petite voix pointue qu’il prenait par moments. J’entends des gens qui
ont l’air très heureux toute la journée, qui prennent d’excellents
cocktails, déclarer qu’ils ne pourront aller jusqu’au bout de la
guerre, que leur cœur n’aura pas la force, qu’ils ne peuvent pas
penser à autre chose, qu’ils mourront tout d’un coup, et le plus
extraordinaire, c’est que cela arrive en effet. Comme c’est curieux!
Est-ce une question d’alimentation, parce qu’ils n’ingéreront plus
que des choses mal préparées, ou parce que pour prouver leur zèle ils
s’attellent à des besognes vaines mais qui détruisent le régime qui les
conservait? Mais enfin j’enregistre un nombre étonnant de ces étranges
morts prématurées, prématurées au moins au gré du défunt. Je ne sais
plus ce que je vous disais, que Brichot et Norpois admiraient cette
guerre, mais quelle singulière manière d’en parler! D’abord avez-vous
remarqué ce pullulement d’expressions nouvelles qu’emploie Norpois
qui, quand elles ont fini par s’user à force d’être employées tous les
jours--car vraiment il est infatigable, et je crois que c’est la mort
de ma tante Villeparisis qui lui a donné une seconde jeunesse,--sont
immédiatement remplacées par d’autres lieux communs? Autrefois je
me rappelle que vous vous amusiez à noter ces modes de langage qui
apparaissaient, se maintenaient, puis disparaissaient: celui qui sème
le vent récolte la tempête; les chiens aboient, la caravane passe;
faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances,
disait le baron Louis; il y a des symptômes qu’il serait exagéré
de prendre au tragique mais qu’il convient de prendre au sérieux;
travailler pour le roi de Prusse (celle-là a d’ailleurs ressuscité,
ce qui était infaillible). Hé bien, depuis, hélas, que j’en ai vu
mourir! Nous avons eu: le chiffon de papier, les empires de proie, la
fameuse kultur qui consiste à assassiner des femmes et des enfants
sans défense, la victoire appartient, comme disent les Japonais, à
celui qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre, les
Germano-Touraniens, la barbarie scientifique--si nous voulons gagner
la guerre, selon la forte expression de M. Lloyd George--enfin ça ne
se compte plus, et le mordant des troupes, et le cran des troupes.
Même la syntaxe de l’excellent Norpois subit du fait de la guerre une
altération aussi profonde que la fabrication du pain ou la rapidité
des transports. Avez-vous remarqué que l’excellent homme, tenant à
proclamer ses désirs comme une vérité sur le point d’être réalisée,
n’ose pas tout de même employer le futur pur et simple, qui risquerait
d’être contredit par les événements, mais a adopté comme signe de ce
temps le verbe savoir?» J’avouai à M. de Charlus que je ne comprenais
pas bien ce qu’il voulait dire. Il me faut noter ici que le duc de
Guermantes ne partageait nullement le pessimisme de son frère. Il
était, de plus, aussi anglophile que M. de Charlus était anglophobe.
Enfin il tenait M. Caillaux pour un traître qui méritait mille fois
d’être fusillé. Quand son frère lui demandait des preuves de cette
trahison, M. de Guermantes répondait que s’il ne fallait condamner que
les gens qui signent un papier où ils déclarent «j’ai trahi» on ne
punirait jamais le crime de trahison. Mais pour le cas où je n’aurais
pas l’occasion d’y revenir, je noterai aussi que, deux ans plus tard,
le duc de Guermantes, animé du plus pur anticaillautisme, rencontra
un attaché militaire anglais et sa femme, couple remarquablement
lettré avec lequel il se lia, comme au temps de l’affaire Dreyfus
avec les trois dames charmantes; que dès le premier jour il eut la
stupéfaction, parlant de Caillaux dont il estimait la condamnation
certaine et le crime patent, d’entendre le couple charmant et lettré
dire: «Mais il sera probablement acquitté, il n’y a absolument rien
contre lui.» M. de Guermantes essaya d’alléguer que M. de Norpois,
dans sa déposition, avait dit en regardant Caillaux atterré: «Monsieur
Caillaux, vous êtes le Giolitti de la France.» Mais le couple charmant
avait souri, tourné M. de Norpois en ridicule, cité des preuves de son
gâtisme et conclu qu’il avait dit cela devant M. Caillaux atterré,
disait le _Figaro_, mais probablement, en réalité, devant M.
