Note 385: _Moult en paix._ Cela n'est pas dans le texte d'Aimoin, qui
se contente de donner à Philippe l'épithète de _Magnificus_.
Note 386: Harpin, comte ou vicomte de Bourges, a été célébré dans les
chansons de geste du treizième siècle. Celle de Lion le fait père du
héros principal, et, suivant elle, Harpin auroit été dépouillé de son
fief en punition d'un meurtre commis sous les yeux du roi de France.
Plus tard son fils Lion seroit revenu à Bourges et auroit été reconnu
comme le légitime héritier des domaines de son père. (Voyez le
manuscrit du Roi, fonds de Sorbonne, n° 450.)
Après ce, avint que guerre mut entre Geffroy-le-Barbu, conte d'Anjou, et
Fouques Rechin, son frère, qui conte estoit de Gastinois. Si estoit la
cause telle que Fouques se plaingnoit de ce que son frère luy avoit donné
trop petite partie de terre. Au roy Phelippe ala et luy promist que il luy
lairoit toute la contée de Gastinois, mais que il ne luy nuisist de la
guerre que il pensoit à mouvoir contre son frère. Et le roy se conseilla
sur ce, puis luy octroya volentiers. Lors vint Fouques à bataille contre
son frère et eut de luy victoire par l'aide des Angevins et des Torainois,
et le prist et le tint en sa prison jusques à la fin de sa vie; mais en
celle bataille eut assez occision de barons et d'autres gens. Après celle
victoire laissa au roy la contée de Gastinois, si comme il luy avoit
promis; mais les riches hommes et les chevaliers du païs ne vouldrent faire
hommage, jusques à tant qu'il eut juré, comme roy, que il tendroit les
anciennes coustumes du païs.
Ne scay quans ans après, si comme convoitise et malice croissent toujours,
le roy saisi et prist la contée de Vouquesin et la tint en sa seigneurie;
et ferma lors le chastel de Montmelian[387], contre le conte Huon de
Dampmartin. (Mais cy endroit doit chascun savoir que ceste contée de
Vouquesin muet[388] des fiés de Saint-Denys en France, et quiconque la
tient, il en doit l'ommage à l'abbé de laiens. Et le service du fié si est
tel que il doit porter ès batailles et ès osts l'oriflamme Monsieur saint
Denis, toutes les fois que le roy ostoie; et le roy la doit venir querre en
l'églyse par grant dévotion et prendre congié aux martyrs avant qu'il
meuve. Et quant il part de l'églyse, il s'en doit aler tout droit là où il
muet, sans tourner né çà né là en autre besoingrie[389].)
Note 387: _Montmelian._ D'après ce texte, le château de Montmelian
devoit être entre le Vexin et le comté do Dammartin en Goële. Cette
position est encore attestée par le rapprochement de deux passages du
roman de _Garin-le-Loherain_. Dans le premier, Fromont citant un don
que lui fit le roi:
Jà fust uns jor que m'éustes covent,
Quant vous chaciez devant _Montmelian_,
En la forêt qui à celui appent,
Quant à Begon donnas en chasement
La ducheté de Gascongne la grant.... etc.
(Tom. 1, p. 123.)
Et plus loin, Fromont revenant sur lu même point:
Vous savez bien l'emperères jadis
M'ot en covent quant il fu à Senlis,
Quant à Bégon la Gascongne rendit..., etc. (Id., p. 149.)
Il existe encore aujourd'hui, au-dessous des forêts d'Ermenonville et
de Chantilly, un petit bois de _Montmelian_, près d'un hameau nommé
Notre-Dame de Montmelian. C'est là qu'étoit le château fermé par le
roi Phillippe Ier.
Note 388: _Muet_ est mouvante.
Note 389: De là l'opinion à tort soutenue par Ducange et autres
savans illustres, que nos rois auroient adopté l'oriflamme de
Saint-Denis seulement depuis la réunion du Vexin à la couronne.
Mais ce passage bien compris, et la charte de Louis-le-Gros sur
laquelle on s'est appuyé, prouvent justement le contraire. Voyez
une note de _Garin-le-Loherain_, tome 2, page 121. Voyez aussi le
précieux ouvrage de M. Rey sur le _Drapeau et les insignes de la
monarchie françoise_. Paris, 1836.
_Incidence._--Sept jours devant les kalendes de may, apparurent comètes au
ciel, près de cinq jours, et donnoient grant clarté contre occident.
En cest an meisme, avint que Guillaume, duc de Normandie, passa en
Angleterre; (le roy occist) et saisi le roiaume.
En cest an meisme, osta le roy Phelippe les chanoines lui estoient à
Saint-Martin-des-Champs, delez Paris, ainsi comme par divine inspiration,
pour ce qu'il vivoient déshonnestement et faisoient mauvaisement le
service. L'églyse donna à Saint-Pierre-de-Clugny et fist laiens venir les
moines de l'abbaïe, au temps l'abbé Huon.
[390]En l'an de l'Incarnation Nostre-Seigneur mil quatre vingt et quinze,
vint en France le pape Urbain; homme estoit plain de bonnes meurs et de
grant dévocion. Son concile assembla en la contée de Clermont en Auvergne.
Et quant le concile fu assemblé qui fu de trois cent et vint, que évesque
que abbés, il se leva au concile et commença à parler comme cil qui estoit
bien enparlé et de parfonde loquence. Lors les commença à enseigner et
amonester comment il se devoient maintenir et gouverner eulx et le peuple
de leur éveschié et de leurs diocèses par les provinces. Lors descendi en
plourant sur la povre terre d'oultre-mer où nostre Sauveur avoit esté mort
et vif et crucifié pour nos péchiés, que la gent sarrazine destruisoient,
si comme il avoit oï dire certainement; si amonestoit, à grans soupirs, le
peuple et les barons que elle fust secourue.