II

Le poëte commence son _Iliade_ ou son récit de la chute d'_Ilion_

(Troie) par une invocation à l'inspiration divine que les anciens

appelaient la muse. Tout homme qui entreprend une oeuvre surhumaine

éprouve le besoin d'invoquer en dehors de lui une puissance plus forte

que lui. L'acte de génie est en même temps un acte de piété. L'homme

s'humilie et se réduit à l'état d'instrument sous la main divine. Cet

exorde religieux est toujours le plus beau, car il donne plus

d'autorité au poëte, ou à l'artiste, ou au législateur, ou au

guerrier, ou à l'orateur, sur les autres hommes. Ce n'est plus l'homme

qui chante, ou qui parle, ou qui agit en lui; c'est la Divinité.

Ainsi procède le pieux Homère: «Chante, ô muse, la colère d'Achille,

fils de Pélée; colère fatale qui entraîna tant de désastres pour les

Grecs, qui précipita aux enfers les âmes intrépides de tant de héros,

et qui fit de leurs cadavres la proie des chiens et des vautours!»

Puis le poëte s'interroge sur les causes qui produisirent ces

dissensions fatales entre les guerriers chefs de la confédération

hellénique contre Troie. Agamemnon, le généralissime de l'armée

grecque, a refusé de rendre à Chrysès, prêtre d'Apollon, sa fille

captive. «Non, a-t-il dit au malheureux père, je ne délivrerai point

ta fille avant qu'elle ait vieilli dans mon palais d'Argos, loin de sa

patrie, occupée à filer le lin et à préparer ma couche!»

Le prêtre tremblant se retire à ces cruelles paroles, et «_marche en

silence_ sur la grève de la mer sonore; il demande en son coeur

vengeance à cet Apollon dont il dessert les autels.»

Apollon l'exauce. Sa descente sur la terre rappelle celle de l'ange

exterminateur dans la théogonie chrétienne. «Le coeur chaud de colère,

il s'élance des hauteurs de l'Olympe, ses épaules chargées de l'arc et

du carquois. Sa course rapide fait résonner derrière lui les dards du

dieu courroucé. Il s'approche, sombre, terrible comme la nuit,

s'arrête loin des vaisseaux et lance un de ses traits. L'arc d'argent

retentit d'un son sinistre, etc.»

Chacun de ces traits porte la mort aux animaux et aux hommes.

Apollon, représenté ici comme le dieu de la santé, sème la peste dans

le camp. La mort sévit; les chefs s'assemblent en conseil. Achille

demande avec une audace encore contenue d'où peut venir la colère

d'Apollon. Un devin, nommé Calchas, lui dit qu'il lui révélera la

véritable cause de ces malheurs s'il veut le garantir contre la

vengeance d'un homme puissant qui règne sur Argos. Calchas, rassuré

par la promesse d'Achille, dénonce Agamemnon, ravisseur de Chryséis.

Agamemnon maudit le devin et déclare qu'il rendra Chryséis à son père

pour sauver le peuple, si les autres chefs veulent lui donner une

autre dépouille équivalente.

Une altercation sanglante s'élève entre Achille et Agamemnon; les deux

chefs se renvoient d'atroces injures. Les moeurs sauvages de ces chefs

de montagnards de l'Albanie éclatent dans toute leur rudesse. Achille

menace de se retirer dans son pays avec ses barques et ses guerriers,

abandonnant les Grecs à leur malheureux sort.--«Eh bien! fuis, si tu

veux; je te méprise! Je me ris de ta colère, je défie tes menaces,»

lui dit Agamemnon. «Je renverrai Chryséis à son père, puisque Apollon

me l'enlève; mais j'irai moi-même dans ta tente et j'enlèverai la

belle Briséis, qui t'échut en partage dans les dépouilles, afin que tu

apprennes combien mon autorité est au-dessus de la tienne et que nul

ne s'égale à moi!»

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 28 / 177 题