HOMÈRE.--L'ILIADE.

I

Voilà l'homme, maintenant voyons l'oeuvre.

L'_Iliade_ est un poëme tout à la fois religieux, historique,

national, dramatique et descriptif. C'est le poëme épique par

excellence, car il embrasse tout, le ciel, la nature et l'homme.

Laissez-moi vous le dérouler page à page, non pas avec la fastidieuse

minutie d'un scoliaste grec qui s'extasie sur chaque aventure et sur

chaque vers, mais avec la critique libre, impartiale, sincère, d'un

Européen, cosmopolite d'esprit, qui n'adore pas servilement toutes les

reliques, mais qui sent et qui raisonne à la fois ses impressions.

Bien des choses ont vieilli dans ce poëme: le ciel d'abord, qui a été

dépeuplé de ses dieux; les nations ensuite, telles que les Troyens et

les Hellènes, petits groupes d'hommes qui n'ont laissé que des cendres

sur le cap Sigée et un nom sur les pages impérissables de leur poëte;

les moeurs enfin, qui ne ressemblent pas plus aux nôtres aujourd'hui

que la barbarie à la civilisation et que Troie ou Argos, bourgades

classiques, ne ressemblent à Paris, à Rome, à Constantinople ou à

Londres.

Mais deux choses n'ont pas changé: la nature et le coeur humain. Ce

sont ces deux choses surtout que nous allons rechercher avec vous dans

les poëmes d'Homère. Nous les y retrouverons à chaque pas, et nous les

y retrouverons avec d'autant plus de charme que la langue merveilleuse

dans laquelle Homère retrace la nature et l'homme avait alors sur sa

palette, en apparence indigente et novice d'un peuple naissant, une

transparence d'images, une fraîcheur de coloris, une naïveté de tours

qui semblent associer dans les vers d'Homère l'enfance, la jeunesse,

la maturité et la vieillesse d'un idiome. Nous nous servirons, pour

faire comprendre cette perfection des vers homériques, de la

traduction d'un de nos savants amis, M. Dugas-Montbel, esprit assez

studieux pour interpréter laborieusement le grand poëte, assez

poétique pour ne pas déflorer la poésie par la science. Nous

modifierons nous-même la traduction par quelques coups de pinceau,

toutes les fois qu'elle nous paraîtra susceptible de plus de grâce ou

de plus de force. Tout notre mérite, s'il y en a, dans ce commentaire,

sera de vous présenter ces deux monuments de l'esprit humain en Grèce

dans leur vrai jour et de ne pas nous interposer entre Homère et vous.

Le vrai commentaire du génie, c'est son ouvrage.

Lisons!

Cours familier de Littérature - Volume 05 · 第 27 / 177 题