La gorge, profondément encaissée entre les rochers, est encore
rétrécie par l'ombre des grands chênes qui descend du château dans la
vallée d'Arcey. Elle est interrompue au milieu par un rocher taillé à
pic qui la ferme complétement dans toute sa largeur. Cette roche,
semblable à un degré d'escalier colossal de trente coudées de hauteur,
a été polie et rendue glissante comme le marbre, sans doute par la
chute de quelques cascades que la terre a bues depuis plusieurs
siècles. Pour la rendre un peu moins inaccessible aux bergers et aux
journaliers qui veulent abréger le chemin d'Arcey au château, mon
grand-père y avait fait complaisamment creuser au ciseau, par le
tailleur de pierre, cinq ou six entailles en corniches, de la largeur
d'une demi-main, pour que les paysans qui veulent la descendre ou la
gravir pussent s'y cramponner avec les doigts ou y appuyer l'orteil
sans crainte d'accident. Des buissons, touffus de genévriers,
surmontés et assombris par d'énormes hêtres, couronnent le sommet de
la roche du côté du château.
Les garçons et les filles de la ferme étaient dérobés aux rayons de la
lune par l'épaisseur obscure de ce fouillis. Le vieux Joseph et moi
nous étions assis avec eux, attendant en silence le fiancé.