CHAPITRE VII.

TROISIÈME EXPÉDITION CONTRE LE MARÉCHAL BLÜCHER.--RETOUR DE NAPOLÉON SUR

LA MARNE.

(Fin de février.)

Lorsque Napoléon dictait ses prétentions au commissaire qu'il envoyait à

Lusigny, la suspension d'armes demandée par les alliés était

généralement considérée comme ne pouvant être profitable qu'à l'armée

autrichienne, dont elle aurait arrêté la déroute. On était loin de

penser que l'armistice pouvait offrir à l'armée française un avantage

équivalent, en suspendant les opérations du maréchal Blücher. On apprend

enfin, mais trop tard, la diversion que les Prussiens ont entreprise, et

dont il nous reste à rendre compte.

Pour conserver la liaison des faits, nous reviendrons un moment sur nos

pas.

Après le combat de Vauchamps, nous avons laissé le maréchal Blücher

séparé de ses lieutenants, battu comme eux, faisant en toute hâte

retraite vers Châlons-sur-Marne, et ne sachant trop où cette déroute

pourra le mener. La fortune ne lui a pas tenu long-temps rigueur. Dès le

lendemain, Napoléon, rappelé vers Nangis et Montereau, a cessé de peser

sur lui. Blücher n'a plus été poursuivi que par le duc de Raguse, et

bientôt ce dernier a été obligé lui-même de lâcher prise, pour revenir

sur Montmirail combattre un corps de troupes que le prince

Schwartzenberg avait fait avancer de ce côté au secours des Prussiens.

Tandis que le duc de Raguse, occupé à poursuivre cette troupe, est allé

prendre position à Sezanne, Blücher a mis les moments à profit, en

ralliant à lui les corps de Sacken et d'York.

Ceux-ci avaient échappé de leur côté à la poursuite du duc de Trévise,

par un concours de circonstances non moins heureuses que celles qui

avaient débarrassé leur général en chef. Les corps prussiens de Bülow et

les divisions russes de Wintzingerode et de Woronzoff, après avoir pris

possession de la Belgique, avaient franchi notre ancienne frontière du

nord. Leur avant-garde, pénétrant à travers les Ardennes, s'était

avancée jusqu'aux portes de Soissons. A défaut de bonnes murailles et

d'une nombreuse garnison, Soissons avait le général Rusca pour

commandant; mais ce brave officier avait été tué d'une des premières

décharges, et sa mort avait promptement livré la place au général

Wintzingerode. Les Russes y étaient entrés le 13 février, précisément

pour recueillir les fuyards de Sacken et d'York, qui s'échappaient du

combat livré la veille à Château-Thierry. Ces troupes ayant appris, en

se ralliant à Soissons, que leur général en chef, Blücher, ralliait

lui-même ses forces du côté de Châlons, s'étaient aussitôt mises en

marche pour aller le rejoindre par la route de Reims. Les Russes

auraient voulu se conserver la possession importante de Soissons; mais

dès le 19 février le duc de Trévise avait repris cette ville.

Le maréchal Blücher, peu de jours après ses défaites, était donc parvenu

à réunir toutes ses forces, et se voyait au moment d'en recevoir de

nouvelles qui lui arrivaient par les routes du nord et de la Lorraine.

