I
L'âme humaine est un grand mystère.
Celui-là seul qui l'a créée pourra l'expliquer.
Les psychologistes, ces espèces de chimistes de l'esprit, s'évertuent
en vain à la décomposer, en la divisant en facultés diverses et
distinctes. Ils disent: Ceci vient des sens, ceci vient de l'être
immatériel. Ils n'arrivent qu'à s'embrouiller dans leurs définitions,
à se contredire dans leurs distinctions, à se perdre dans leur
analyse; et, comme les chimistes, leurs émules, quand ils veulent
retirer de leur creuset les principes de l'âme humaine et dire: La
voilà! ils ne tiennent sous leur plume ou sous leurs doigts qu'une
pincée de cendre; la substance s'est évaporée, et ils n'entendent,
comme l'alchimiste allemand des vieilles ballades, que le ricanement
du mystère invisible et impalpable qui éclate dans les ténèbres,
autour de leurs têtes, et qui se moque de leur sacrilége curiosité.
Ne faisons pas comme eux; disons franchement le premier et le dernier
mot de l'homme: MYSTÈRE! Nous ne savons rien des principes
constitutifs de l'âme humaine. Elle est ce qu'elle est; nous ne la
connaissons que par ses phénomènes. Ils sont assez beaux, assez
nombreux, assez merveilleux pour que nous nous abîmions pendant les
siècles des siècles dans une ineffable contemplation des facultés de
l'âme.