le dire et surtout il faut le comprendre, car il n'y avait pas alors de
religion dans le pays), c'était au commencement l'amour, le fanatisme de
l'art. À force de le perfectionner, de l'épurer au foyer de leur âme,
ils étaient arrivés à la nature modèle, à la nature grande et sublime,
et l'art ne leur offrit plus, à cette seconde époque d'une institution
fortuite qui se créait sans se connaître et sans se nommer, qu'un objet
de comparaison et qu'une ressource de métier. La nature elle-même se
rapetissa enfin devant leur pensée, parce que la sphère de leurs idées
s'était élargie. Ils conçurent qu'il y avait quelque chose de
merveilleux et d'incompréhensible derrière le dernier voile d'Isis, et
ils se retirèrent du monde, car ils devinrent fous, c'est le mot, comme
les thérapeutes et les saints, fous comme Pythagore et Platon.
Ils continuèrent cependant à fréquenter les ateliers, à visiter les
musées, mais ils ne produisirent plus. Leurs costumes, leurs moeurs, leur
sévérité, dirai-je la solennité qui leur était naturelle et qui était
l'expression sans effort d'une habitude infatigable de contemplation,
d'une vie intérieure toute spiritualisme, imposèrent à l'école entière
(je ne crois pas exagérer ce sentiment) une sorte de pitié respectueuse.
Aucune dénomination satirique ne vint flétrir leurs illusions d'enfants
ou leurs superstitions de portes, et on sait si l'atelier en est avare.
On appela les jeunes hommes les _méditateurs_ et les jeunes femmes les
_dormeuses_, parce que la méditation même a sa pudeur dans les femmes et
qu'elles n'assistaient aux leçons parlées que la tête appuyée sur leurs
mains. Un jour ils se retirèrent tous pour se distribuer par groupes
dans deux ou trois solitudes philosophiques, mais les gazettes n'en ont
rien dit.
Au-dessus de cette société, puisqu'on effet c'en était une, au-dessus de
cette élite ardente et poétique d'une génération, s'élevait sans
élection, sans titre, sans priviléges, sans l'avoir voulu et sans le
savoir, l'Agamemnon de M. Delécluze. Nous ne l'appelions pas Agamemnon
cependant. La modestie sévère, la modestie des hommes supérieurs aurait
repoussé tous les noms qui pouvaient impliquer une comparaison
flatteuse; sa religiosité instinctive s'était soulevée contre les
premiers qui lui décernèrent celui de Jésus-Christ, dont il rappelait
l'idéal divin par la gravité de sa vie comme par son costume et par sa
beauté. Entre nous il n'était connu que sous le nom de Maurice, et le
nom de Maurice, tout étranger qu'il soit au reste des hommes, a encore
un culte dans le coeur de tous ceux de ses contemporains qui ont eu le
bonheur d'approcher de lui et le bonheur plus précieux d'en être aimés.
Si l'on pouvait retrouver quelque part les innocentes pages, toutes
boursouflées de mauvaises phrases et de mauvais goût que je déposais sur
son tombeau il y a trente, ans et dont le pilon a fait justice[77], on
verrait du moins que je n'ai pas attendu à vieillir au milieu des sectes
nouvelles pour reconnaître l'homme que la Divinité avait marque d'un
véritable sceau d'apostolat. Je désignais alors Maurice comme _le plus
beau type de l'organisation humaine_, et il me semble que je ne disais
rien de trop. L'âge, qui a dessillé mes yeux sur tant de choses et de
réputations, me l'a encore agrandi. L'obscurité même dans laquelle il a
vécu était une conséquence nécessaire de sa supériorité. Maurice Quay,
dont rien ne m'empêche de prononcer le nom tout entier, était placé trop
haut pour s'accommoder aux pensées et à la marche du vulgaire, pour
prendre intérêt à ses passions et pour avoir foi dans ses
perfectionnements. Il l'avait pris en dédain à vingt ans; il n'en a
compté que vingt-quatre et je me suis demandé souvent ce qu'il aurait pu
faire au delà, dans l'âge de la maturité, au milieu du train
irrésistible des choses. Je suis encore à me répondre. Essai progressif
mais impuissant d'une création qui cherche le mieux, il était armé avant
le jour de sa mission, et il est mort de mort, sans tenter de
l'accomplir. Son dernier regard sur le monde a dû être empreint d'une
dérision bien amère.
