XXVIII

Les vingtième et vingt et unième chants ne sont encore qu'une

magnifique, mais interminable mêlée d'hommes et de dieux, combattant,

avec des succès divers, sous les murs d'Ilion. Le sang coule comme

l'eau du Simoïs et du Scamandre. Achille immole des héros sans nombre

à sa fureur; les Troyens sont refoulés près de leurs murailles.

«Le vieux roi priam, debout sur la plate-forme de la tour sacrée

d'Ilion, aperçoit le héros redoutable. Il descend de la tour et

ordonne aux gardes de fermer les portes aussitôt que les Troyens

fugitifs les auront franchies.»

Au vingt-deuxième chant, Hector seul, resté en dehors des portes près

du hêtre, attend Achille pour le combattre. L'infortuné Priam parle en

vain à son fils, du haut des murailles, pour le conjurer de s'abriter

derrière les remparts. Son discours est une des plus pathétiques

élégies qu'un vieillard puisse proférer sur lui-même. «Prends pitié de

ton malheureux père, que le puissant Jupiter réservait au terme de ses

jours pour le rendre témoin des dernières ruines! Mes fils égorgés,

mes filles captives, mes palais profanés, mes petits-enfants écrasés

contre la pierre, et les épouses de mes fils entraînées par les mains

féroces des Grecs! Moi-même, le dernier de toute ma race, demeuré seul

sur le seuil de mon palais, les chiens se repaîtront de ma chair

palpitante, lorsque, abattu par la lance ou le javelot, j'aurai rendu

ma vie sous le fer d'un ennemi. Ces chiens, gardiens fidèles que je

nourrissais dans nos cours, autour de nos tables, lécheront mon sang,

et, rassasiés de carnage, ils s'étendront pour dormir sous les

portiques. Ah! il n'appartient qu'au guerrier jeune d'être couché sur

la poussière, frappé dans le combat par le tranchant du fer. Quoique

mort, son corps tout entier laisse admirer sa beauté; mais lorsque des

chiens cruels souillent la barbe blanche, la chevelure et les tristes

restes d'un vieillard égorgé, ah! c'est le comble de l'horreur pour

les malheureux mortels!»

Hécube, épouse de Priam et mère d'Hector, en termes aussi touchants,

mais plus féminins, adresse en vain la même prière à son fils.

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 52 / 177 题