Caillaux narquois. Les opinions du duc de Guermantes n’avaient pas
tardé à changer. Attribuer ce changement à l’influence d’une Anglaise
n’est pas aussi extraordinaire que cela eût pu paraître si on l’eût
prophétisé même en 1919, où les Anglais n’appelaient les Allemands que
les Huns et réclamaient une féroce condamnation contre les coupables.
Leur opinion à eux aussi devait changer et toute décision être
approuvée par eux qui pouvait contrister la France et venir en aide
à l’Allemagne. Pour revenir à M. de Charlus: «Mais si, répondit-il à
l’aveu que je ne le comprenais pas: «savoir», dans les articles de
Norpois, est le signe du futur, c’est-à-dire le signe des désirs de
Norpois et des désirs de nous tous d’ailleurs, ajouta-t-il, peut-être
sans une complète sincérité, vous comprenez bien que si «savoir»
n’était pas devenu le simple signe du futur, on comprendrait à la
rigueur que le sujet de ce verbe pût être un pays, par exemple chaque
fois que Norpois dit: «L’Amérique ne saurait rester indifférente à
ces violations répétées du droit», «La monarchie bicéphale ne saurait
manquer de venir à résipiscence». Il est clair que de telles phrases
expriment les désirs de Norpois (comme les miens, comme les vôtres),
mais enfin, là le verbe peut encore garder malgré tout son sens ancien,
car un pays peut «savoir», l’Amérique peut «savoir», la monarchie
«bicéphale» elle-même peut «savoir» (malgré l’éternel manque de
psychologie), mais le doute n’est plus possible quand Norpois écrit:
«Ces dévastations systématiques ne sauraient persuader aux neutres»,
«La région des lacs ne saurait manquer de tomber à bref délai aux mains
des alliés», «Les résultats de ces élections neutralistes ne sauraient
refléter l’opinion de la grande majorité du pays.» Or il est certain
que ces dévastations, ces régions et ces résultats de votes sont
des choses inanimées qui ne peuvent pas «savoir». Par cette formule
Norpois adresse simplement aux neutres l’injonction (à laquelle j’ai
le regret de constater qu’ils ne semblent pas obéir) de sortir de la
neutralité ou aux régions des lacs de ne plus appartenir aux «Boches»
(M. de Charlus mettait à prononcer le mot «boche» le même genre de
hardiesse que jadis dans le train de Balbec à parler des hommes dont
le goût n’est pas pour les femmes). D’ailleurs, avez-vous remarqué
avec quelles ruses Norpois a toujours commencé, dès 1914, ses articles
aux neutres? Il commence par déclarer que, certes, la France n’a pas
à s’immiscer dans la politique de l’Italie ou de la Roumanie ou de la
Bulgarie, etc. C’est à ces puissances seules qu’il convient de décider
en toute indépendance et en ne consultant que l’intérêt national si
elles doivent ou non sortir de la neutralité. Mais si ces premières
déclarations de l’article (ce qu’on eût appelé autrefois l’exorde)
sont si remarquables et désintéressées, le morceau suivant l’est
généralement beaucoup moins. Toutefois, en continuant, dit en substance
Norpois, «il est bien clair que seules tireront un bénéfice matériel
de la lutte les nations qui se seront rangées du côté du Droit et de
la Justice. On ne peut attendre que les alliés récompensent, en leur
octroyant leurs territoires d’où s’élève depuis des siècles la plainte
de leurs frères opprimés, les peuples qui, suivant la politique de
moindre effort, n’auront pas mis leur épée au service des alliés».