Pour se faire une idée complète de cette destination inachevée d'une âme
qui a cependant influé sur nous tous, et qui prolonge un reflet réel,
quoique inaperçu à travers notre littérature et nos arts, il faudrait me
suivre dans des développements dont ces lignes ne sont que la préface
imparfaite, et qui ne peuvent trouver place que dans un cadre plus
large. Il faudrait avoir vu Maurice, non tel que l'a vu M. Delécluze
trois ans trop tôt, et qui ne se rappelle de lui que le galbe maigre et
pâle d'un bel adolescent malade. Il faudrait l'avoir entendu parler
poésie, philosophie, et cette science toute nouvelle alors sur laquelle
se fondait dans son espérance la régénération de l'humanité, quand il
enchantait nos oreilles de tant de prestiges d'éloquence et d'harmonie,
sous les jolis cerisiers en fleur de nos terrasses de Chaillot. Étranges
facilités dont les souvenirs peuvent s'amasser sur une seule mémoire
d'homme! C'est là qu'on a tracé depuis l'emplacement des palais d'un
empereur enfant, pauvre créature royale que la nature a brisée ainsi
qu'un insecte éphémère, comme pour prouver par un exemple de plus qu'il
n'y a que vanité dans les plus hautes gloires et dans les plus hautes
ambitions! Qui dirait, au milieu de ces débris, que c'est là que le
genre humain aurait pu trouver un jour son législateur? Qui dirait que
c'est là que le genre humain attendait son maître? Vous rencontrerez
cependant, sans aller bien loin de chez vous, des gens hardiment
sincères qui croient être quelque chose.
On attache beaucoup d'importance aujourd'hui, dans une secte
quasi-religieuse, dont nous avons vu les progrès et dont nous pourrions
bien voir la chute, à ces avantages extérieurs que Montaigne appelle «la
recommandation corporelle;» et c'est le propre de toutes les sociétés
qui se matérialisent. C'est seulement pour satisfaire à ce genre de
curiosité, plus naturel et plus développé chez les femmes, qu'il
convient d'ajouter ici que Maurice Quay était le plus beau des hommes.
La nature avait voulu qu'il fût aussi imposant par ses formes sensibles
que par son génie, et comme elle n'arrive à ce point de perfectionnement
qu'en expiant son chef-d'oeuvre par de grandes compensations, elle ne fit
que le montrer. Il disparut avant d'avoir atteint les années viriles où
la jeunesse commence à promettre l'âge mûr, et l'édifice dont il était
la pierre angulaire s'écroula sur lui, la société des _méditateurs_
descendit inconnue dans le tombeau de Maurice inconnu.
