer

le temps en interminables délais. A quoi ces délais peuvent-ils être

bons, si c'est uniquement la paix qu'on se propose? Ne suis-je pas ici

pour conclure, et demandé-je autre chose que de connaître les

conditions auxquelles on la veut faire? Les alliés veulent-ils se

ménager le temps d'arriver à Paris? Je ne vous dirai point, prince, de

songer aux conséquences d'un tel événement par rapport à l'impératrice;

sera-t-elle réduite à s'éloigner devant les troupes de son père, quand

son auguste époux est prêt à signer la paix? Mais je vous dirai que la

France n'est point tout entière à Paris; que la capitale occupée, les

Français pourront penser que l'heure des sacrifices est passée; que des

sentiments, que diverses causes ont assoupis, peuvent se réveiller; et

que l'arrivée des alliés à Paris peut commencer une série d'événements

que l'Autriche ne serait pas la dernière à regretter de ne pas avoir

prévenus; car, dussions-nous finir par être accablés, est-ce l'intérêt

de l'Autriche que nous le soyons? Quel profit a-t-elle à s'en promettre,

et quelle gloire même en peut-elle attendre, si nous succombons sous les

efforts de l'Europe entière? Vous, mon prince, vous avez une gloire

immense à recueillir; mais c'est à condition que vous resterez le maître

des événements, et le seul moyen que vous ayez de les maîtriser, est

d'en arrêter le cours par une prompte paix. Nous ne nous refusons à

aucun sacrifice raisonnable, nous désirons seulement connaître tous ceux

qu'on nous demande, au profit de qui nous devons les faire, et si en les

faisant nous avons la certitude de mettre immédiatement fin aux malheurs

de la guerre. Faites, mon prince, que toutes ces questions soient

posées d'une manière sérieuse et dans leur ensemble. Je ne ferai pas

attendre ma réponse. Vous êtes assurément trop sage pour ne pas sentir

que notre demande est aussi juste que nos dispositions sont modérées. V.

Exc. ne pourrait-elle pas venir avec M. de Nesselrode passer ici trois

heures chez lord Castlereagh? Il serait bien digne du caractère de

l'empereur d'Autriche, et du coeur du père de l'impératrice, de

permettre ce voyage qui pourrait finir en trois heures une lutte

maintenant sans objet et qui coûte à l'humanité tant de larmes.

Agréez, etc.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence.

* * * * *

(Nº 17.) _Lettre de M. le duc de Vicence_

_A Napoléon._

Châtillon, le 8 février 1814.

Manuscrit de mil huit cent quatorze, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon · 第 74 / 126 题