Ce premier pas fait vers un conseil d’intervention, rien n’arrête
plus Norpois, ce n’est plus seulement le principe mais l’époque de
l’intervention sur lesquels il donne des conseils de moins en moins
déguisés. «Certes, dit-il en faisant ce qu’il appellerait lui-même
le bon apôtre, c’est à l’Italie, à la Roumanie seules de décider de
l’heure opportune et de la forme sous laquelle il leur conviendra
d’intervenir. Elles ne peuvent pourtant ignorer qu’à trop tergiverser
elles risquent de laisser passer l’heure. Déjà les sabots des cavaliers
russes font frémir la Germanie traquée d’une indicible épouvante.
Il est bien évident que les peuples qui n’auront fait que voler au
secours de la victoire, dont on voit déjà l’aube resplendissante,
n’auront nullement droit à cette même récompense qu’ils peuvent
encore en se hâtant, etc.» C’est comme au théâtre quand on dit: «Les
dernières places qui restent ne tarderont pas à être enlevées. Avis
aux retardataires.» Raisonnement d’autant plus stupide que Norpois le
refait tous les six mois, et dit périodiquement à la Roumanie: «L’heure
est venue pour la Roumanie de savoir si elle veut ou non réaliser ses
aspirations nationales. Qu’elle attende encore, il risque d’être trop
tard.» Or, depuis deux ans qu’il le dit, non seulement le «trop tard»
n’est pas encore venu, mais on ne cesse de grossir les offres qu’on
fait à la Roumanie. De même il invite la France, etc., à intervenir
en Grèce en tant que puissance protectrice parce que le traité qui
hait la Grèce à la Serbie n’a pas été tenu. Or, de bonne foi, si la
France n’était pas en guerre et ne souhaitait pas le concours ou la
neutralité bienveillante de la Grèce, aurait-elle l’idée d’intervenir
en tant que puissance protectrice, et le sentiment moral qui la pousse
à se révolter parce que la Grèce n’a pas tenu ses engagements avec la
Serbie ne se tait-il pas aussi dès qu’il s’agit de violation tout aussi
flagrante de la Roumanie et de l’Italie qui, avec raison, je le crois,
comme la Grèce aussi, n’ont pas rempli leurs devoirs, moins impératifs
et étendus qu’on ne dit, d’alliés de l’Allemagne. La vérité c’est que
les gens voient tout par leur journal, et comment pourraient-ils faire
autrement puisqu’ils ne connaissent pas personnellement les gens ni les
événements dont il s’agit? Au temps de l’affaire qui passionnait si
bizarrement à une époque dont il est convenu de dire que nous sommes
séparés par des siècles, car les philosophes de la guerre ont accrédité
que tout lien est rompu avec le passé, j’étais choqué de voir des gens
de ma famille accorder toute leur estime à des anticléricaux, anciens
communards que leur journal leur avait présentés comme antidreyfusards,
et honnir un général bien né et catholique mais révisionniste. Je
ne le suis pas moins de voir tous les Français exécrer l’Empereur
François-Joseph qu’ils vénéraient, avec raison, je peux vous le dire,
moi qui l’ai beaucoup connu et qu’il veut bien traiter en cousin. Ah!
je ne lui ai pas écrit depuis la guerre, ajouta-t-il comme avouant
hardiment une faute qu’il savait très bien qu’on ne pouvait blâmer. Si,
la première année, et une seule fois. Mais qu’est-ce que vous voulez,
cela ne change rien à mon respect pour lui, mais j’ai ici beaucoup de
jeunes parents qui se battent dans nos lignes et qui trouveraient, je
le sais, fort mauvais que j’entretienne une correspondance suivie avec
le chef d’une nation en guerre avec nous. Que voulez-vous? me critique
qui voudra, ajouta-t-il, comme s’exposant hardiment à mes reproches,
je n’ai pas voulu qu’une lettre signée Charlus arrivât en ce moment à
Vienne. La plus grande critique que j’adresserais au vieux souverain,
c’est qu’un seigneur de son rang, chef d’une des maisons les plus
anciennes et les plus illustres d’Europe, se soit laissé mener par ce
petit hobereau, fort intelligent d’ailleurs, mais enfin par un simple
parvenu comme Guillaume de Hohenzollem. Ce n’est pas une des anomalies
les moins choquantes de cette guerre.» Et comme, dès qu’il se replaçait
au point de vue nobiliaire, qui pour lui au fond dominait tout, M.
