ANNEES: 1100/1101.

_Coment le roy Phelippe refusa la royne Berthe sa femme et la mist en

prison. Et coment l'apostole l'escomenia et son roiaume. Et de Loys, son

fils, coment il deffendi viguereusement le roiaume contre le roy

d'Angleterre._

(Atant nous tairons de ceste matière qui pas n'appartient à nostre propos;

si parlerons du roy Phelippe et de son fils Loys qui, avec son père,

gouverna le roiaume, ains qu'il fust couronné jusques à ce qu'il alast de

vie à mort: et puis se fist couronner et régna tout seul; comme roy fier et

vertueux, si comme nous racompterons en ses propres fais.)

[394]Grant temps après refusa le roy Phelippe la royne Berthe, sa femme,

par l'amonestement du deable; du tout se retrait d'ele et la mist en un

fort chastel qui a nom Montrueil sur la mer, dont il l'avoit, devant ce,

douée, et s'abandonna à la luxure et avoultire, qui parestoit trop honteuse

chose à si hault homme. A Foulques Rechin, conte d'Angiers, tolli-il

Bertrade sa première femme; par plusieurs ans fu avec ele en avoultire et

la dame eut trois enfans de luy, deux fils et une fille. Les deux fils

furent Phelippe et Floire, et la fille fu puis contesse de Triple.

Longuement vesqui ainsi en avoultire, né oster ne s'en vouloit pour nul

amonnestement; mais l'apostoile, qui vouloit pourveoir au salut de s'ame,

et qui se doubtoit que Dieu ne l'en méist à raison par son deffaut, au jour

du jugement, escoménia luy et son roiaume; et le roy qui toutefois douta la

sentence par la grace que Nostre-Seigneur lui fist, laissa celle dame qu'il

avoit longuement tenue es avoultire, et reprist la royne Berthe, sa loyale

espouse. [395]Le damoiseau Loys, qui encore estoit en l'aage de douze ans

ou de treize ans, estoit tant beau et tant doulx et tant preux et tant bien

affaitié en toutes choses et plain de bonnes meurs, et tant amandoit

toujours en proesce et en courage que il donnoit bonne exemple de soy, aux

barons et au peuple, de son roiaume maintenir et gouverner, et des églyses

deffendre merveilleusement. Dont tous ceulx qui bien et paix aimoient en

estoient en grant désirier.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 212 / 369 题