XVI

Bientôt après il écrivit, pour un autre théâtre d'Allemagne, la _Flûte

enchantée_, musique arcadienne qui est à la musique ce que le _Songe

d'une nuit d'été_ de Shakspeare est à la poésie, une rêverie entre

ciel et terre, une coupe d'opium divin qui endort l'âme dans la couche

des nuages.

Hélas! il avait déjà les pressentiments de l'autre monde; la vie se

retirait de lui et s'exhalait, en se retirant, en mélodies! Les génies

précoces n'ont pas de soir; ils ont tout donné le matin. Au reste, les

longues vies ne sont pas nécessaires aux grands artistes, dont le

talent n'est que sensation; elles sont nécessaires aux poëtes, aux

philosophes, aux historiens, aux orateurs politiques, parce que

l'expérience et la pensée, ces fruits de l'âge, sont les produits de

la maturité, souvent même de l'extrême vieillesse.

La mort de son père avait profondément attristé Mozart; il ne savait

à qui offrir la joie de ses triomphes; il reportait sur sa femme,

Constance, et sur ses quatre petits enfants toute sa tendresse; il

vivait d'amour conjugal et d'amour paternel comme il avait vécu, plus

jeune, d'amour filial et d'amour fraternel; il n'avait encore que

trente et un ans, et déjà il ne tenait plus à la vie que par ses

rejetons. Le caractère de sa musique devenait de plus en plus

religieux; il préférait l'écho du sanctuaire aux applaudissements des

théâtres: ses chants montaient d'avance à son Dieu.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 166 / 177 题