Note 469: _Des chevaulx._ «Mugientium.»

Note 470: Notre traducteur a rendu sans comprendre. «Humanitas

supplicium dolebit.»

Note 471: Cela n'est pas clair, même dans le texte latin. «Findetur

forma commercii, dimidium rotondum erit.»

Note 472: _Escoufles._ Milans.

Note 473: _Chaiaux._ Latinè: _Catuli_.

Note 474: «Aquila ejus super montes Aravium nidificabit.» Ce qu'on

rendroit peut-être mieux par: _L'aigle posera son aire sur les

monts._

Toute ceste ancienne prophécie et ce merveilleux devinement s'accordent à

la noblesse de ce roy, si que néis une toute seule sillabe né une toute

seule lettre ne s'en discorde; par ce que il dit en la fin de ces paroles,

d'endroit les chaiaulx de lyon, nous fait à entendre les fils et la fille

de ce roy Henry qu'il appelle lyon qui en la mer périllèrent, et furent

dévourés et mengiés des poissons.

Quant ce roy Henry eut receu le royaulme d'Angleterre après son frère le

roy Guillaume, et il eut mis en paix la terre par le conseil aus preudes

hommes, et il eut juré à tenir les loix et les coustumes anciennes que

ceulx de devant luy y avoient mises, pour acquerre la bonne voulenté des

barons et des gens de la terre; si passa la mer par decà et arriva en

Normandie, et par la force le roy de France mist toute la terre en paix, et

concorde entre les discordans, et mist loix et establissemens, et aux gens

du pays promist à traire les yeulx et à pendre aux fourches sé l'ung ostoit

ou roboit à l'autre ainsi comme il faisoient devant; et bien leur rendit ce

que il avoit promis, quant il forfaisoient; et pour ce fu la terre en bonne

paix; et convint paix tenir aux Normans qui avant ne savoient que paix

fust; et ceste chose leur mouvoit des Danois dont il estoient extrais; et

pour ce fu acomplie la prophécie Mellin que nous avons avant touchié, qui

dit que le ravissement des escoufles périroit et les dens des loups

reboucheroient: car gentil né villain n'osa oncques tollir né embler né

rober en son temps; et pour ce qu'il dit après que au cry et à la voix du

lion de justice les tors de France et les dragons des ysles

trembleront[475], quar nul des barons d'Angleterre n'osa sonner né dire mot

en tout le temps qu'il régna. Et ce que il dist après que l'or seroit

extraict du lis et de l'ortie, c'est-à-dire des religieus, qui sont

comparés au lis, pour odeur de bonnes oeuvres, et de l'ortie[476], c'est des

gens séculiers qui poingnent par leur malice; car ainsi comme il proffitoit

à tous, ainsi estoit-il de tous servi. Si est plus seure chose d'avoir un

seul seigneur qui les deffende de tous[477]; et l'argent decourroit les

ongles aux jumens, c'est à entendre pour la paix et la seurté qui estoit au

pays. Si estoient les labours fais et la terre bien labourée; et

habondoient les granches de blés et de biens; et la plenté des granches

faisoit la plenté de l'argent ès escrins et ès trésors.

Note 475: Le traducteur passe la première partite de l'explication

latine: «Huc accedit quod ferè omnes turres ot quæcumque fortissima

castra Normanniæ, quæ pars est Galliæ, aut eversum iri fecit, aut....

propriæ voluntati subjugavit.»

Note 476: «Aurum ex lilio, quod ut ex Religiosis boni odoris, et ex

urtica, quod est ex sæcularibus pungentibus, ab eo extorquebatur.»

Note 477: Le latin, qui résume parfaitement le système de nos

gouvernemens modernes, est encore ici mal rendu: «Tutius est enim

unum, ut omnes deffendat, ab omnibus habere, quam non habendo, per

unum omnes deperire.»

Si advint que ce roy Henry tollit à Payen le chasteau de Gisors et par

losanges et par menaces. Si est ce chasteau à merveilles fort que de siège

que d'autre garnison, et est ès marches de France et de Normandie, et court

entre deux la rivière d'Epte qui est droicte borne qui jadis fut mise entre

les François et les Danois au temps le duc Rollo, etdonne apperte entrée

aux Normans de venir en France, et aux François[478] d'entrer en Normandie.

Si n'appartenoit pas moins par siège de lieu au roy de France que au roy

d'Angleterre; et par droit en deust estre aussi saisi le roy Loys comme le

roy Henry.

Note 478: _Et aux François_. Il falloit: _Et empêche les François_,

comme dans Suger.

Si advint que pour la requeste de ce chasteau sourdit soudainement guerre

entre les deux roys. Et envoya le roy Loys messagiers au roy Henry qu'il

lui rendist cellui chasteau ou qu'il l'abatist. Et quant il vit qu'il n'en

vouloit rien faire, si luy nomma lieu et jour de parlement pour les trèves

qui failloient. Et y eut tandis entre eulx maintes parolles semées de

discorde par les felons qui tousjours ont de coustume de mesler les preudes

hommes. Et jasoit ce qu'il ne fussent point encores moult entremeslés, si

se penoit chascun de plus orgueilleusement venir au parlement. De la partie

au roy de France s'assemblèrent mains barons, entre lesquels vint Robert,

conte de Flandres, à tout près de quatre mille chevaliers, et Thibaut, le

conte palaisin de Champaigne et le conte de Nevers et le duc de Bourgogne

et mains autres barons. Et si y furent mains archevesques et évesques.

