XVIII

La gorge, profondément encaissée entre les rochers, est encore

rétrécie par l'ombre des grands chênes qui descend du château dans la

vallée d'Arcey. Elle est interrompue au milieu par un rocher taillé à

pic qui la ferme complétement dans toute sa largeur. Cette roche,

semblable à un degré d'escalier colossal de trente coudées de hauteur,

a été polie et rendue glissante comme le marbre, sans doute par la

chute de quelques cascades que la terre a bues depuis plusieurs

siècles. Pour la rendre un peu moins inaccessible aux bergers et aux

journaliers qui veulent abréger le chemin d'Arcey au château, mon

grand-père y avait fait complaisamment creuser au ciseau, par le

tailleur de pierre, cinq ou six entailles en corniches, de la largeur

d'une demi-main, pour que les paysans qui veulent la descendre ou la

gravir pussent s'y cramponner avec les doigts ou y appuyer l'orteil

sans crainte d'accident. Des buissons, touffus de genévriers,

surmontés et assombris par d'énormes hêtres, couronnent le sommet de

la roche du côté du château.

Les garçons et les filles de la ferme étaient dérobés aux rayons de la

lune par l'épaisseur obscure de ce fouillis. Le vieux Joseph et moi

nous étions assis avec eux, attendant en silence le fiancé.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 80 / 177 题