Le 18 février, il s'était trouvé en état de courir à son tour au secours

de Schwartzenberg; des bords de la Marne, il était venu camper avec

cinquante mille hommes au confluent de l'Aube et de la Seine; il avait

reçu en route, le 19, au bivouac de Sommesous, un nouveau renfort de

neuf mille hommes appartenant au corps de Langeron: il espérait qu'une

réunion générale de toutes les forces des alliés en ayant de Troyes

arrêterait Napoléon, et produirait les mêmes résultats qu'à Brienne. Ce

n'était donc pas seulement un détachement de l'armée de Silésie que nous

avions rencontré à Méry, ainsi que nous l'avions cru pendant quelques

jours; c'était l'avant-garde de toute cette armée. Blücher s'était

trouvé de sa personne au combat du pont de Méry; il y avait été blessé à

la jambe. Il n'avait pris le parti de la retraite qu'après s'être

convaincu de ses propres yeux qu'il était impossible de rallier l'armée

de Schwartzenberg en avant de Troyes, et que la réunion projetée était

désormais inutile. Dès lors il s'était décidé à repasser l'Aube; mais sa

retraite cachait un des plus hardis projets de la campagne. Encouragé

par les renforts qui ne cessaient de lui arriver, soit qu'il eût reçu

des ordres de son cabinet, soit qu'il n'eût pris conseil que de son

audace, Blücher avait résolu de s'avancer encore une fois sur Paris,

pour tenter une grande diversion en faveur de l'armée autrichienne.

Ainsi, pendant que le gros de l'armée française était autour de Troyes,

occupée d'armistice et de paix, les troupes prussiennes descendaient

rapidement sur les deux rives de la Marne. Le duc de Raguse, forcé le 24

d'abandonner Sezanne, se retirait, par la Ferté-Gaucher, sur la

Ferté-sous-Jouarre. De l'autre côté de la Marne, le duc de Trévise,

après avoir laissé garnison dans Soissons, se retirait également sur la

Ferté-sous-Jouarre.

Napoléon ne reçoit ces nouvelles que dans la nuit du 26 au 27; en peu

d'heures, elles ont changé tous ses plans. Le 27 au matin, il quitte

Troyes précipitamment pour se porter, par Arcis-sur-Aube et Sezanne, sur

les traces de l'armée prussienne. Il ne laisse en avant de Troyes que

deux corps d'armée, celui du duc de Reggio et celui du duc de Tarente;

c'est le duc de Tarente qui commandera en chef. Au moment où ces deux

maréchaux sont ainsi abandonnés à eux-mêmes, le premier est engagé dans

un combat très vif sur les hauteurs de Bar-sur-Aube, le second est en

marche vers Châtillon. Mais il ne s'agit plus de poursuivre les

Autrichiens; désormais les troupes qui restent opposées à celles de

Schwartzenberg doivent borner leurs efforts à les contenir, et surtout à

masquer le grand mouvement que notre armée fait sur Blücher. Dans cette

intention, le duc de Reggio et le général Gérard, qui sont aux prises

avec l'ennemi, font faire sur toute la ligne les acclamations qui

signalent ordinairement l'arrivée de Napoléon. Ces cris sont entendus de

la ligne opposée; et tandis que Napoléon s'éloigne de Troyes à marche

forcée, Schwartzenberg croit qu'il est arrivé devant lui.

Le 27 février, Napoléon arrive vers midi à Arcis-sur-Aube; il s'y arrête

quelques heures dans le château de M. de La Briffe, son chambellan, pour

donner le temps aux troupes de défiler, et de passer l'Aube. En sortant

du pont d'Arcis, l'armée prend à gauche, et suit la route de traverse

qui conduit à Sezanne. Le soir, on bivouaque sur les confins des

départements de l'Aube et de la Marne, non loin de la Fère champenoise;

Napoléon entre chez le curé du petit village d'Herbisse, et y passe la

nuit.

Arrêtons-nous-y un moment avec le quartier impérial. Après les peines de

la journée, la gaieté française jetait encore de temps en temps quelques

lueurs sur le repos du soir: cette soirée d'Herbisse est peut-être la

dernière de ce genre que je puisse mettre sous les yeux du lecteur.

Le presbytère se composait d'une seule chambre et d'un fournil: Napoléon

se renferme dans la chambre, et y abrège la nuit par ses travaux

accoutumés. Les maréchaux, les généraux aides de camp, les officiers

d'ordonnance et les autres officiers de la maison, remplissent aussitôt

le fournil: le curé veut faire les honneurs de chez lui; au milieu de

tant d'embarras, il a le malheur de s'engager dans une querelle de latin

avec le maréchal Lefèvre; pendant ce temps, les officiers d'ordonnance

se groupent autour de la nièce, qui leur chante des cantiques. Le mulet

de la cantine se faisait attendre; il arrive enfin: on établit aussitôt

une porte sur un tonneau; quelques planches sont ajustées autour en

forme de bancs; les principaux s'y asseyent, les autres mangent debout.

