12 juillet.

Oui, j’adore voyager, surtout maintenant où ce m’est un bienfait qu’un

intérêt quelconque, même la banalité ou la force brutale des faits

matériels, m’arrache à moi-même. Et cependant, les départs, aux

dernières heures, me précipitent dans un gouffre de tristesse! Il sonne

toujours une heure où, devant mon _home_ dépouillé de son aspect

familier,--tentures enlevées, meubles ensevelis sous les housses,

bibelots, fleurs, portraits disparus; devant les malles où mes robes

s’allongent telles de petites mortes fragiles en leur dernier asile, il

sonne fatalement une heure où je ne comprends plus du tout le désir qui

m’a poussée hors de mon «chez moi» harmonieux. Pourquoi aller vers les

logis inconnus où ma nervosité d’impressions devra s’acclimater,

souffrira du désarroi des installations d’un jour, de l’atmosphère

surchauffée des tables d’hôte, de la banalité des salons pareils à des

halls d’attente.

Alors, je n’éprouve plus un atome de plaisir à entreprendre mes courses

vagabondes... Si le réseau des circonstances ne m’enserrait, ne tendait

derrière moi la barrière qui m’oblige à poursuivre en avant la route que

j’ai choisie, sûrement, au dernier moment, le courage me manquerait pour

partir. Si fort se ravive le sentiment de l’_à quoi bon?_

Instruite par l’expérience, je laisse, impassible, monter la crise qui

s’approche. Car après-demain soir, je pars. Mon gîte devient

inhospitalier, en sa tenue d’été... Je ne le reconnais plus; j’ai hâte

de le fuir... Et pourtant qu’il m’est dur de le quitter! Lui seul, je

regrette de laisser derrière moi...

Car aux êtres, je manquerai si peu que la séparation m’en devient

facile! Père a ses distractions personnelles qui l’occupent largement.

Mon petit papillon, jusqu’à son propre départ, est la proie des

couturiers et modistes et elle donne tous ses loisirs sentimentaux au

regret d’avoir dû quitter l’amie d’élection... A elle, non plus, mon

absence ne pèsera guère. Un seul sentira, du moins un moment, la morsure

de la séparation. Mais il a toute sorte de raisons pour guérir vite...

Ah! je peux partir, vagabonder, bien libre, sur des routes

étrangères,--comme je pourrais disparaître définitivement du monde...

Avec aucun être, je n’ai plus d’attache; nul cœur ne me retient...

La nuit tombe... · 第 28 / 86 题