On me demandera maintenant si la société des _méditateurs_ avait un but
rationnel, une institution fixe, un système, si elle se proposait un
avenir. Quelle agrégation énergiquement vitale d'êtres bien organisés
s'est composée sur la terre sans marcher à quelque chose? Ce n'est pas
ici le lieu de pénétrer dans ce mystère de palingénésie où l'on voit que
le sentiment et l'imagination prirent plus de part que le jugement et
l'expérience. La seule manière de considérer ce peuple de soixante
enfants, unis par les liens d'amour et de poésie, par l'enthousiasme du
beau et du bon, de la gloire et de la vertu, c'est d'y chercher le
modèle d'une civilisation presque fantastique où les moeurs de l'âge
d'or, enrichis par toutes les perceptions du génie, brillaient d'un
mélange inexprimable d'innocence et de grandeur, tant s'étaient
facilement confondues en elle la naïveté du coeur et la perfection de
l'esprit. Cet exemple, unique à la vérité, des nouvelles combinaisons
sociales que l'homme peut essuyer d'appliquer à sa malheureuse espèce,
ne m'a pas rendu fort indulgent pour celles qui les ont suivies, et je
craindrais qu'on ne vit dans le poëme de cette tribu d'anges, où ma
jeunesse a passé des jours si doux, une satire indirecte de nos essais
philosophiques et de nos fières utopies. Ce dessein est loin de ma
pensée, et mes facultés altérées par l'âge ne me permettraient pas
d'ailleurs de fournir une carrière où j'ai plus d'une raison de
m'arrêter au premier pas. Les couleurs de ce temps-là, vivent encore
éblouissantes devant le prisme de ma mémoire, mais j'éprouve depuis
longtemps qu'elles pâlissent sous le pinceau et qu'elles meurent sur la
toile. L'image reste dans l'optique, mais la lumière n'y est plus.
Croirait-on enfin ce qui me reste à dire? Et croit-on, hélas! ce que
j'ai dit?
Ch. NODIER.
NOTES
[1: Poser le modèle, expression consacrée dans les écoles de peinture.
Dans celle de David, on posait le modèle deux fois par semaine, ou
plutôt par décade, à cette époque. Pendant les six premiers jours on
posait un modèle nu; les trois derniers, un modèle pour la tête
seulement, et l'atelier était fermé le décadi. Pour éviter les querelles
au sujet du choix des places, on mettait dans un chapeau autant de
numéros qu'il y avait d'élèves présents, et chacun d'eux choisissait une
place au tour que le sort lui avait assigné.]
[2: À cette époque, l'usage de la poudre à friser était encore fort
répandu, et la boutique, les meubles et les habits des perruquiers
étaient couverts et imprégnés de poudre blanche pour la toilette.]
[3: Ces expressions: _Pompadour_, _rococo_, à peu près admises
aujourd'hui dans la conversation, pour désigner le goût à la mode
pendant le régne de Louis XV, ont été employées pour la première fois
par Maurice Quaï en 1796-1797. Alors ces locutions (on pourrait dire cet
argot) n'étaient usitées et comprises que dans les ateliers de
peinture.]
[4: Augustin D..., tourmenté tout à la fois par des chagrins domestiques
très-réels et des inquiétudes imaginaires causées par la lecture
constante du roman de _Werther_, se précipita du haut des tours de
Notre-Dame en 1804 ou 1805.]
[5: Le jeune Vermay, dont il a déjà été question, avait tant fait
d'espiègleries et de tapage, que David l'avait chassé de son école. Il
l'y reçut de nouveau par l'intervention d'Étienne en faveur de son jeune
camarade.]
[6: Boucher (François), né à Paris en 1704, mort en 1768, était un
peintre de talent, dont le goût fut perverti par celui qui régnait de
son temps. Jamais les doctrines de l'art n'ont été plus faussées que
pendant la vogue dont jouit Boucher pendant sa longue existence.]
[7: Doyen (François), né à Paris en 1726, mort à Saint-Pétersbourg en
1806. Élève de Carle Vanloo, il fut membre de l'Académie et professeur,
puis professeur de peinture à Saint-Pétersbourg sous le règne de
l'impératrice Catherine, qui l'appela en Russie, et sous celui de Paul
Ier, qui fut toujours favorable à cet artiste. L'ouvrage le plus connu
et le plus important de Doyen est le _Miracle des Ardents_, qui fait
pendant à celui de _Saint Paul_, de Vien, dans l'église de Saint-Roch à
Paris.]
[8: Moïse Valentin, de Coulommiers près Paris, né en 1600, mort en 1630,
élève de Caravage, contemporain de Ribera dit _l'Espagnolet_, et de
Nicolas Poussin, dont il fut même l'ami.]