Et quant le jour du parlement approcha, si s'en allèrent au lieu à grant

chevalerie, et passèrent parmy la terre au conte de Meulant qui estoit en

la partie au roy anglois et l'ardirent et confondirent toute. Et ainsi

l'eut en grand despit le roy d'Angleterre: et s'en allèrent au lieu assigné

où le parlement devoit estre qui est appellé Planches[479] sur une eaue. Et

en ce lieu est un chasteau mauvaisement adventuré et de malle fortune, car

les anciens du pays tesmoingnent que nul n'y assemble qui paix y puisse

faire sé ce n'est moult par grant adventure.

Note 479: _Planches sur une eau._ Suger dit: _Plancas Nimpheoli._

C'est _Néaufle_, près de la rive occidentale de l'Epte, à une petite

lieue de Gisors.

Sur celle rivière où il n'avoit nul gué où nul peust passer se logèrent les

osts d'une part l'un, et d'aultre part l'autre. Par grant conseil furent

esleus les plus haus hommes et les plus sages de France qui au roy anglois

furent envoyés et passèrent par dessus ung pont qui près d'illec estoit et

estoit si foible et de si grant vieillesse qu'il croulloit. Si estoit

merveille que ceulx qui par dessus passoient à haste ne trébuchoient aval.

Quant là furent venus ceulx qui la parolle du roy devoient porter, pour la

querelle dont le contens estoit, l'un commença à parler sans le roy saluer,

moult saigement par la bouche de tous[480], et dit en telle manière.

Note 480: _Par la bouche de tous._ Suger dit: _ore comitum;_

c'est-à-dire à peu près, il me semble, _au nom des pairs de France_,

juges entre les deux rois. Ce passage est important. Pour le mot

_insalutato rege_, dom Brial propose de corriger: _Salutato_. «Vix

enim credibile est,» ajoute-t-il, «adeò incomptos fuisse mores

illorum temporum, ut regem orator nulla prævia salutatione, ausus

fuerit alloqui.» Cette observation n'est pas judicieuse. L'usage

parfaitement établi étoit alors que les envoyés du roi de France près

d'un vassal rebelle ne le saluassent pas et lui tinssent de la part

de leur maître les plus insolens discours du monde. Tous les romans

de chevalerie composés à cette époque en font foi. Dans ce temps-là,

le _salut_ étoit un acte de sincère et loyale amitié, il avoit pour

but d'appeler la protection de Dieu sur celui auquel on l'adressoit.

Comment donc deux ennemis se seroient-ils mutuellement salués?

«Cogneue chose est, sire roy, que quant vous éustes receue la duché de

Normandie de la main du roy de France, comme celle qui est de son propre

fief, que entre les aultres choses et par dessus toutes les aultres

convenances fust ce espéciallement fait, accordé et juré du chasteau de

Bray et de Gisors, que par quelque marché ou convenance qu'il advenist, le

quelque soit de vous deux eust de l'ung de ces deux chasteaux la saisine,

et que dedens les quarante jours qu'il l'aurait receu, il seroit tenu à

abattre le chasteau pour l'attirement des convenances qui avoient esté

jurées. Et pour ce que vous ne l'avez ainsi fait, veut le roy de France et

commande que vous le faciez. Et ce que vous ne luy avez fait veut que vous

luy amendiez par convenable loy. Et comme roy et loy convegnent une mesme

seigneurie, grant deshonneur est au roy quant il trespasse loy. Et s'aucun

des vostres est tel qu'il l'ose nyer né dire contre, nous sommes près du

prouver et de l'attendre par loi de bataille et par le tesmoingnage de deux

barons ou de trois.»

Après ces paroles s'en retournèrent les messagiers. Mais il n'estoient

encores guères que retournés quant ne scay combien de Normans vindrent

devant le roy de France et commencèrent vergongneusement à nier ces

convenances et à dire quanqu'il peurent pour malmetre et laidir la cause,

et requéroient que la querelle fust menée par droit; mais ne requéroient

aultre chose que la besongne délayer et mettre en respit, si que la vérité

ne fust descouverte et manifestée à tant de barons et de preudes hommes

qu'il avoit là assemblés. Avec ces messagiers furent autres envoyés au roy

anglois de par le roy de France, qui offrirent au dernier celle querelle

par loy de bataille, par la main Robert, conte de Flandres, qui depuis fut

roy de Jhérusalem[481]; si estoit merveilleux chevalier et moult noble aux

armes.

Note 481: Le latin est mal rendu: «Robertum Hyerosolimitanum,

palaestritam egregium.» Robert II ne fut jamais roi de Jérusalem.