de Charlus arrivait à d’extraordinaires enfantillages, il me dit du
même ton qu’il m’eût parlé de la Marne ou de Verdun qu’il y avait des
choses capitales et fort curieuses que ne devrait pas omettre celui qui
écrirait l’histoire de cette guerre, «Ainsi, me dit-il, par exemple,
tout le monde est si ignorant que personne n’a fait remarquer cette
chose si marquante: le grand maître de l’ordre de Malte, qui est un pur
boche, n’en continue pas moins de vivre à Rome où il jouit, en tant
que grand maître de notre ordre, du privilège de l’exterritorialité.
C’est intéressant», ajouta-t-il d’un air de me dire: «Vous voyez que
vous n’avez pas perdu votre soirée en me rencontrant.» Je le remerciai
et il prit l’air modeste de quelqu’un qui n’exige pas de salaire.
«Qu’est-ce que j’étais donc en train de vous dire? Ah! oui, que les
gens haïssaient maintenant François-Joseph, d’après leur journal. Pour
le roi Constantin de Grèce et le tzar de Bulgarie, le public a oscillé,
à diverses reprises, entre l’aversion et la sympathie, parce qu’on
disait tour à tour qu’ils se mettaient du côté de l’Entente ou de ce
que Norpois appelle les Empires centraux. C’est comme quand il nous
répète à tout moment que «l’heure de Venizelos va sonner». Je ne doute
pas que M. Venizelos soit un homme d’État plein de capacité, mais qui
nous dit que les Grecs désirent tant que cela Venizelos? Il voulait,
nous dit-on, que la Grèce tînt ses engagements envers la Serbie. Encore
faudrait-il savoir quels étaient ces engagements et s’ils étaient plus
étendus que ceux que l’Italie et la Roumanie ont cru pouvoir violer.
Nous avons de la façon dont la Grèce exécute ses traités et respecte sa
constitution un souci que nous n’aurions certainement pas si ce n’était
pas notre intérêt. Qu’il n’y ait pas eu la guerre, croyez-vous que les
puissances «garantes» auraient même fait attention à la dissolution
des Chambres? Je vois simplement qu’on retire un à un ses appuis au
Roi de Grèce pour pouvoir le jeter dehors ou l’enfermer le jour où il
n’aura plus d’armée pour le défendre. Je vous disais que le public ne
juge le Roi de Grèce et le Roi des Bulgares que d’après les journaux.
Et comment pourraient-ils penser sur eux autrement que par le journal
puisqu’ils ne les connaissent pas? Moi je les ai vus énormément, j’ai
beaucoup connu, quand il était diadoque, Constantin de Grèce, qui était
une pure merveille. J’ai toujours pensé que l’Empereur Nicolas avait eu
un énorme sentiment pour lui. En tout bien tout honneur, bien entendu.
La princesse Christian en parlait ouvertement, mais c’est une gale.
Quant au tzar des Bulgares, c’est une fine coquine, une vraie affiche,
mais très intelligent, un homme remarquable. Il m’aime beaucoup.»
M. de Charlus, qui pouvait être si agréable, devenait odieux quand il
abordait ces sujets. Il y apportait la satisfaction qui agace déjà
chez un malade qui vous fait tout le temps valoir sa bonne santé.
