Une lettre du prince de Metternich, adressée à votre excellence, datée
de Bâle le 14, et venue je ne sais par quelle route, a été portée à S.
M., qui vous en envoie une copie par une estafette extraordinaire
expédiée ce matin à dix heures. S. M. m'ordonne d'en envoyer une autre
copie certifiée à votre excellence, qui la trouvera ci-jointe.
Votre excellence a maintenant la lettre que S. M. me dicta le 16 pour
elle, et qui s'est croisée avec celle qu'elle a elle-même écrite à S. M.
le 17.
Elle a vu que l'empereur sentait le besoin d'un armistice. Quant aux
conditions auxquelles il peut être conclu, S. M. m'ordonne de faire
connaître à votre excellence que, quelles que soient les circonstances,
elle ne consentira jamais à aucune condition déshonorante; et qu'elle
regarderait comme déshonorant au plus haut degré, de remettre aucune
place française ou de payer aucune somme d'argent quelconque: mais que
pour racheter de l'occupation de l'ennemi une portion quelconque du
territoire français, elle consentirait à remettre en Italie Venise et
Palma-Nova, et en Allemagne Magdebourg et Hambourg; bien entendu que les
garnisons reviendraient libres en France, et que les magasins,
l'artillerie que S. M. a mise dans ces places, et les vaisseaux de
guerre qui sont sa propriété, lui seraient réservés.
S. M. m'ordonne d'ajouter qu'elle n'a jamais exigé d'argent pour prix,
soit d'un armistice, soit de la paix: qu'elle a seulement exigé, en
signant la paix, le solde des contributions qu'elle avait frappées sur
les pays qu'elle avait occupés par ses armées; ce que l'ennemi ne
saurait demander, puisqu'il n'a point frappé de contributions en France.
Quant au traité de paix, l'empereur me charge de dire à votre excellence
que la France devra conserver ses limites naturelles sans restriction ni
diminution quelconque, et que c'est là une condition _sine quâ non_ dont
il ne se départira jamais.
Daignez agréer, etc.
_Signé_ LA BESNARDIÈRE.
* * * * *
(Nº 15.) _Lettre du prince de Metternich_
_A M. le duc de Vicence._
Bâle, le 14 janvier 1814.