Le curé prend place à la droite du grand maréchal, et la conversation

s'engage sur le pays où l'on se trouve: notre hôte a peine à concevoir

comment ces militaires connaissent si bien les localités; il veut

absolument que tout son monde soit Champenois. Pour lui expliquer ce qui

l'étonne, on lui présente des feuilles de Cassini, que chacun a dans sa

poche; il y retrouve le nom de tous les villages voisins, et s'étonne

encore davantage, tant il est loin de penser que la géographie s'occupe

de pareils détails: les naïvetés du bon curé égaient ainsi la fin du

repas. Bientôt après on se disperse dans les granges voisines: les

officiers de service restent seuls auprès de la porte de la chambre où

se trouve Napoléon; on leur apporte leur botte de paille; et le curé ne

pouvant aller coucher dans son lit, on lui cède la place d'honneur sur

le lit de camp. Le lendemain matin 28, le quartier impérial part de

très bonne heure: Napoléon était à cheval que le curé n'était pas encore

réveillé; il se réveille enfin; mais, pour le consoler de n'avoir pas

fait ses adieux, il ne faut rien moins qu'une bourse que le grand

maréchal lui fait remettre, et qui est l'indemnité d'usage dans toutes

les maisons peu aisées où Napoléon s'arrête. Quittons le bon curé

d'Herbisse, et remettons-nous à la suite du mouvement de l'armée.

Tandis que l'armée continue sa marche vers Sezanne, Napoléon se porte,

avec des troupes légères, sur un corps ennemi qui avait couché près de

nos bivouacs, à la Fère champenoise; il le chasse devant lui: c'était un

détachement de cavalerie que Blücher avait jeté de ce côté sous les

ordres du général Tettenborn, pour communiquer avec l'armée

autrichienne, et être averti de notre marche. Les colonnes de l'armée

française se réunissent, vers le milieu de la journée, à Sezanne; on ne

s'y arrête que pour prendre des renseignements: on apprend que les ducs

de Trévise et de Raguse se sont réunis le 26 à la Ferté-sous-Jouarre;

mais que, trop faibles encore malgré leur jonction, ils continuent de

reculer devant toutes les forces de Blücher, et doivent être à Meaux;

qu'il n'y a pas un moment à perdre pour sauver ce faubourg de la

capitale.

L'armée se remet aussitôt en marche; mais la journée étant déjà très

avancée, on ne peut faire que quelques lieues au-delà de Sezanne, et

l'on bivouaque à moitié chemin de la Ferté-Gaucher. Le quartier impérial

passe la nuit au château d'Estrenay, que les Prussiens avaient pillé le

matin.

Plusieurs officiers d'ordonnance, expédiés en toute hâte par les deux

maréchaux que l'on vient de laisser au-delà de Troyes, arrivent dans la

soirée, et sont porteurs de mauvaises nouvelles: les Autrichiens ne

reculent plus; ils ont repris vivement l'offensive à l'instant même que

Napoléon a quitté Troyes: le combat que les troupes du duc de Reggio et

du général Gérard ont eu à soutenir le 27, sur les hauteurs de

Bar-sur-Aube, a été sanglant; les généraux ennemis ont prodigué le

nombre des assaillants; la valeur personnelle des chefs n'a épargné

aucun effort pour ramener la confiance dans cette armée découragée, et

la décider à accabler de sa masse le petit nombre de Français qui lui

est opposé: Witgenstein et Schwartzenberg lui-même se sont fait blesser.

