TROISIÈME EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--RETOUR DE NAPOLÉON SUR
LA MARNE.
(Fin de février.)
Lorsque Napoléon dictait ses prétentions au commissaire qu'il envoyait à
Lusigny, la suspension d'armes demandée par les alliés était
généralement considérée comme ne pouvant être profitable qu'à l'armée
autrichienne, dont elle aurait arrêté la déroute. On était loin de
penser que l'armistice pouvait offrir à l'armée française un avantage
équivalent, en suspendant les opérations du maréchal Blücher. On apprend
enfin, mais trop tard, la diversion que les Prussiens ont entreprise, et
dont il nous reste à rendre compte.
Pour conserver la liaison des faits, nous reviendrons un moment sur nos
pas.
Après le combat de Vauchamps, nous avons laissé le maréchal Blücher
séparé de ses lieutenants, battu comme eux, faisant en toute hâte
retraite vers Châlons-sur-Marne, et ne sachant trop où cette déroute
pourra le mener. La fortune ne lui a pas tenu long-temps rigueur. Dès le
lendemain, Napoléon, rappelé vers Nangis et Montereau, a cessé de peser
sur lui. Blücher n'a plus été poursuivi que par le duc de Raguse, et
bientôt ce dernier a été obligé lui-même de lâcher prise, pour revenir
sur Montmirail combattre un corps de troupes que le prince
Schwartzenberg avait fait avancer de ce côté au secours des Prussiens.
Tandis que le duc de Raguse, occupé à poursuivre cette troupe, est allé
prendre position à Sezanne, Blücher a mis les moments à profit, en
ralliant à lui les corps de Sacken et d'York.
Ceux-ci avaient échappé de leur côté à la poursuite du duc de Trévise,
par un concours de circonstances non moins heureuses que celles qui
avaient débarrassé leur général en chef. Les corps prussiens de Bülow et
les divisions russes de Wintzingerode et de Woronzoff, après avoir pris
possession de la Belgique, avaient franchi notre ancienne frontière du
nord. Leur avant-garde, pénétrant à travers les Ardennes, s'était
avancée jusqu'aux portes de Soissons. A défaut de bonnes murailles et
d'une nombreuse garnison, Soissons avait le général Rusca pour
commandant; mais ce brave officier avait été tué d'une des premières
décharges, et sa mort avait promptement livré la place au général
Wintzingerode. Les Russes y étaient entrés le 13 février, précisément
pour recueillir les fuyards de Sacken et d'York, qui s'échappaient du
combat livré la veille à Château-Thierry. Ces troupes ayant appris, en
se ralliant à Soissons, que leur général en chef, Blücher, ralliait
lui-même ses forces du côté de Châlons, s'étaient aussitôt mises en
marche pour aller le rejoindre par la route de Reims. Les Russes
auraient voulu se conserver la possession importante de Soissons; mais
dès le 19 février le duc de Trévise avait repris cette ville.
Le maréchal Blücher, peu de jours après ses défaites, était donc parvenu
à réunir toutes ses forces, et se voyait au moment d'en recevoir de
nouvelles qui lui arrivaient par les routes du nord et de la Lorraine.
Le 18 février, il s'était trouvé en état de courir à son tour au secours
de Schwartzenberg; des bords de la Marne, il était venu camper avec
cinquante mille hommes au confluent de l'Aube et de la Seine; il avait
reçu en route, le 19, au bivouac de Sommesous, un nouveau renfort de
neuf mille hommes appartenant au corps de Langeron: il espérait qu'une
réunion générale de toutes les forces des alliés en ayant de Troyes
arrêterait Napoléon, et produirait les mêmes résultats qu'à Brienne. Ce
n'était donc pas seulement un détachement de l'armée de Silésie que nous
avions rencontré à Méry, ainsi que nous l'avions cru pendant quelques
jours; c'était l'avant-garde de toute cette armée. Blücher s'était
trouvé de sa personne au combat du pont de Méry; il y avait été blessé à
la jambe. Il n'avait pris le parti de la retraite qu'après s'être
convaincu de ses propres yeux qu'il était impossible de rallier l'armée
de Schwartzenberg en avant de Troyes, et que la réunion projetée était
désormais inutile. Dès lors il s'était décidé à repasser l'Aube; mais sa
retraite cachait un des plus hardis projets de la campagne. Encouragé
par les renforts qui ne cessaient de lui arriver, soit qu'il eût reçu
des ordres de son cabinet, soit qu'il n'eût pris conseil que de son
audace, Blücher avait résolu de s'avancer encore une fois sur Paris,
pour tenter une grande diversion en faveur de l'armée autrichienne.