[9: Pompeo Battoni, né à Lucques en 1708, mort en 1789. En mourant, il
légua sa palette et ses pinceaux à David.]
[10: David a fait, en 1784, une répétition en petit du _Bélisaire_. Elle
est à la galerie du Louvre.]
[11: Pierre, peintre d'histoire, né à Paris en 1715, mort en 1789.]
[12: Il existe une mauvaise gravure du temps avec ce titre «Coup d'oeil
exact de l'arrangement des peintures au Salon du Louvre, en 1785.» On y
voit figurer le _Serment des Horaces_, au-dessous duquel est le portrait
en pied de la reine Marie-Antoinette avec le dauphin, mort en 1787, et
son frère, peints par Mme Lebrun.]
[13: M. A. Coupin de la Couperie, auteur d'un _Essai sur David_,
consulté par celui qui écrit ce livre.]
[14: J.-B. Debret, élève de David, parmi plusieurs croquis de son
maître, qu'il a fait graver, a reproduit l'étude des trois femmes nues,
dessinées d'après nature. Ce groupe est bien plus vrai et plus naturel
que celui du tableau.]
[15: _OEuvres de Salomon Gessner_, traduits (_sic_) de l'allemand à
Zurich, chez l'auteur, 1777, 2 vol. in-4°.]
[16: Mengs est né en 1728 et mort en 1779. Tous ses ouvrages capitaux,
en peinture et en critique, étaient faits et écrits avant l'arrivée de
David à Rome.]
[17: Canova, né à Possagno (États vénitiens), en 1757, mort en 1822 à
Venise.]
[18: On peut consulter à ce sujet le _Catalogue d'estampes d'après
l'antique_, qui se trouve dans le premier volume du _Traité complet de
peinture_ de Paillot de Montabert.]
[19: David a fait à la même époque quelques portraits: ceux de Bailly,
de Grégoire, de Prieur de la Marne, de Bazire, études préparatoires pour
l'exécution du _Serment du Jeu de Paume_.]
[20: Voici la liste des portraits et de quelques ouvrages qu'il exécuta
à cette époque. Les portraits de M. et Mme Lavoisier, de M. Thélusson de
Sorcy, de Mme de Sorcy, de la marquise d'Orvilliers, de la comtesse de
Brehan, de M. et Mme Vassal, de M. Lecouteulx, de M. Hocquart; puis une
_Vestale couronnée de fleurs_, une répétition de _Pâris et Hélène_, et
une _Psyché abandonnée par l'Amour_, non terminée.]
[21: Ce tableau au trait est maintenant dans le musée des dessins, au
Louvre.]
[22: J. B. Topino Le Brun, né à Marseille vers 1759, élève de David,
embrassa avec ardeur, comme on le voit, les idées révolutionnaires de
1793, et ne cessa pas de tremper dans toutes les conspirations
républicaines. Sous le Directoire, il suivit en Suisse Bassal, envoyé
secret en ce pays. Là, tout en s'occupant de son art, Topino prit un
goût très-vif pour les intrigues politiques. Bien qu'il fût encore en
Suisse, on le désigna comme l'un des agents présents à l'attaque du camp
de Grenelle à Paris, en prairial an IV. Déjà il avait été compris dans
les mandats décernés contre les complices de Babeuf. Rentré en France en
1797, il reprit ses pinceaux et acheva le tableau de la _Mort de Caïus
Gracchus_, exposé au Louvre l'année suivante. Après cet ouvrage, qui
obtint quelque succès, il entreprit _le Siége de Lacédémone_, tableau de
cinquante pieds de large sur dix de haut, mais qu'il n'eut pas le temps
d'achever. En 1799 il figura parmi les jacobins du Manége, et enfin,
après l'installation du gouvernement consulaire, il continua d'être
regardé comme l'un des chefs de ce parti. Impliqué dans l'affaire de
Cerachi, Aréna et autres, il fut condamné à mort et exécuté ainsi qu'eux
en place de Grève, le 11 janvier 1801.]
