Un ami sauvé.
L'après-midi se passa en conversations et promenades; mais on évita
d'aller du côté de l'auberge Bournier. Ce ne fut qu'après le souper,
quand il commença à faire nuit, que Moutier, accompagné de Jacques,
se dirigea de ce côté pour tâcher d'avoir des nouvelles du pauvre
Torchonnet. Ils firent un grand détour pour arriver par les derrières de
l'auberge; .Moutier marchait, guidé par Jacques, dans les sentiers et
les ruelles les plus désertes. Ils arrivèrent ainsi jusqu'aux bâtiments
qui servaient de commun. Tout était sombre et silencieux; les portes
étaient fermées. Pas moyen de pénétrer dans l'intérieur. Un hangar
ouvert leur permit d'approcher; ils y étaient depuis quelques instants,
cherchant un moyen d'arriver jusqu'à Torchonnet, lorsqu'une porte de
derrière s'ouvrit. Un homme en sortit sans bruit; Moutier reconnut
l'aubergiste, faiblement éclairé par la lanterne sourde qu'il tenait à
la main. Il se dirigea vers le charbonnier, séparé du hangar par une
cloison en planches; il en ouvrit la porte avec précaution et entra.
«Voilà ton souper que je t'apporte, dit-il d'une voix rude, mais basse.
L'étranger est parti; demain tu reprendras ton ouvrage, et si tu as
le malheur de raconter un mot de ce que tu as vu et entendu, de dire à
n'importe qui comme quoi tu as été enfermé ici pendant que l'étranger
était à l'auberge, je te briserai les os et je te brûlerai à petit
feu... Entends-tu ce que je dis, animal?»
--Oui, Monsieur, répondit la voix tremblante de Torchonnet.
L'aubergiste sortit, referma la porte et rentra dans la maison.
Quand Moutier fut bien assuré qu'on ne pouvait pas l'entendre, il
s'approcha de la cloison et dit à Jacques d'appeler Torchonnet à voix
basse.
«Torchonnet, mon pauvre Torchonnet, dit Jacques, pourquoi es-tu enfermé
dans ce trou noir?»
TORCHONNET.--C'est vous, mon bon Jacques? Comment avez-vous su que ce
méchant homme m'avait enfermé? Je ne sais pas pourquoi il m'a mis ici.
JACQUES.--Depuis quand y es-tu?
TORCHONNET.--Depuis le jour où est arrivé un beau monsieur, dans une
belle voiture, avec une cassette pleine de choses d'or. Il a eu pitié de
moi; il a dit à mon maître que j'avais l'air malade et malheureux. Il
lui a proposé de donner de l'argent pour me placer ailleurs; mon maître
a refusé. Alors, ce bon monsieur m'a donné une pièce d'or en me disant
d'aller lui acheter pour un franc de tabac et de garder le reste pour
moi. Mon maître m'a suivi, m'a arraché la pièce d'or avant que j'eusse
seulement eu le temps de sortir dans la rue. J'ai voulu crier; il m'a
saisi par le cou, m'a entraîné dans ce charbonnier et m'a jeté dedans en
me disant que, si j'appelais, il me tuerait. Il m'apporte tous les soirs
un morceau de pain et une cruche d'eau.
MOUTIER.--Pauvre garçon!
La voix de Moutier fit tressaillir Torchonnet.
TORCHONNET.--Mon Dieu! mon Dieu! il y a quelqu'un avec vous, Jacques?
Mon maître le saura; il dira que j'ai parlé et il me tuera.
MOUTIER.--Sois tranquille, pauvre enfant! C'est moi qui t'ai aidé, il
y a trois ans, à porter ton sac de charbon; je suis l'ami, le père de
Jacques, et je ne te trahirai pas. Quand le monsieur est-il parti?
TORCHONNET.--Le maître dit qu'il est parti, mais je ne crois pas; car
j'ai entendu ce soir la voix du monsieur, qui parlait très haut, puis
mon maître qui jurait, et puis beaucoup de bruit comme si on se battait,
et puis le frère et la femme de mon maître qui parlaient très fort, puis
rien ensuite, et il est venu m'apporter mon pain.