Ainsi, pendant que le gros de l'armée française était autour de Troyes,
occupée d'armistice et de paix, les troupes prussiennes descendaient
rapidement sur les deux rives de la Marne. Le duc de Raguse, forcé le 24
d'abandonner Sezanne, se retirait, par la Ferté-Gaucher, sur la
Ferté-sous-Jouarre. De l'autre côté de la Marne, le duc de Trévise,
après avoir laissé garnison dans Soissons, se retirait également sur la
Ferté-sous-Jouarre.
Napoléon ne reçoit ces nouvelles que dans la nuit du 26 au 27; en peu
d'heures, elles ont changé tous ses plans. Le 27 au matin, il quitte
Troyes précipitamment pour se porter, par Arcis-sur-Aube et Sezanne, sur
les traces de l'armée prussienne. Il ne laisse en avant de Troyes que
deux corps d'armée, celui du duc de Reggio et celui du duc de Tarente;
c'est le duc de Tarente qui commandera en chef. Au moment où ces deux
maréchaux sont ainsi abandonnés à eux-mêmes, le premier est engagé dans
un combat très vif sur les hauteurs de Bar-sur-Aube, le second est en
marche vers Châtillon. Mais il ne s'agit plus de poursuivre les
Autrichiens; désormais les troupes qui restent opposées à celles de
Schwartzenberg doivent borner leurs efforts à les contenir, et surtout à
masquer le grand mouvement que notre armée fait sur Blücher. Dans cette
intention, le duc de Reggio et le général Gérard, qui sont aux prises
avec l'ennemi, font faire sur toute la ligne les acclamations qui
signalent ordinairement l'arrivée de Napoléon. Ces cris sont entendus de
la ligne opposée; et tandis que Napoléon s'éloigne de Troyes à marche
forcée, Schwartzenberg croit qu'il est arrivé devant lui.
Le 27 février, Napoléon arrive vers midi à Arcis-sur-Aube; il s'y arrête
quelques heures dans le château de M. de La Briffe, son chambellan, pour
donner le temps aux troupes de défiler, et de passer l'Aube. En sortant
du pont d'Arcis, l'armée prend à gauche, et suit la route de traverse
qui conduit à Sezanne. Le soir, on bivouaque sur les confins des
départements de l'Aube et de la Marne, non loin de la Fère champenoise;
Napoléon entre chez le curé du petit village d'Herbisse, et y passe la
nuit.
Arrêtons-nous-y un moment avec le quartier impérial. Après les peines de
la journée, la gaieté française jetait encore de temps en temps quelques
lueurs sur le repos du soir: cette soirée d'Herbisse est peut-être la
dernière de ce genre que je puisse mettre sous les yeux du lecteur.
Le presbytère se composait d'une seule chambre et d'un fournil: Napoléon
se renferme dans la chambre, et y abrège la nuit par ses travaux
accoutumés. Les maréchaux, les généraux aides de camp, les officiers
d'ordonnance et les autres officiers de la maison, remplissent aussitôt
le fournil: le curé veut faire les honneurs de chez lui; au milieu de
tant d'embarras, il a le malheur de s'engager dans une querelle de latin
avec le maréchal Lefèvre; pendant ce temps, les officiers d'ordonnance
se groupent autour de la nièce, qui leur chante des cantiques. Le mulet
de la cantine se faisait attendre; il arrive enfin: on établit aussitôt
une porte sur un tonneau; quelques planches sont ajustées autour en
forme de bancs; les principaux s'y asseyent, les autres mangent debout.