[23: La tête a été peinte par David, mais le torse, qui est nu en
partie, est de la main de son élève Gérard, ainsi qu'une bonne partie
des accessoires, il n'en est pas ainsi du portrait de Marat, dont il
sera question plus loin; ce dernier est en entier du maître.]
[24: Voy. 17 germinal an II, n° 198 du _Moniteur_.]
[25: Voy. ces dates au _Moniteur_.]
[26: Après la mort de Marat, David fit mouler son masque pour
l'exécution de son tableau. C'est ce masque qui a été surmoulé en plâtre
et vendu avec celui de Robespierre et de quelques autres. En 1835, la
police finit par défendre qu'ils fussent exposés publiquement.]
[27: L'église Notre-Dame.]
[28: Après le 10 août 1792, et lorsque la monarchie fut renversée, tous
les tableaux, statues, bronzes et objets précieux qui ornaient
Versailles et les Tuileries, furent transportés dans la grande galerie
du Louvre. Telle est l'origine du Musée qui existe aujourd'hui.]
[29: D'après ce décret, le Conservatoire du Musée national fut composé,
pour la _peinture_, de quatre membres: Fragonard, Bonvoisin, Lesueur et
Picault; pour la _sculpture_, de Dardet et Pasquier; pour
l'_architecture_, de David Leroy et Launoy; pour les _antiquités_, de
Wicar et Varon, à chacun desquels il fut alloué un traitement de 2400
livres et le logement.]
[30: Le 29 prairial an II; ce jour, cinquante-quatre personnes ont été
conduites à la mort, entre autres: L'Admiral, la fille Regnault, Virat
de Sombreuil, Mme Saint-Amaranthe, etc.]
[31: Voici quelles étaient en ce moment les prisons établies dans Paris;
la Conciergerie, la Force, Sainte-Pélagie, les Carmes, le Plessis, le
Luxembourg, les Madelonnettes, l'Abbaye, Saint-Lazare, Port-Libre dit la
Bourbe, et dans les deux jours qui suivirent celui où ce discours fut
prononcé, les 4 et 5 thermidor, il y eut soixante-dix personnes
condamnées à mort et exécutées à la place de la barrière du Trône.]
[32: Tous les discours prononcés par David étaient revus et quelquefois
même composés par ses confrères de la Convention. Il consultait souvent
Chénier (M.-J.) à ce sujet et l'on dit que son élève Gautherot
l'assistait dans ce travail. La vérité est qu'il n'était pas en état
d'écrire les discours tels qu'ils sont cités au _Moniteur_.]
[33: D'où il suit que si l'on ajoute aux quatre cent quarante huit
personnes condamnées du 29 prairial jusqu'au 9 thermidor, les
quatre-vingt deux qui furent mises à mort en deux jours après la chute
de Robespierre, on a pour quarante deux jours cinq cent trente
condamnés. Voy. plus haut, note 28.]
[34: 20 prairial an II.]
[35: Les premiers éléments distincts de la science de la géologie ont
été donnés dans le XVIe siècle, par Bernard Palissy, le fameux
émailleur.]
[36: Elle était tante de Mlle Delphine Gay, depuis Mme Émile Girardin.]
[37: L'_Abel tué_, de Fabre, élève de David; _le Triomphe de
Paul-Émile_, ouvrage que Carle Vernet, père d'Horace, fit pour son
morceau de réception à l'Académie en 1787.]
[38: P.-J. Garat, né à Ustaritz vers 1768, mort en 1823, fut le plus
habile chanteur français de la fin du XVIIIe siècle.]
[39: Quoique cette tête ne puisse passer pour un portrait d'une exacte
ressemblance, il rappelle cependant les traits et l'expression (beaucoup
plus forte) de Mme de Bellegarde. Les grands cheveux noirs du
personnage, du tableau ont été peints d'après les siens.]
