L'intelligence, telle que vous l'avez définie, est évidemment
l'intelligence spéculative, l'aptitude à la philosophie des sciences. Et
il semble bien que cette faculté n'est pas aussi nouvelle que vous dites
et qu'elle est au contraire vieille comme l'humanité. L'homme qui le
premier fit griller, dans sa caverne, sur la pierre du foyer, une cuisse
d'ours, n'était pas seulement cuisinier; il était chimiste, et la
philosophie des sciences ne lui était pas du tout étrangère. Ce qui est
vrai, c'est que les hommes tirent des principes les plus justes les
conséquences les plus fausses. Ce n'est point l'intelligence qui est
funeste à l'humanité, ce sont les erreurs de l'intelligence. La faculté
de comprendre d'une certaine façon l'univers est attachée aux organes
mêmes de l'animal que nous sommes, et l'homme est né savant. Je me
flatte de rester dans la bonne nature, en poursuivant mes travaux de
chimie agricole et d'archéologie. Après cela, je vous accorderai,
Polyphile, que l'aptitude de nos semblables à la divagation est grande
et que la faculté d'errer est celle que l'homme exerce avec le plus de
puissance.