Quant le roy anglois et ses gens eurent oye celle offre, il ne

l'ottroyèrent né ne contredirent en aucune manière; et les messages furent

retournés pour dire ce qu'il avoient trouvé. Si renvoya tantost arrières le

roy Loys, comme cellui qui moult estoit courageux et hardy, grant et

vertueux de corsage; et partoit un tel jou[482] au roy anglois, qu'il

abattist le chastel, ou il se combattist à lui cors à cors, pour la foy

deffendre qu'il avoit vers luy faussée et mentie comme son homme lige. Et

si luy dist et fist dire par dessus que à celui devoit estre la paine et le

travail de la bataille à qui la gloire et le mérite devoit estre de la

victoire. Et disoit: «Traient soy arrière vos gens du rivage du fleuve tant

que nous puissons passer, afin que le lieu seur donne à chascun plus

seurté: ou, sé mieulx lui plaist, donne chascun de nous hostaiges des plus

haulx barons de son ost de combatre corps à corps sans avoir ayde de ses

gens. Et se tirent arrière vos gens seulement tant que nous soyons passés,

car aultrement nous ne pourrions passer l'un à l'autre.» Si en y eut aucuns

de nostre ost qui par seule ventance crioientet disoient que la bataille

des deux roys fust sur le pont qui à paine se soustenoit, tant estoit viel

et croullant. Et ce mesme requéroit et vouloit le roy Loys par la légèreté

et la hardiesse de son cuer.

Note 482: _Partoit un tel jou._ Ancienne façon de parler que Dom

Brial n'a pas comprise. Elle est empruntée aux _Jeux-partis_,

chansons dialoguées dans lesquelles on soutenoit deux manières de

résoudre la même question. _Partir un jeu_, c'étoit précisément

_poser un dilemme_.

A ce respondi le roy Henry: «Je ne prens mie la chose si en gros que je

perde pour telles parolles mon chasteau qui tant me vault et qui si bien

siet, et me mette en telle adventure.» Toutes ces choses refusa et debouta

et dist encore: «Quant je verray que je me doive deffendre du roy de France

je ne l'eschiveray pas, comme cil qu'il offre et qui ne peut ores advenir,

pour le grief du lieu.»

Pour ceste responce du roy Henry furent moult esmeus les François, si qu'il

coururent aux armes et le roy d'aultre part et aussi les Normans d'aultre.

Et commencièrent à courre l'ung à l'autre jusques aux deux fleuves qui

l'ost départoient. Si que ce tant seullement qu'il ne peurent passer le

fleuve destourna grant dommaige et grant occision qui à ce jour fust

advenue. Et quant la nuit approcha si s'en départirent et s'en allèrent les

Anglois à Gisors et les François à Chaumont. Mais si tres-tost comme le jour

parut les François qui pas n'oublièrent la honte du jour de devant, et pour

l'ardeur de chevalerie dont il estoient esprins, s'armèrent et montèrent

sur leurs coursiers et s'en allèrent devant Gisors et se pénèrent moult de

monstrer aux fers des lances lesquels valent mieulx et de combien sont

mieulx prisés les adurés d'armes[483] de ceulx qui ont apris le repos. Car

les Normans qui alors issirent contre eulx furent arrière reboutés parmi la

porte moult honteusement.

Note 483: _Les adurés d'armes._ Les guerriers vieillis sous le

harnois. L'expression de Suger est moins pittoresque. «Quantum

præstent multo marte exercitati, longâ pace solutis.»

En ceste manière commença la guerre entre les deux roys qui dura près de

deux ans. Si en fu le roy anglois plus grévé que celluy de France pour ce

qu'il luy convenoit garnir les marches de Normandie de grant plenté de

chevaliers et de sergens, pour la terre deffendre. Et le roy Loys ardoit

tandis la terre et la destruisoit, et gastoit tout le pays sans

entrelaissier; et par l'ayde des Flamens et des Pohiers[484], et des

Voquessinois et des aultres contrées qui marchissoient à la Normandie[485].

Si avint depuis que Guillaume fils au roy Henry fist hommaige au roy Loys,

et le roy luy augmenta son fief de cellui chasteau, par paix et par amour

espécial; et par raison de ce revindrent depuis en leur ancienne amour.

Mais avant que ce peust estre y eut mains mors et destruis qui coulpe n'y

avoient[486].

Note 484: _Pohiers._ C'est-à-dire des habitans de Ponthieu. Suger

dit: «Flandrensium, Pontivorum, Vilcassinorum et aliorum

collimitantium.....» Voilà le sens du mot Pohier bien déterminé.

Note 485: Le manuscrit du roi, n° 8305.5-5 ajoute ici: _Et quant li

rois Henris vit qu'il ne la porroit deffendre, si eut conseil qu'il

la laissast à Guillaume son fils. Si avint, etc._ Cela n'est pas dans

le latin, comme Dam Brial l'a remarqué.

Note 486: Cette réflexion du traducteur vaut mieux que celle de

Suger: «Quod antequam fieret, mirabilis ejusdem contentionis

occasione, et execrabilis hominum perditio mirabili punita est

ultione.»

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 248 / 369 题