[40: Cet article rayé portait: «Que Sa Majesté l'Empereur reconnaît la
république française; que la république est comme le soleil sur
l'horizon; et que bien aveugles sont ceux que son éclat n'a pas encore
frappés!»]
[41: Cette tête ébauchée a été faite sur une toile de sept pieds de haut
sur neuf de large, et l'ensemble du personnage n'a jamais été que
dessiné au crayon blanc. L'intention du peintre était de représenter le
général tenant le traité de paix avec l'Empereur, et, à quelque distance
de lui, son cheval et des personnes de sa suite. David n'a jamais touché
depuis à cette tête ébauchée, fort ressemblante, admirablement peinte et
pleine de vie. Elle appartient aujourd'hui à M. le duc de Bassano, qui
l'a achetée à la vente qui eut lieu après la mort de David, et qui l'a
fait lithographier.]
[42: Cette question fut proposée quelque temps après, en l'an VIII,
1799, par l'Institut national de France, et résolue par un ouvrage
couronné, intitulé: _Recherches sur l'art statuaire, considéré chez les
anciens et chez les modernes_, par Émeric David. Ce livre eut une grande
vogue en ce temps.]
[43: On publia alors les antiquités de Pæstum, ce qui a fait construire
dans le quartier Feydeau cette lourde et triste rue _des Colonnes_, dont
une partie subsiste encore, puis la place du Caire et quelques maisons
particulières dans le style égyptien.]
[44: Pierre Narcisse Guérin, né à Paris en 1774, mort dans la même ville
en juillet 1834. Ses principaux ouvrages sont: _Marcus Sextus_,
_Phèdre_, _Orphée_, _les Révoltés du Caire_, _Andromaque_, _Didon_, etc.
Ses principaux élèves sont Géricault, MM. P. Delaroche, Delacroix.
Scheffer.]
[45: Les tableaux de _Marat_, de _Lepelletier_, de _Barra_ et les
commencements du _Serment du Jeu de Paume_ n'ont point été payés à
David.]
[46: Pausanias, _Attique_, chap. XV.]
[47: Étienne conserve ce dessin, qui porte deux pieds et demi de large
sur deux pieds de haut.]
[48: Napoléon fit mettre l'église de Cluny, près de la Sorbonne, à la
disposition de son premier peintre, pour y achever le tableau du
_Couronnement_.]
[49: Drouais (Jean-Germain), né à Paris, le 25 décembre 1763, mort à
Rome, à l'âge de vingt-cinq ans, le 15 février 1788.]
[50: Victor Alfieri, né à Asti en 1749, mort à Florence en 1803.]
[51: Voir le _Journal des Débats_ du 9 août 1824.]
[52: Anne-Louis Girodet de Roussy, dit de Triozon, né à Montargis, le 5
janvier 1767, mort à Paris, en 1824.]
[53: L'Hippocrate était destiné à M. Triozon, qui en a fait don à
l'École de médecine.]
[54: Alors directeur de l'Académie de France à Rome.]
[55: M. Coupin de la Couperie, éditeur des oeuvres posthumes de Girodet,
2 vol. in-8°.--Paris, Jules Renouard, 1829.]
[56: Ce portrait a été donné au Musée du Louvre par M. Isabey père. Il
fait partie des ouvrages d'élite placés dans la salle des
Sept-Cheminées.]
[57: Ce portrait, acheté par M. C. Lenormand, neveu de Mme Récamier,
fait partie aujourd'hui du musée du Louvre, école française.]