Le curé prend place à la droite du grand maréchal, et la conversation
s'engage sur le pays où l'on se trouve: notre hôte a peine à concevoir
comment ces militaires connaissent si bien les localités; il veut
absolument que tout son monde soit Champenois. Pour lui expliquer ce qui
l'étonne, on lui présente des feuilles de Cassini, que chacun a dans sa
poche; il y retrouve le nom de tous les villages voisins, et s'étonne
encore davantage, tant il est loin de penser que la géographie s'occupe
de pareils détails: les naïvetés du bon curé égaient ainsi la fin du
repas. Bientôt après on se disperse dans les granges voisines: les
officiers de service restent seuls auprès de la porte de la chambre où
se trouve Napoléon; on leur apporte leur botte de paille; et le curé ne
pouvant aller coucher dans son lit, on lui cède la place d'honneur sur
le lit de camp. Le lendemain matin 28, le quartier impérial part de
très bonne heure: Napoléon était à cheval que le curé n'était pas encore
réveillé; il se réveille enfin; mais, pour le consoler de n'avoir pas
fait ses adieux, il ne faut rien moins qu'une bourse que le grand
maréchal lui fait remettre, et qui est l'indemnité d'usage dans toutes
les maisons peu aisées où Napoléon s'arrête. Quittons le bon curé
d'Herbisse, et remettons-nous à la suite du mouvement de l'armée.
Tandis que l'armée continue sa marche vers Sezanne, Napoléon se porte,
avec des troupes légères, sur un corps ennemi qui avait couché près de
nos bivouacs, à la Fère champenoise; il le chasse devant lui: c'était un
détachement de cavalerie que Blücher avait jeté de ce côté sous les
ordres du général Tettenborn, pour communiquer avec l'armée
autrichienne, et être averti de notre marche. Les colonnes de l'armée
française se réunissent, vers le milieu de la journée, à Sezanne; on ne
s'y arrête que pour prendre des renseignements: on apprend que les ducs
de Trévise et de Raguse se sont réunis le 26 à la Ferté-sous-Jouarre;
mais que, trop faibles encore malgré leur jonction, ils continuent de
reculer devant toutes les forces de Blücher, et doivent être à Meaux;
qu'il n'y a pas un moment à perdre pour sauver ce faubourg de la
capitale.
L'armée se remet aussitôt en marche; mais la journée étant déjà très
avancée, on ne peut faire que quelques lieues au-delà de Sezanne, et
l'on bivouaque à moitié chemin de la Ferté-Gaucher. Le quartier impérial
passe la nuit au château d'Estrenay, que les Prussiens avaient pillé le
matin.
Plusieurs officiers d'ordonnance, expédiés en toute hâte par les deux
maréchaux que l'on vient de laisser au-delà de Troyes, arrivent dans la
soirée, et sont porteurs de mauvaises nouvelles: les Autrichiens ne
reculent plus; ils ont repris vivement l'offensive à l'instant même que
Napoléon a quitté Troyes: le combat que les troupes du duc de Reggio et
du général Gérard ont eu à soutenir le 27, sur les hauteurs de
Bar-sur-Aube, a été sanglant; les généraux ennemis ont prodigué le
nombre des assaillants; la valeur personnelle des chefs n'a épargné
aucun effort pour ramener la confiance dans cette armée découragée, et
la décider à accabler de sa masse le petit nombre de Français qui lui
est opposé: Witgenstein et Schwartzenberg lui-même se sont fait blesser.
