VII.

L'entretien que j'avais eu avec madame de Blumer se retraçait toujours à

mon souvenir: je la voyais pressant les ouvrières pour que tous les

objets qui faisaient obstacle à notre union fussent promptement cousus,

blanchis, et plissés; j'entendais ces paroles qui m'avaient si vivement

froissé: «Si Clémentine s'est trompée, elle doit expier son erreur.» Je

la voyais, cette bonne mère, calculer l'assistance qu'elle donnerait à

sa fille pour mettre un gendre à la raison.

On voulait en effet regagner le temps perdu, car bientôt arriva chez,

moi un tapissier, chargé par madame de Blumer de prendre la mesure de

mes appartements pour préparer tapis et rideaux. Je répondis que j'étais

satisfait de mon ameublement, que plus tard je m'entendrais avec ma

femme pour changer ce qui lui déplairait.

A peine l'ouvrier fut-il parti, que je me reprochai ma résistance. Pour

châtiment de mon refus, j'attendais une lettre piquante; ma confusion

fut extrême lorsque Clémentine m'écrivit qu'elle s'accommoderait

volontiers mes moindres désirs, persuadée d'avance que ce qui me

plairait aurait également son approbation. En même temps elle m'envoyait

divers échantillons d'étoffes pour sa robe de noce, me priant de lui

faire connaître mon goût, afin que le tailleur et la marchande de modes

se missent à l'ouvrage sans délai.

Il y eut dans ma réponse de l'affection et presque de l'humilité, car le

tribunal de ma conscience ne m'absolvait pas entièrement; toutefois je

cherchais sincèrement à réveiller notre tendresse, et j'éprouvai une

véritable joie lorsqu'un de mes voisins de campagne m'invita à une fête

où ma fiancée et sa mère avaient promis de se trouver. J'espérais que

cette tête serait une occasion de rapprochement qui effacerait toute

trace de rancune.

L'Illustration, No. 0048, 27 Janvier 1844 · 第 14 / 33 题