L'entretien que j'avais eu avec madame de Blumer se retraçait toujours à
mon souvenir: je la voyais pressant les ouvrières pour que tous les
objets qui faisaient obstacle à notre union fussent promptement cousus,
blanchis, et plissés; j'entendais ces paroles qui m'avaient si vivement
froissé: «Si Clémentine s'est trompée, elle doit expier son erreur.» Je
la voyais, cette bonne mère, calculer l'assistance qu'elle donnerait à
sa fille pour mettre un gendre à la raison.
On voulait en effet regagner le temps perdu, car bientôt arriva chez,
moi un tapissier, chargé par madame de Blumer de prendre la mesure de
mes appartements pour préparer tapis et rideaux. Je répondis que j'étais
satisfait de mon ameublement, que plus tard je m'entendrais avec ma
femme pour changer ce qui lui déplairait.
A peine l'ouvrier fut-il parti, que je me reprochai ma résistance. Pour
châtiment de mon refus, j'attendais une lettre piquante; ma confusion
fut extrême lorsque Clémentine m'écrivit qu'elle s'accommoderait
volontiers mes moindres désirs, persuadée d'avance que ce qui me
plairait aurait également son approbation. En même temps elle m'envoyait
divers échantillons d'étoffes pour sa robe de noce, me priant de lui
faire connaître mon goût, afin que le tailleur et la marchande de modes
se missent à l'ouvrage sans délai.
Il y eut dans ma réponse de l'affection et presque de l'humilité, car le
tribunal de ma conscience ne m'absolvait pas entièrement; toutefois je
cherchais sincèrement à réveiller notre tendresse, et j'éprouvai une
véritable joie lorsqu'un de mes voisins de campagne m'invita à une fête
où ma fiancée et sa mère avaient promis de se trouver. J'espérais que
cette tête serait une occasion de rapprochement qui effacerait toute
trace de rancune.