Note 394: _Aimoini continuatio, lib. V, cap. 49._

Note 395: A compter d'ici commence la traduction de la _Vita Ludovici

regis Philippi filii_, par le célèbre abbé de Saint-Denis, Suger.

Icil noble damoiseau s'accoustumoit à amer et à honnorer l'églyse de

Saint-Denys de France, selon la coustume de France ancienne et de

long-temps; et selon ce que ses ancesseurs la maintindrent, il la maintint

tousjours à grant chierté et à grant révérence, pour l'onneur des martyrs

desquels il estoit soustenu et aidié en ceste mortelle vie et par quelles

prières il attendoit à estre secouru quant à l'ame, après la mort; et si

pensoit à estre moine de léans, sé ce fust que estre péust. Mais tandis

comme il estoit encore en l'aage de douze ou de treize ans, se penoit-il

moult de venir à valeur et à proesce de grant homme, non pas à chacier né à

autres jeux enfantins à qui tel aage s'abandonne légièrement; ains

apprenoit et usoit des armes par qui l'on vient à proesce et à valeur; et,

sans faille, faire luy convenoit par force, sé il ne voulsist perdre son

roiaume par mauvaiseté et par paresse; car les plus grans et les plus

puissans des barons du roiaume le commencièrent à assaillir: et meismement

le puissant et le couragieux roy d'Angleterre, fils Guillaume, duc de

Normandie, qui Angleterre conquist et fust appelé Guillaume le bastart. Et

pour ce que il commença à estre assailli si jeune, fu il preux, par les

grans besoingnes qui luy sourdoient de toutes pars: car vertu et proesce

croit par us et par travail endurer, et en devient on sage et pourveus aux

grant besoingnes, et en vient-on souvent à grans emprises. Et par ce

s'enfuit paresse et oisiveté, qui trop font de maus à ceus qui les

maintiennent; car ainsi comme dit le sage: «Oisiveté et paresse

admenistrent nourrissement aux vices.»

Cil roy Guillaume d'Angleterre estoit chevalier merveilleus aux armes et

sur tous hommes estoit convoiteux et désirant d'acquerre los et renommée.

Quant il eut deshireté son ainsné frère, Robert, le duc de Normandie, de

toute la duchée, si comme elle s'estent, après ce qu'il s'en fust alé

oultre-mer, si se commença à approchier des marches du roiaume de France et

à assaillir le noble damoisel Loys, en toutes les manières qu'il povoit.

Semblablement et dessemblablement guerroioient l'un l'autre: semblablement

en ce que l'un né l'autre ne se tenoit maté né vaincu; dessemblablement en

ce que le roy Guillaume estoit fort et aduré et parcréur d'aage, comblé

d'avoir et large despendeur, et que merveilleusement savoit atraire à luy

chevaliers et soudoiers; et que le jouvenceau Loys estoit povre d'avoir et

jeune d'aage, et se gardoit de grever le roiaume que son père tenoit encore

en sa main: et si, osoit maintenir guerre et contrester à si puissant homme

et si riche, par proesce de chevalerie et par hardement de cuer tant

seulement. Dont véissiez le noble damoisel chevauchier par le païs, à tant

de chevaliers comme il povoit avoir, une heure ès marches de Berri, autre

heure ès marches d'Auvergne: né jà, pour ce, ne le véist on moins tost en

Vauquessin, quant mestier en estoit. Et assembloit souvent au roy Guillaume

d'Angleterre, à trois cens chevaliers ou à cinq cens ou à moins, encontre

dix mille chevaliers. Si avenoit souvent selon la doubteuse avanture de

bataille, que il desconfisoit ses ennemis et tel fois qu'il restoit

desconfi. Et en tels poingnéis prenoit-on souvent des plus nobles barons,

d'une part et d'autre. Une heure en prist, le damoiseau Loys, des plus

nobles que le roy d'Angleterre eust, comme le noble conte Simon, Gilebert,

seigneur de l'Aigle, qui, à ce temps estoit le plus prisié chevalier de

toute Normandie et Angleterre[396], et Paiens, le seigneur de Gisors, à qui

le roy d'Angleterre ferma lors premièrement le chastel de Gisors[397], et

d'autre part reprist, le roy d Angleterre, des plus vaillans chevaliers de

France, comme le vaillant conte Mathieu de Beaumont, le noble conte Simon

de Montfort[398], et Paiens, le seigneur de Montjay. Mais l'angoisse et la

destresse d'avoir, pour les soubdoiers paier, fist tost venir à raençon les

prisonniers au roy Anglais; mais les prisonniers de France ne peurent pas

estre si tost délivrés; ains furent en prison longuement, n'oncques par

mille raençon n'en porent eschapper jusques à tant qu'il eurent fait

hommage au roy d'Angleterre et qu'il eurent juré sur sains qu'il luy

seroient en aide à leur povoir contre le roy et contre le roiaume de

France.

Note 396: _Gilebert de Laigle_ est honorablement mentionné par le

poète Geoffroi Gaimard. Voyez les fragmens de ce poète, publiés par

M. Fr. Michel. (Rouen, 1830, p. 56.) Il étoit à côté du roi Guillaume

le Roux, quand celui-ci fu mortellement frappé par Tyrrel, à la

chasse.

Note 397: Le sens est ici mal rendu; c'est _Paiens_ que Suger indique

comme ayant fermé ce chateau: «Paganum de Gisortio, qui castrum idem

primo munivit.»

Note 398: Simon Ier, fils d'_Amauri_ Ier, celui qui fortifia

_Montfort-l'Amauri_.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 213 / 369 题