Moutier frémissait d'indignation. «Auraient-ils commis un crime? se
demanda-t-il, ou bien se préparent-ils à en commettre un? Comment faire
pour l'empêcher, s'il n'est déjà trop tard? Tout est fermé... Impossible
d'entrer sans faire de bruit... Ce n'est pas que je les craigne!
Avec mon poignard algérien et mes pistolets de poche, j'en viendrais
facilement à bout; mais, si le pauvre étranger vit encore, ils le
tueront avant que je puisse briser une porte et entrer dans cette
caverne de brigands. Que le bon Dieu m'inspire et me vienne en aide!
Chaque minute de retard peut causer la mort de l'étranger.»
Moutier se recueillit un instant et dit à Jacques: «Rentre à la maison,
mon enfant; tu me gênerais dans ce que j'ai à faire.»
JACQUES.--Je ne vous quitterai pas, mon bon ami. Je crois que vous
voulez voir s'il y a quelque chose à craindre pour l'étranger et je veux
rester près de vous pour vous venir en aide.
MOUTIER.--Au lieu de m'aider, tu me gênerais, mon garçon. Va-t'en, je
le veux... Entends-tu? Je te l'ordonne. Ces derniers mots furent dits
à voix basse comme le reste, mais d'un ton qui ne permettait pas de
réplique; Jacques lui baisa la main et partit. A peine était-il assez
éloigné pour qu'on n'entendît plus ses pas; au moment où Moutier allait
quitter le hangar sombre qui l'abritait, la porte de l'auberge s'ouvrit
encore une fois; l'aubergiste Bournier sortit à pas de loup, écouta et,
se retournant, dit à voix basse:
«Personne! pas de bruit! Dépêchons-nous; la lune va se lever et notre
affaire serait manquée.»
Il rentra, laissant la porte ouverte; Moutier s'y glissa après lui,
le suivit et s'arrêta en face d'une chambre dans laquelle entra
l'aubergiste. Une faible lumière éclairait cette pièce; un homme était
étendu par terre, garrotté et bâillonné. Le frère et la femme de
Bournier le soulevèrent par les épaules, l'aubergiste prit les jambes,
et tous trois s'apprêtaient à se mettre en marche, quand Moutier bondit
sur eux, et cassa la cuisse de l'aubergiste d'un coup de pistolet, brisa
le crâne du frère avec la poignée de ce pistolet, et renversa la femme
d'un coup de poing sur la tête. Tous trois tombèrent; l'aubergiste seul
poussa un cri en tombant. Moutier le roula dans un coin, sans avoir
égard à ses hurlements, coupa avec son poignard les cordes qui
attachaient le malheureux étranger, arracha le mouchoir qui l'étouffait,
garrotta l'aubergiste, courut dans la salle d'entrée, ouvrit la porte
qui donnait sur la rue et tira un coup de pistolet en l'air en criant:
«Au voleur! à l'assassin!»
Une douzaine de portes s'ouvrirent, des têtes épouvantées Apparurent.
«Par ici, à l'auberge! cria Moutier. Arrivez vite; il n'y a plus de
danger.»
Cette assurance donna du courage aux plus hardis. Quelques hommes
armés de couteaux et de bâtons se dirigèrent, non sans trembler, vers
l'auberge; ils entrèrent avec hésitation dans la salle et se groupèrent
près de la porte, n'osant avancer, dans l'incertitude des dangers qu'ils
pouvaient courir encore et dans l'ignorance des événements qui se
passaient.
Pendant qu'ils hésitaient et se consultaient, Elfy entra précipitamment;
elle avait entendu le coup de pistolet, l'appel de Moutier, et accourait
en appelant les gens du village pour le secourir, ainsi que Jacques
qu'elle croyait encore avec Moutier.
