Bientôt après il écrivit, pour un autre théâtre d'Allemagne, la _Flûte
enchantée_, musique arcadienne qui est à la musique ce que le _Songe
d'une nuit d'été_ de Shakspeare est à la poésie, une rêverie entre
ciel et terre, une coupe d'opium divin qui endort l'âme dans la couche
des nuages.
Hélas! il avait déjà les pressentiments de l'autre monde; la vie se
retirait de lui et s'exhalait, en se retirant, en mélodies! Les génies
précoces n'ont pas de soir; ils ont tout donné le matin. Au reste, les
longues vies ne sont pas nécessaires aux grands artistes, dont le
talent n'est que sensation; elles sont nécessaires aux poëtes, aux
philosophes, aux historiens, aux orateurs politiques, parce que
l'expérience et la pensée, ces fruits de l'âge, sont les produits de
la maturité, souvent même de l'extrême vieillesse.
La mort de son père avait profondément attristé Mozart; il ne savait
à qui offrir la joie de ses triomphes; il reportait sur sa femme,
Constance, et sur ses quatre petits enfants toute sa tendresse; il
vivait d'amour conjugal et d'amour paternel comme il avait vécu, plus
jeune, d'amour filial et d'amour fraternel; il n'avait encore que
trente et un ans, et déjà il ne tenait plus à la vie que par ses
rejetons. Le caractère de sa musique devenait de plus en plus
religieux; il préférait l'écho du sanctuaire aux applaudissements des
théâtres: ses chants montaient d'avance à son Dieu.