Les vingtième et vingt et unième chants ne sont encore qu'une
magnifique, mais interminable mêlée d'hommes et de dieux, combattant,
avec des succès divers, sous les murs d'Ilion. Le sang coule comme
l'eau du Simoïs et du Scamandre. Achille immole des héros sans nombre
à sa fureur; les Troyens sont refoulés près de leurs murailles.
«Le vieux roi priam, debout sur la plate-forme de la tour sacrée
d'Ilion, aperçoit le héros redoutable. Il descend de la tour et
ordonne aux gardes de fermer les portes aussitôt que les Troyens
fugitifs les auront franchies.»
Au vingt-deuxième chant, Hector seul, resté en dehors des portes près
du hêtre, attend Achille pour le combattre. L'infortuné Priam parle en
vain à son fils, du haut des murailles, pour le conjurer de s'abriter
derrière les remparts. Son discours est une des plus pathétiques
élégies qu'un vieillard puisse proférer sur lui-même. «Prends pitié de
ton malheureux père, que le puissant Jupiter réservait au terme de ses
jours pour le rendre témoin des dernières ruines! Mes fils égorgés,
mes filles captives, mes palais profanés, mes petits-enfants écrasés
contre la pierre, et les épouses de mes fils entraînées par les mains
féroces des Grecs! Moi-même, le dernier de toute ma race, demeuré seul
sur le seuil de mon palais, les chiens se repaîtront de ma chair
palpitante, lorsque, abattu par la lance ou le javelot, j'aurai rendu
ma vie sous le fer d'un ennemi. Ces chiens, gardiens fidèles que je
nourrissais dans nos cours, autour de nos tables, lécheront mon sang,
et, rassasiés de carnage, ils s'étendront pour dormir sous les
portiques. Ah! il n'appartient qu'au guerrier jeune d'être couché sur
la poussière, frappé dans le combat par le tranchant du fer. Quoique
mort, son corps tout entier laisse admirer sa beauté; mais lorsque des
chiens cruels souillent la barbe blanche, la chevelure et les tristes
restes d'un vieillard égorgé, ah! c'est le comble de l'horreur pour
les malheureux mortels!»
Hécube, épouse de Priam et mère d'Hector, en termes aussi touchants,
mais plus féminins, adresse en vain la même prière à son fils.