ELFY.--Que se passe-t-il ici? Pourquoi restez-vous dans la salle? Où est
M. Moutier? Pourquoi n'entrez-vous pas dans les appartements?
UN BRAVE,--C'est que, voyez-vous, mademoiselle Elfy, on ne sait pas ce
qui peut arriver; ce n'est pas prudent de se trop avancer sans savoir à
qui on a affaire. Ce Bournier est un mauvais gueux! On n'aime pas à se
faire des querelles avec des gens comme ça.
ELFY.--Et vous laissez peut-être égorger quelqu'un, de peur d'attraper
un coup ou de vous faire un ennemi? Moi, femme, j'aurai plus de courage
que vous.
Elfy, arrachant un couteau des mains d'un des trembleurs indécis, se
précipita dans les chambres qui se trouvaient près de la salle en
appelant:
«Monsieur Moutier, où êtes-vous? Où est Jacques? Que vous est-il arrivé?
On vient à votre aide!»
Elle ne tarda pas à entrer dans la pièce où étaient étendus l'aubergiste
garrotté, le frère ne donnant aucun signe de vie, la femme évanouie.
Moutier jetait de l'eau sur le visage saignant de l'étranger, qui était
resté par terre; il ignorait s'il n'y avait aucune blessure grave et si
le sang dont il avait le visage inondé provenait d'une blessure ou d'un
fort saignement de nez. A la voix d'Elfy, il se releva, et, allant à
elle:
«Ma bonne, ma chère Elfy, je suis désolé de vous voir ici; n'y restez
pas, je vous prie. Envoyez-moi du monde. Pourquoi êtes-vous venue?»
ELFY.--J'avais entendu le coup de pistolet et votre voix: je craignais
qu'il ne vous fût arrivé malheur, et je suis accourue. Ils sont là dans
la salle une douzaine d'hommes, mais ils n'osent pas entrer; alors je
suis venue.
--Sans avoir égard au danger! Je n'oublierai pas cela, Elfy! dit Moutier
lui serrant affectueusement les mains. Non jamais!... Mais, puisque
vous voilà, appelez-moi du monde; il faut soigner ces gueux-là, aller
chercher les gendarmes et tirer ce pauvre monsieur qu'ils ont voulu tuer
pour le voler sans doute. J'avais renvoyé Jacques près de vous avant
d'entrer.
Elfy, sans faire de questions, retourna à la salle, dit brièvement
aux hommes ce que Moutier leur demandait, et retourna en toute hâte à
l'Ange-Gardien pour rassurer sa soeur qui était restée avec Paul. Elfy
rencontra à la porte de l'auberge de Bournier le petit Jacques qui
accourait aussi tout effrayé; il avait entendu le coup de pistolet, et
il se dépêchait d'arriver au secours de son ami. Il avait été retardé
par le chemin plus long qu'il avait dû prendre pour revenir au village.
Elfy lui expliqua en peu de mots ce qui venait d'arriver, et le ramena
avec elle, pensant qu'il gênerait Moutier plus qu'il ne lui servirait.
Les hommes qu'Elfy avait trouvés tremblants dans la salle de l'auberge
déployèrent un courage héroïque aussitôt qu'ils eurent appris par Elfy
où en étaient les choses et le genre de secours que leur demandait
Moutier. Ils se lancèrent bruyamment dans la chambre où gisaient les
blessés, et s'empressèrent d'offrir au vainqueur l'aide de leurs bras
pour terrasser ses ennemis.
MOUTIER.--Quant à cela, Messieurs, je ne vous ai pas laissé d'ouvrage,
les voilà tous par terre; mais il faut que vous m'aidiez à les loger,
aux frais de l'État, dans la prison de la ville la plus proche. Je ne
suis ici qu'en passant; je n'y connais personne. Et puis vous voudrez
bien, quelques-uns de vous, m'aider à transporter le pauvre étranger
qu'ils ont voulu égorger et qui n'a pas encore repris connaissance; pour
celui-là, c'est un médecin qu'il faut et de bons soins.
