Le plus sublime pathétique se retrouve bientôt après ces jeux, au
vingt-quatrième et dernier chant.
«Achille, après ses funérailles, pleure en pensant à ce cher compagnon
perdu de sa vie, Patrocle. Le sommeil, qui triomphe de toutes les
peines, ne peut fermer ses paupières. Il s'agite en tous sens sur sa
couche en regrettant la force et le généreux courage de son ami; il
songe à tout ce qu'ils ont autrefois accompli ensemble, soit en
combattant, soit en traversant les mers impétueuses. À ce souvenir il
répand des larmes brûlantes, tantôt couché sur le flanc, tantôt sur le
dos, tantôt sur la poitrine. Tout à coup, se levant, il s'en va errer
triste sur le rivage de la mer; l'Aurore l'y retrouve quand elle
revient éclairer l'Océan et ses plages.»
Le féroce Achille attache à son char le cadavre d'Hector et le traîne
trois fois dans la poussière autour du tombeau de Patrocle. Les dieux
indignés se soulèvent à la voix d'Apollon. Jupiter décide qu'Achille
recevra enfin la rançon du corps d'Hector par son père, le vieux
Priam. Il envoie la messagère céleste, Iris, pour donner ce conseil au
héros des Grecs. «Entre les rochers d'_Imbros_ et de _Samos_, Iris,
dit le poëte, se précipite dans les noires ondes et la mer gémit sous
son immersion. Elle plonge au fond de l'abîme, comme le plomb suspendu
à la corne d'un boeuf sauvage s'enfonce sous les vagues et porte
l'appât meurtrier aux poissons dévorants.» Cette étrange et
pittoresque comparaison révèle des procédés de pêche en usage aux
bords de l'Ionie et inconnus aujourd'hui.
Thétis, mère d'Achille, se rend à l'ordre de Jupiter, et va dans la
tente d'Achille parler à son fils. Admirez avec quelle connaissance de
la nature Homère fait insinuer la pitié par la bouche d'une femme,
dont le coeur est pétri de plus de larmes et de plus de tendresse que
le nôtre.
«Ô mon fils, dit Thétis après avoir caressé de sa main divine la tête
de son fils, jusqu'à quand, triste et chagrin, rongeras-tu ton coeur,
oubliant la nourriture et le doux sommeil? Il est bon cependant de
s'unir d'amour à une épouse. Hélas! tu n'as pas longtemps à vivre!
Rends la liberté au corps inanimé d'Hector, accepte la rançon de son
cadavre.»