XVII

Cette caverne avait deux branches ramifiées sous la montagne.

David et ses soldats étaient abrités sous l'une pendant que Saül

dormait sous l'autre.

La vie du roi était dans les mains du proscrit.

Le proscrit, toujours respectueux envers le persécuteur, se contente

de couper pendant son sommeil le bord du manteau de Saül pour lui

montrer qu'il aurait pu aussi impunément lui couper la tête. Puis il

se repent même de cette légère atteinte au respect dû à la royauté.

Quand Saül s'éveilla et sortit de la caverne, David le suivit de loin

avec ses compagnons de guerre, le bord du manteau coupé dans la main.

«Et il s'en allait, dit la Bible, l'invoquant de loin par derrière et

disant: «Mon maître mon roi! mon maître et mon roi!»

«Et Saül se retourna; et David, touchant la terre de son front,

l'adora!

«Voyez dans mes mains le pan coupé de votre manteau! Quand vous

dormiez dans la caverne je n'ai point voulu porter ma main sur

vous!...

--«Oui, je vois que tu es meilleur que moi,» répondit Saül. «Tu

régneras certainement sur Israël! Jure-moi seulement par Jéhova que tu

ne feras pas périr ma famille après moi! que tu n'effaceras pas mon

nom de la maison de mon père!»

Et David jura. Puis il remonta sur les hauts lieux avec ses compagnons

de guerre.

David paraît avoir été à cette époque un des premiers exemples de

cette chevalerie errante et héroïque, toujours pratiquée en Arabie,

redressant les torts, protégeant les faibles, punissant, pillant,

tuant les oppresseurs, et se faisant ainsi parmi les tribus des

campagnes une renommée de tuteur ou de vengeur du peuple qui devait

inévitablement le porter au trône ou au supplice.

Le Tasse et l'Arioste n'ont rien d'aussi romanesque dans leurs

aventures de chevalerie que la rencontre de David et de la belle

Abigaïl, son second amour, sur la montagne du Carmel. Nous avons vu de

nos yeux des scènes presque aussi pittoresques, aussi patriarcales,

entre les Arabes de notre caravane et les femmes du pays, dans le

sentier entre la mer et les bois, sur les flancs de cette même

montagne.

Voici la rencontre, d'après la Bible.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 110 / 177 题