Dès lors commença pour Élise une période qu'elle nomma elle-même, plus
tard, «le temps du Paradis terrestre». Son farouche ami était
apprivoisé: l'animal dompté est plus docile--ou du moins semble
l'être--que celui qui naquit familier, à l'ombre de nos communs.
Jean-Marie subissait le charme d'une amante chaque jour embellie et de
qui la puissance s'augmentait à mesure que diminuait l'ingénuité
première. Élise, à présent, raisonnait son empire: elle administrait son
pouvoir; elle savait quelles libertés il convient d'octroyer et tout ce
qu'on achète de précieux moyennant ces largesses. Elle connaissait les
points où il convient de ne jamais faire peser la tyrannie et ceux où un
certain autoritarisme ne s'applique pas sans procurer, au lieu d'une
douleur, un plaisir.
Certes, elle était aussi peu que possible femme à abuser de cette
lumière nouvelle; une telle science dans la conduite de l'amour n'ayant
été formulée devant elle en aucune langue, était garantie des abus que
comporte tout système: c'étaient moyens purement empiriques qui ne se
superposaient même pas à sa tendresse, mais se fondaient en elle; Élise
eût été bien incapable de les enseigner à ses pareilles; elle en usait
ingénument et en parfumait son atmosphère enchantée. Les semaines, les
mois passaient: comme un peuple heureux, Élise n'avait pas d'histoire.