[58: Quatorze ans avant que Gros se fit ces reproches, M. Guizot, dans
une brochure qu'il publia en 1810, sur l'état des arts, disait
(prophétiquement) à propos de ce peintre: «Il n'a ni froideur, ni
roideur, ni appareil théâtral; peut-être même son genre est-il celui qui
convient le mieux aux sujets nationaux; ses défauts sont ceux de son
école, et son école n'aura pas son génie; accoutumée à ne chercher que
la vérité, sans y joindre la beauté comme condition nécessaire, _elle
tombera facilement dans une exagération hideuse_, car elle n'en sera
point préservée par l'habitude de vouloir des formes nobles et
régulières; elle s'appuiera sur des exemples tirés des ouvrages de son
maître.»]
[59: Le couvent des Capucins et son jardin occupaient toute la longueur
de la rue de la Paix, depuis la rue des Petits-Champs jusqu'aux
boulevards. Outre une grande quantité d'artistes qui y logeaient alors,
il y avait de petits spectacles, et entre autres le cirque de Franconi,
dans le jardin.]
[60: A. B. Regnault, né en 1754, mort le 12 octobre 1829.]
[61: F.-A. Vincent, né à Paris en 1746, mort en 1816.]
[62: Pierre Guérin, né à Paris en 1774, mort à Rome, directeur de
l'Académie de France, en 1833.]
[63: Voilà quarante-trois ans que le _Couronnement_ a été terminé et
qu'il a subi l'épreuve des critiques plus ou moins justes de plusieurs
générations, et les nombreuses beautés de détail qu'il renferme sont
devenues de plus en plus éclatantes. Placé aujourd'hui dans les galeries
historiques de Versailles, fondées par Louis-Philippe, cet ouvrage, dont
la composition est si simple quoique si solennelle, dont le dessin est
si vrai et si pur, a pris avec le temps un aspect et un coloris dont
l'harmonie est saisissante. Étienne, qui l'a vu peindre, peut affirmer,
avec tous les hommes de son âge, que ce tableau, auquel tout le monde
rend justice maintenant, a pris, avec les années, une solidité de ton et
une harmonie, même dans les parties qui ont le plus justement excité la
critique il y a quarante ans, qui achèvent de donner à cette composition
toutes les qualités d'un chef-d'oeuvre.]
[64: David eut quatre enfants, deux fils et deux filles. Jules, l'aîné,
qui vient de mourir en 1854, remplit les fonctions de consul sous le
gouvernement impérial; il s'était adonné à l'étude de la langue grecque,
dont il a laissé un dictionnaire. Eugène, le cadet, prit le parti des
armes vers 1808, fut nommé chef d'escadron de cuirassiers en 1815, et
mourut vers 1826. Les deux filles étaient jumelles; elles ont épousé,
l'une le général Meunier, l'autre le général Jannin.]
[65: Né en 1747 à Châlons-sur-Saône, mort à Paris en 1825.]
[66: Ces costumes républicains civils, militaires et pour les magistrats
ont en effet été gravés par Denon.]
[67: Voici les noms des principaux artistes qui ont exposé au Louvre
cette année: _peintres_, David, Girodet, Gérard, Gros, Guérin, Prudhon,
Carle Vernet, Granet, Valenciennes, Chauvin, MM. Hersent et le comte
Turpin de Crissé. _Sculpteurs_: Chaudet, Cartellier, Bosio.
_Architectes_: Percier, Fontaine, Brongniart. _Graveurs_: Berwik et M.
B. Desnoyers.]
[68: Ce théâtre était situé dans la rue Basse, à l'encoignure de la rue
de Lancri. C'étaient des enfants, dont les plus âgés avaient seize à
dix-sept ans, qui y jouaient, et c'est là qu'ont débuté les deux Monrose
dont il est question ici.]
[69: Ce camée est gravé dans les _Monuments inédits_ de Winckelmann.]
[70: Les tableaux que David fit passer dans l'Ouest sont: le
_Couronnement_, les _Aigles_, les _Sabines_, les _Thermopyles_, et
plusieurs portraits de l'Empereur.]
[71: Étienne a conservé l'esquisse de Léonidas.]