Les renforts qui arrivaient à chaque instant à l'ennemi rendaient cette
lutte de plus en plus disproportionnée; et le soir, les généraux
français s'étaient décidés à la retraite: ils reviennent sur Troyes. Le
duc de Tarente, qui a eu quelques avantages du côté de Mussy-l'Évêque,
et qui a même relevé un moment les troupes autrichiennes dans la garde
d'honneur du congrès de Châtillon, est entraîné par le mouvement de
retraite qui ramène le duc de Reggio sur Troyes. Les Autrichiens savent
maintenant que les troupes qu'ils ont devant eux ne sont qu'un rideau,
et que le gros de l'armée française a suivi Napoléon; ils se trouvent
eux-mêmes si nombreux, que déjà ils n'hésitent plus à détacher les
généraux Hesse-Hombourg et Bianchi contre le duc de Castiglione, qui
devient trop redoutable sur leurs derrières.
Ainsi peu de jours ont suffi pour dissiper nos avantages et déjouer nos
projets: les Autrichiens, qu'on croyait poursuivre jusqu'au Rhin, se
sont ralliés entre Langres et Bar, et maintenant reviennent sur nous; le
maréchal Augereau ne pourra plus opérer la diversion qui lui a été
prescrite sur la Saône; et Paris se voit menacé plus que jamais par
l'armée de Blücher, qui est aux portes de Meaux.
Napoléon, à force d'activité, espère encore ramener la fortune; il veut
d'abord se débarrasser de Blücher, et compte revenir sur la Seine assez
tôt pour sauver Troyes.
Le 1er mars, l'armée française arrive de bonne heure à la Ferté-Gaucher;
Napoléon s'y arrête un moment chez le maire, vieillard très âgé, que son
zèle rajeunit, et que Napoléon rajeunit encore en lui donnant la
décoration de la Légion-d'Honneur. Les nouvelles de Meaux sont
rassurantes: les Prussiens ont été arrêtés par la rupture des ponts de
Tréport et de Lagny; ils ont été également arrêtés la veille (le 28) sur
la ligne de l'Ourcq, au village de Lisy, par les troupes du duc de
Raguse; et sur la Térouenne, au gué du Trême, par les troupes du duc de
Trévise.
Ainsi les deux maréchaux tiennent toujours en avant de Meaux; Napoléon
arrive sans doute à temps; dans quelques heures, ses troupes vont se
trouver en ligne: si Blücher, surpris par leur brusque arrivée, fait
volte-face contre elles, un combat décisif va s'ensuivre, et les
affaires peuvent être promptement rétablies. Pleine de ces espérances,
l'armée continue, en toute hâté, sa marche par Rebais; elle est
harassée, mais l'ardeur de vaincre la soutient: de Rebais, elle se
dirige sur la Ferté. Arrivée enfin sur les hauteurs de Jouarre, elle
découvre à ses pieds la ville de la Ferté, les sinuosités de la vallée,
et, de l'autre côté de la Marne, l'armée prussienne qui nous échappe!
Le maréchal Blücher avait été informé sans doute, par les troupes
légères de Tettenborn, de l'approche de Napoléon; il avait évacué
aussitôt la rive gauche de la Marne: réuni à ses troupes de la rive
droite, il avait coupé les ponts, et venait de mettre la rivière entre
nous.
Napoléon ordonne qu'on se mette, sans perdre de temps, à rétablir un
pont à la Ferté; mais cette opération exigera au moins vingt-quatre
heures; on passe la nuit à Jouarre.
Le lendemain, 2 mars, Napoléon descend à la Ferté, pour être plus près
des travaux du pont; il s'établit dans la première maison qu'il trouve
au faubourg de Paris.
La plaine qui s'étend entre la Marne et l'Ourcq est couverte des
détachements de l'armée prussienne. On les voit qui mettent à profit le
temps que nous perdons à rétablir un pont: leur retraite se fait en
désordre dans la direction de Soissons. Le temps est affreux: ils ne
peuvent fuir que par des chemins de traverse, où leurs équipages restent
embourbés; les souvenirs de Montmirail et de Vauchamps se réveillent
parmi eux, et troublent leurs esprits. A chaque instant des paysans qui
échappent de leurs mains viennent à la Ferté raconter les embarras et
les terreurs de l'ennemi. Ces rapports ne font qu'ajouter à l'impatience
que Napoléon a de franchir la Marne.
