IV

Le poëte profite de cette suspension du drame pour peindre, en vers

techniques qui ont toute la poésie de la mer et du navire, les

manoeuvres d'une barque qui jette l'ancre dans une rade.

«Aussitôt que les compagnons d'Ulysse ont franchi l'entrée de la rade

de _Chrysa_, ils carguent et plient les voiles, ils les roulent sous

le pont du navire, ils relâchent les câbles pour abattre le mât, et

avec les seules rames ils approchent de la plage. Alors ils jettent

l'ancre, attachent avec des cordages la poupe à la rive, et se

disséminent sur les bords de la mer, etc.»

Le prêtre de Chrysa, à qui Ulysse vient de ramener sa fille Chryséis,

invoque Apollon pour Agamemnon. On immole des victimes, on prépare un

banquet. Homère, en véritable poëte, ne se contente pas de raconter;

il décrit tous ces apprêts et présente à l'imagination tous ces

détails pittoresques du sacrifice, du feu, du repas, détails qui sont

la vie des tableaux; puis, quand les matelots se rembarquent avec

Ulysse, il peint cette autre scène de mer des mêmes couleurs que la

scène du débarquement.

«Quand le soleil a terminé sa course et que les ombres commencent à se

répandre sur la terre, les Grecs vont se délasser de leur journée dans

leur navire. Le lendemain, dès que l'Aurore aux doigts roses, fille

du Matin, a lui dans le firmament, un vent propice et durable souffle

sur la mer; ils redressent le mât, ils déploient les voiles

blanchissantes qu'enfle l'haleine des vents; la vague bleuâtre résonne

sur les flancs du navire qui fend en voguant la plaine liquide.»

V

Ici le poëte, qui voit, avec autant de raison que de poésie, toutes

les actions des hommes gouvernées invisiblement par les puissances

supérieures nommées divinités, transporte, sans transition, la scène

et la pensée de la terre au ciel. Thétis, agenouillée devant Jupiter,

implore le roi des dieux pour son fils Achille. Jupiter, qui craint de

mécontenter son épouse, la fière Junon, protectrice des Troyens,

promet à Thétis d'écouter ses prières, pourvu que Junon ignore son

intercession. Il se contente de lui faire un signe de tête muet,

serment des dieux. «Il fronce ses noirs sourcils; sa chevelure divine

ondoie sur sa tête immortelle, et tout le vaste Olympe en est secoué.»

Mais Junon s'aperçoit que son époux a promis quelque chose à _Thétis

aux pieds d'argent_, personnification de la mer aux plaines blanchies

d'écume. Jupiter, qui évite l'explication par une indignation feinte,

gourmande son épouse Junon et la renvoie s'asseoir en silence.

Vulcain, fils de Junon, conseille à sa mère la soumission; il lui

représente le danger d'irriter le maître des dieux, qui, dans un

mouvement d'impatience, le précipita lui-même par le pied du ciel dans

l'île de Lemnos. Puis, il verse à tous les dieux réconciliés et

souriants le nectar, breuvage des immortels. «Un rire inextinguible

dérida tous les dieux et toutes les déesses en voyant le ridicule

Vulcain, époux de Vénus, s'empresser, en boitant, autour des tables,

dans le palais de l'Olympe. Apollon, le dieu de l'intelligence sous

toutes ses formes, et les muses, inspirations incarnées, complètent la

fête par les chants et par la musique. Jupiter feint de s'endormir sur

sa couche, dans les bras de Junon.»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 30 / 177 题