Les renforts qui arrivaient à chaque instant à l'ennemi rendaient cette

lutte de plus en plus disproportionnée; et le soir, les généraux

français s'étaient décidés à la retraite: ils reviennent sur Troyes. Le

duc de Tarente, qui a eu quelques avantages du côté de Mussy-l'Évêque,

et qui a même relevé un moment les troupes autrichiennes dans la garde

d'honneur du congrès de Châtillon, est entraîné par le mouvement de

retraite qui ramène le duc de Reggio sur Troyes. Les Autrichiens savent

maintenant que les troupes qu'ils ont devant eux ne sont qu'un rideau,

et que le gros de l'armée française a suivi Napoléon; ils se trouvent

eux-mêmes si nombreux, que déjà ils n'hésitent plus à détacher les

généraux Hesse-Hombourg et Bianchi contre le duc de Castiglione, qui

devient trop redoutable sur leurs derrières.

Ainsi peu de jours ont suffi pour dissiper nos avantages et déjouer nos

projets: les Autrichiens, qu'on croyait poursuivre jusqu'au Rhin, se

sont ralliés entre Langres et Bar, et maintenant reviennent sur nous; le

maréchal Augereau ne pourra plus opérer la diversion qui lui a été

prescrite sur la Saône; et Paris se voit menacé plus que jamais par

l'armée de Blücher, qui est aux portes de Meaux.

Napoléon, à force d'activité, espère encore ramener la fortune; il veut

d'abord se débarrasser de Blücher, et compte revenir sur la Seine assez

tôt pour sauver Troyes.

Le 1er mars, l'armée française arrive de bonne heure à la Ferté-Gaucher;

Napoléon s'y arrête un moment chez le maire, vieillard très âgé, que son

zèle rajeunit, et que Napoléon rajeunit encore en lui donnant la

décoration de la Légion-d'Honneur. Les nouvelles de Meaux sont

rassurantes: les Prussiens ont été arrêtés par la rupture des ponts de

Tréport et de Lagny; ils ont été également arrêtés la veille (le 28) sur

la ligne de l'Ourcq, au village de Lisy, par les troupes du duc de

Raguse; et sur la Térouenne, au gué du Trême, par les troupes du duc de

Trévise.

Ainsi les deux maréchaux tiennent toujours en avant de Meaux; Napoléon

arrive sans doute à temps; dans quelques heures, ses troupes vont se

trouver en ligne: si Blücher, surpris par leur brusque arrivée, fait

volte-face contre elles, un combat décisif va s'ensuivre, et les

affaires peuvent être promptement rétablies. Pleine de ces espérances,

l'armée continue, en toute hâté, sa marche par Rebais; elle est

harassée, mais l'ardeur de vaincre la soutient: de Rebais, elle se

dirige sur la Ferté. Arrivée enfin sur les hauteurs de Jouarre, elle

découvre à ses pieds la ville de la Ferté, les sinuosités de la vallée,

et, de l'autre côté de la Marne, l'armée prussienne qui nous échappe!

Le maréchal Blücher avait été informé sans doute, par les troupes

légères de Tettenborn, de l'approche de Napoléon; il avait évacué

aussitôt la rive gauche de la Marne: réuni à ses troupes de la rive

droite, il avait coupé les ponts, et venait de mettre la rivière entre

nous.

Napoléon ordonne qu'on se mette, sans perdre de temps, à rétablir un

pont à la Ferté; mais cette opération exigera au moins vingt-quatre

heures; on passe la nuit à Jouarre.

Le lendemain, 2 mars, Napoléon descend à la Ferté, pour être plus près

des travaux du pont; il s'établit dans la première maison qu'il trouve

au faubourg de Paris.

La plaine qui s'étend entre la Marne et l'Ourcq est couverte des

détachements de l'armée prussienne. On les voit qui mettent à profit le

temps que nous perdons à rétablir un pont: leur retraite se fait en

désordre dans la direction de Soissons. Le temps est affreux: ils ne

peuvent fuir que par des chemins de traverse, où leurs équipages restent

embourbés; les souvenirs de Montmirail et de Vauchamps se réveillent

parmi eux, et troublent leurs esprits. A chaque instant des paysans qui

échappent de leurs mains viennent à la Ferté raconter les embarras et

les terreurs de l'ennemi. Ces rapports ne font qu'ajouter à l'impatience

que Napoléon a de franchir la Marne.

