10 septembre.

Marinette a reçu une invitation qui l’a amenée, ce matin, dans ma

chambre, rouge de plaisir. Les Valprince lui demandent de venir--Paul

compris--faire connaissance de leur propriété de Touraine où ils sont

réinstallés, retour de Lugano.

Elle a interrogé, avec une jolie moue d’envie:

--Crois-tu, Viva, que ce ne serait pas indiscret d’accepter?

--Indiscret?... Pourquoi?... Oh! non, autant que je puis juger d’après

tes récits...

Paul a consenti. Ils vont donc partir en Touraine, au début de la

semaine prochaine. Marinette voulait conduire les enfants chez sa

belle-mère. J’ai réclamé qu’on me les laisse pendant ces quelques jours.

Il me reste peut-être si peu à les voir, ces petits, que j’ai aimés

comme s’ils étaient miens...

Père, apprenant que Marinette allait me quitter, m’a dit:

--J’ai peur que tu ne t’ennuies dans notre forêt, ma petite fille. Tu

n’es pas gaie, cet été. Invite qui te plaira pour te tenir compagnie.

Mais j’ai protesté:

--Oh! père, tes hôtes du dimanche me suffisent bien! Je suis un peu

lasse et la solitude me repose.

--Comme tu voudras, enfant. Fais ce que tu préfères!

A peine, je me l’avoue à moi-même, tout ce que je puis, c’est de

recevoir du samedi au mardi. Quand partent les invités de père, je suis

à bout de forces; et il me faut bien quelques jours pour me reprendre,

afin de continuer à remplir mon rôle...

Et puis encore, il me faut la liberté de le voir, _lui_, soit à Paris,

soit ici; qu’il vienne en visiteur officiel, ou que j’aille le

retrouver, dans la forêt, au rond-point convenu, auquel j’arrive dans la

charrette anglaise que je conduis moi-même.

Mais comme elles sont comptées, nos pauvres rencontres! Ah! les

misérables jours qui fuient sans nous rapprocher! Si vite, octobre

avance! De la brume d’automne, je le vois déjà sortir, inflexible,

amenant le jour de l’inexorable départ.

La nuit tombe... · 第 69 / 86 题