Les vaillants habitants se mirent à la disposition de Moutier, dont
l'habit militaire, la croix et les galons de sergent les disposaient au
respect. Il en dépêcha deux à la ville pour requérir les gendarmes;
il donna à quatre autres la garde des malfaiteurs, avec injonction de
garrotter la femme et son frère. Il en envoya un demander à Mme Blidot
si elle pouvait recevoir l'étranger, et il garda les autres pour l'aider
à faire revenir le blessé et pour aller délivrer Torchonnet, dont il
indiqua la prison. Mme Blidot ne fit pas attendre la réponse.
«Tout ce que vous voudrez et quand vous voudrez, vous fait dire Mme
Blidot, monsieur le sergent. Tout sera prêt pour recevoir votre
monsieur.»
Moutier posa un matelas par terre, étendit dessus l'étranger; aidé de
trois hommes vigoureux, il l'emporta ainsi et le déposa chez Mme Blidot,
dans la chambre et sur le lit qu'elle leur indiqua. Elle aida Moutier à
lui enlever ses vêtements, à laver le sang figé sur son visage et qui le
rendait méconnaissable. Quand il fut bien nettoyé, Moutier le regarda;
il poussa une exclamation de surprise. «Quelle chance, ma bonne madame
Blidot? Savez-vous qui je viens de sauver du couteau--de ces coquins?
Mon pauvre général prisonnier! C'est lui! Comment, diantre, a-t-il été
se fourrer par là? Le voilà qui ouvre les yeux; il va revenir tout à
fait.»
En effet, le général reprenait connaissance, regardait autour de lui,
cherchait à se reconnaître; il examinait Mme Blidot. Il ne voyait pas
encore Moutier, qui s'était effacé derrière le rideau du lit; mais quand
le général demanda:
«Où suis-je? Qu'est-il arrivé?» Moutier se montra et, lui prenant la
main:
«Vous êtes ici chez mes bonnes amies, mon général. Le brigand chez
lequel vous étiez descendu a la cuisse cassée, son frère a le crâne
défoncé, et la femme a reçu un coup d'assommoir dont il lui restera
quelque chose si elle en revient.»
LE GÉNÉRAL.--Comment! encore vous, mon brave Moutier? C'est pour vous
que je suis venu me fourrer dans ce guêpier, et c'est vous qui m'en
tirez, qui êtes encore une fois mon brave sauveur?
MOUTIER.--Trop heureux, mon général, de vous avoir rendu ce petit
service. Mais comment est-ce pour moi que vous avez pris vos quartiers
chez ces coquins? Avant de répondre, le général demanda un verre de vin;
il l'avala, se sentit remonté et dit à Moutier:
«Vous m'aviez dit que vous vouliez passer par ici pour voir vos bonnes
amies et les enfants; j'ai voulu vous épargner la route par étapes
d'ici jusqu'aux eaux de Bagnoles, et je suis venu vous attendre chez ce
scélérat qui a si bien manqué m'égorger.»
MOUTIER.--Comment ont-ils fait pour s'emparer de vous? Et pourquoi
voulaient-ils vous tuer?
LE GÉNÉRAL.--Nous avons eu une querelle au sujet d'un pauvre petit
diable qui avait l'air si malheureux, si malade, si terrifié, que j'en
ai eu compassion. Je lui ai donné une commission et vingt francs pour en
payer un, le surplus pour lui. Le fripon d'aubergiste a volé les
vingt francs, car je n'ai plus revu l'enfant. Je lui en ai reparlé le
lendemain. J'ai su que l'enfant était le fils d'une mendiante qui
l'a laissé à l'aubergiste pour l'aider dans son ouvrage; j'ai vu que
l'enfant devait être traité fort durement. J'ai demandé à payer son
apprentissage quelque part; le coquin a refusé. J'ai dit que j'irai le
demander au maire de l'endroit; il est entré en colère et m'a parlé
grossièrement. J'avais eu la sottise de lui laisser voir ma bourse
pleine d'or, des billets de banque et des bijoux dans ma cassette, et je
lui dis qu'il avait perdu par sa grossièreté une bonne occasion d'avoir
quelques milliers de francs. Il s'est radouci, m'a dit qu'il acceptait
le marché; j'ai refusé à mon tour, et j'ai tout remis dans ma cassette.