Bacler-d'Albe est envoyé à Paris pour y porter la nouvelle de la
retraite des Prussiens. Rumigny, l'un des commis du cabinet, part en
courrier pour Châtillon, où il instruira le duc de Vicence de la
situation des affaires; des aides de camp sont expédiés aux ducs de
Trévise et de Bellune, pour qu'ils aient à reprendre l'offensive, et
leur donner avis qu'ils forment désormais la gauche du cercle dans
lequel on va renfermer Blücher.
Dans la nuit du 2 au 3 mars, nos troupes effectuent enfin ce passage de
la Marne si long-temps retardé: mais tout-à-coup le temps change; une
forte gelée succède à la pluie, et l'ennemi voit se convertir en routes
solides et faciles ces mêmes boues d'où quelques heures auparavant il
désespérait de sortir!
Malgré ce contre-temps, toutes les chances d'un grand succès ne nous
sont pas enlevées. Dans la direction que l'ennemi est forcé de suivre
pour opérer sa retraite, le cours de l'Aisne va lui barrer le passage.
Soissons est la clef de cette barrière; Soissons, dont les
fortifications ont été relevées, est à nous; quatorze cents Polonais en
forment la garnison: l'ennemi ne peut penser à l'enlever par un coup de
main. Blücher est à Beurneville, près la Ferté-Milon; ses soldats, épars
dans les plaines de Gandelu et d'Aulchy-le-Château, ayant devant eux
l'Aisne, derrière eux la Marne, pressés à gauche par les troupes du duc
de Trévise et du duc de Raguse, à droite par l'armée de Napoléon,
courent grand risque d'être acculés sur Soissons, et d'être forcés de
déposer armes et bagages aux pieds des vieux remparts de cette ville.
Plein de ces espérances, Napoléon débouche, le 3 mars, par le nouveau
pont de la Ferté; il porte rapidement ses troupes sur la grande route de
Châlons jusqu'à Château-Thierry; et là, trouvant à gauche la route de
Soissons, il la fait prendre à son armée, qu'il ramène ainsi sur les
flancs de l'ennemi. Quel que soit ce détour, nos troupes, en suivant une
chaussée, ont marché plus vite que les Prussiens, leur ont coupé le
chemin de Reims, et se trouvent en mesure d'arriver sur eux avant qu'ils
aient passé l'Aisne. Napoléon s'arrête la nuit à Bezu-Saint-Germain.
Tandis que la droite de l'armée française s'avance ainsi par la route de
Château-Thierry à Soissons, les troupes des ducs de Trévise et de
Raguse tournent l'ennemi par notre gauche, et marchent également sur
Soissons; l'un en suivant la grande route de Villers-Cotterets, l'autre
en passant par Neuilly-le-Saint-Front.
Resserré ainsi de tous côtés, l'ennemi se croit perdu; mais dans ce
moment critique les ponts-levis de Soissons s'abaissent devant l'armée
prussienne étonnée!
Ce passage inespéré lui est ouvert par les généraux Bulow et
Wintzingerode, que le hasard vient d'amener sur l'autre rive de l'Aisne.
Le général Bulow, arrivant de Belgique, à travers la Picardie, avait
d'abord fait une incursion sur notre arsenal de la Fère; il s'était
ensuite réuni au général Wintzingerode; leur jonction venait de se faire
le 2 mars, dans les environs de Soissons. Ces généraux avaient entamé
des pourparlers avec le commandant français, et, dans cette négociation,
ils avaient réussi à lui persuader qu'il n'avait rien de mieux à faire
que de capituler.
Le 4 mars au matin, Napoléon, ignorant encore ce qui vient de se passer
à Soissons, continue son mouvement sur l'Aisne; l'armée impériale passe
au pied des ruines du château de Fère-en-Tardenois, et arrive à Fismes,
où elle coupe la route de Soissons à Reims. C'est là qu'on apprend la
perte de Soissons, et la fortune des Prussiens!...