J’ai souvent pensé que, dans le tortillard de Balbec, les fidèles qui
souhaitaient tant les aveux devant lesquels il se dérobait n’auraient
peut-être pas pu supporter cette espèce d’ostentation d’une manie et,
mal à l’aise, respirant mal comme dans une chambre de malade ou devant
un morphinomane qui tirerait devant vous sa seringue, ce fussent eux
qui eussent mis fin aux confidences qu’ils croyaient désirer. De plus,
on était agacé d’entendre accuser tout le monde, et probablement bien
souvent sans aucune espèce de preuve, par quelqu’un qui s’omettait
lui-même de la catégorie spéciale à laquelle on savait pourtant qu’il
appartenait et où il rangeait si volontiers les autres. Enfin, lui si
intelligent, s’était fait à cet égard une petite philosophie étroite
(à la base de laquelle il y avait peut-être un rien des curiosités
que Swann trouvait dans «la vie») expliquant tout par ces causes
spéciales et où, comme chaque fois qu’on verse dans son défaut, il
était non seulement au-dessous de lui-même mais exceptionnellement
satisfait de lui. C’est ainsi que lui si grave, si noble, eut le
sourire le plus niais pour achever la phrase que voici: «Comme il y
a de fortes présomptions du même genre que pour Ferdinand de Cobourg
à l’égard de l’Empereur Guillaume, cela pourrait être la cause pour
laquelle le tzar Ferdinand s’est mis du côté des «Empires de proie».
Dame, au fond, c’est très compréhensible, on est indulgent pour une
_sœur_, on ne lui refuse rien. Je trouve que ce serait très joli
comme explication de l’alliance de la Bulgarie avec l’Allemagne.» Et
de cette explication stupide M. de Charlus rit longuement comme s’il
l’avait vraiment trouvée très ingénieuse alors que, même si elle avait
reposé sur des faits vrais, elle était aussi puérile que les réflexions
que M. de Charlus faisait sur la guerre quand il la jugeait en tant
que féodal ou que chevalier de Saint-Jean de Jérusalem. Il finit par
une remarque juste: «Ce qui est étonnant, dit-il, c’est que ce public
qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les
journaux est persuadé qu’il juge par lui-même.» En cela M. de Charlus
avait raison. On m’a raconté qu’il fallait voir les moments de silence
et d’hésitation qu’avait Mme de Forcheville, pareils à ceux qui
sont nécessaires, non pas même seulement à l’énonciation, mais à la
formation d’une opinion personnelle, avant de dire, sur le ton d’un
sentiment intime: «Non, je ne crois pas qu’ils prendront Varsovie»; «Je
n’ai pas l’impression qu’on puisse passer un second hiver»; «Ce que
je ne voudrais pas, c’est une paix boiteuse»; «Ce qui me fait peur,
si vous voulez que je vous le dise, c’est la Chambre»; «Si, j’estime
tout de même qu’on pourrait percer.» Et pour dire cela Odette prenait
un air mièvre qu’elle poussait à l’extrême quand elle disait: «Je ne
dis pas que les armées allemandes ne se battent pas bien, mais il leur
manque ce qu’on appelle le cran.» Pour prononcer «le cran» (et même
simplement pour le «mordant») elle faisait avec sa main le geste de
pétrissage et avec ses yeux le clignement des rapins employant un terme
d’atelier. Son langage à elle était pourtant plus encore qu’autrefois
la trace de son admiration pour les Anglais, qu’elle n’était plus
obligée de se contenter d’appeler comme autrefois nos voisins
d’outre-Manche, ou tout au plus nos amis les Anglais, mais nos loyaux
alliés! Inutile de dire qu’elle ne se faisait pas faute de citer à tout
propos l’expression de «fair play» pour montrer les Anglais trouvant
les Allemands des joueurs incorrects, et «ce qu’il faut c’est gagner la
guerre», comme disent nos braves alliés. Tout au plus associait-elle
assez maladroitement le nom de son gendre à tout ce qui touchait les
soldats anglais et au plaisir qu’il trouvait à vivre dans l’intimité
des Australiens aussi bien que des Écossais, des Néo-Zélandais et
des Canadiens. «Mon gendre Saint-Loup connaît maintenant l’argot de
tous les braves «tommies», il sait se faire entendre de ceux des plus
lointains «dominions» et, aussi bien qu’avec le général commandant la
base, fraternise avec le plus humble «private».