L'homme m'a lancé un regard de démon et s'en est allé. Une heure après,
la femme m'a fait passer dans une petite salle éloignée et m'a apporté
mon déjeuner; le mari est rentré comme je finissais. Je n'y ai pas fait
attention. J'ai entendu qu'en sortant il fermait la porte à double tour.
J'ai sauté sur la porte, j'ai secoué, j'ai poussé, j'ai appelé; personne
et pas moyen d'ouvrir. J'ai été à la fenêtre, j'ai ouvert; pas moyen de
sauter dehors: des barreaux de fer énormes et serrés à n'y pas passer
un écureuil J'ai crié comme un sourd, mais aussitôt les volets se sont
fermés; j'ai entendu barricader au-dehors. Pour le coup, la peur m'a
pris; j'étais là comme dans une souricière. Pas d'armes! je n'en avais
pas sur moi, et ils avaient enlevé le couvert et les couteaux. Je
criais; c'est comme si j'étais resté muet. Personne ne m'entendait.
Que faire? Attendre? C'est ce que j'ai fait. Il faudra bien qu'ils
m'apportent à manger, pensais-je; en me mettant près de la porte, je
m'élancerai dehors dès qu'elle sera entrouverte. J'attendis longtemps,
et, quand on vint, ce ne fut pas la porte qui s'entrouvrit, mais le
volet; on me passa des tranches de pain. «Il y a de l'eau dans la
carafe», dit la voix de l'aubergiste, et le volet se referma. Je restai
ainsi deux jours, fatigué à mourir, n'ayant qu'une chaise pour me
reposer, du pain et de l'eau pour me nourrir, horriblement inquiet de ce
qui allait m'arriver; je bouillonnais quand je pensais que vous étiez
peut-être ici, à cinq cents pas de moi et ne pouvant me porter secours.
Enfin, le troisième jour, j'entendis un mouvement inaccoutumé du côté
de la porte; je repris mon poste, prêt à me jeter sur le premier qui
paraîtrait. En effet, j'entends approcher, la clef tourne dans la
serrure, la porte s'ouvre lentement; l'obscurité de ma prison ne leur
permettait pas de me voir. J'attends que l'ouverture de la porte soit
assez large pour me laisser passer, et je me lance sur celui qui entre;
je reçois un coup de poing dans le nez. Le sang jaillit et me gêne la
vue, ce qui ne m'empêche pas de chercher à me faire jour; mais ils
étaient plusieurs, à ce qu'il paraît, car je sentais les coups tomber
comme grêle sur ma tête, sur mon dos et surtout sur mon visage. Le
sang m'aveuglait; je ne voyais plus où j'étais. J'appelle, je crie au
secours; les coquins jurent comme des templiers et parviennent enfin
à me jeter par terre. L'un d'eux saute sur ma poitrine, pendant que
d'autres me garrottent les pieds, les mains, et m'enfoncent dans la
bouche un mouchoir qui m'étouffait. J'ai bientôt perdu connaissance, et
je ne sais pas comment j'ai été délivré ni comment vous avez pu deviner
le danger où je me trouvais.
MOUTIER.--Je vous raconterai cela, mon général, quand vous serez
reposé; vous avez l'air fatigué. Il vous faut un médecin et je vais
l'aller chercher.
LE GÉNÉRAL.--Je ne veux rien que du repos, mon ami. Pas de médecin, pour
l'amour de Dieu! Laissez-moi dormir. La pensée que je me trouve ici,
chez vos bonnes amies et près de vous, me donne une satisfaction et
un calme dont je veux profiter pour me reposer. A demain, mon brave
Moutier, à demain.
Le général avala un second verre de vin, tourna la tête sur l'oreiller
et s'endormit.