Bacler-d'Albe est envoyé à Paris pour y porter la nouvelle de la

retraite des Prussiens. Rumigny, l'un des commis du cabinet, part en

courrier pour Châtillon, où il instruira le duc de Vicence de la

situation des affaires; des aides de camp sont expédiés aux ducs de

Trévise et de Bellune, pour qu'ils aient à reprendre l'offensive, et

leur donner avis qu'ils forment désormais la gauche du cercle dans

lequel on va renfermer Blücher.

Dans la nuit du 2 au 3 mars, nos troupes effectuent enfin ce passage de

la Marne si long-temps retardé: mais tout-à-coup le temps change; une

forte gelée succède à la pluie, et l'ennemi voit se convertir en routes

solides et faciles ces mêmes boues d'où quelques heures auparavant il

désespérait de sortir!

Malgré ce contre-temps, toutes les chances d'un grand succès ne nous

sont pas enlevées. Dans la direction que l'ennemi est forcé de suivre

pour opérer sa retraite, le cours de l'Aisne va lui barrer le passage.

Soissons est la clef de cette barrière; Soissons, dont les

fortifications ont été relevées, est à nous; quatorze cents Polonais en

forment la garnison: l'ennemi ne peut penser à l'enlever par un coup de

main. Blücher est à Beurneville, près la Ferté-Milon; ses soldats, épars

dans les plaines de Gandelu et d'Aulchy-le-Château, ayant devant eux

l'Aisne, derrière eux la Marne, pressés à gauche par les troupes du duc

de Trévise et du duc de Raguse, à droite par l'armée de Napoléon,

courent grand risque d'être acculés sur Soissons, et d'être forcés de

déposer armes et bagages aux pieds des vieux remparts de cette ville.

Plein de ces espérances, Napoléon débouche, le 3 mars, par le nouveau

pont de la Ferté; il porte rapidement ses troupes sur la grande route de

Châlons jusqu'à Château-Thierry; et là, trouvant à gauche la route de

Soissons, il la fait prendre à son armée, qu'il ramène ainsi sur les

flancs de l'ennemi. Quel que soit ce détour, nos troupes, en suivant une

chaussée, ont marché plus vite que les Prussiens, leur ont coupé le

chemin de Reims, et se trouvent en mesure d'arriver sur eux avant qu'ils

aient passé l'Aisne. Napoléon s'arrête la nuit à Bezu-Saint-Germain.

Tandis que la droite de l'armée française s'avance ainsi par la route de

Château-Thierry à Soissons, les troupes des ducs de Trévise et de

Raguse tournent l'ennemi par notre gauche, et marchent également sur

Soissons; l'un en suivant la grande route de Villers-Cotterets, l'autre

en passant par Neuilly-le-Saint-Front.

Resserré ainsi de tous côtés, l'ennemi se croit perdu; mais dans ce

moment critique les ponts-levis de Soissons s'abaissent devant l'armée

prussienne étonnée!

Ce passage inespéré lui est ouvert par les généraux Bulow et

Wintzingerode, que le hasard vient d'amener sur l'autre rive de l'Aisne.

Le général Bulow, arrivant de Belgique, à travers la Picardie, avait

d'abord fait une incursion sur notre arsenal de la Fère; il s'était

ensuite réuni au général Wintzingerode; leur jonction venait de se faire

le 2 mars, dans les environs de Soissons. Ces généraux avaient entamé

des pourparlers avec le commandant français, et, dans cette négociation,

ils avaient réussi à lui persuader qu'il n'avait rien de mieux à faire

que de capituler.

Le 4 mars au matin, Napoléon, ignorant encore ce qui vient de se passer

à Soissons, continue son mouvement sur l'Aisne; l'armée impériale passe

au pied des ruines du château de Fère-en-Tardenois, et arrive à Fismes,

où elle coupe la route de Soissons à Reims. C'est là qu'on apprend la

perte de Soissons, et la fortune des Prussiens!...

Manuscrit de mil huit cent quatorze, trouvé dans les voitures impériales prises à Waterloo, contenant l'histoire des six derniers mois du règne de Napoléon · 第 55 / 126 题