Bien sceust le conte Thibaut la nouvelle de ceste besoingne et que le roy
requeroit paix au duc. Si se doubta moult que le fais et la paine de toute
la desloiauté n'eschéist sur luy. Au duc envoya un moine et luy manda que
moult se repentoit de ce qu'il avoit oncques vers luy mespris et que moult
volentiers vendrait à sa court et luy rendroit la cité d'Evreux. Moult fu
le duc lié de ce mandement: puis luy manda qu'il venist à luy seurement; et
il vint à sa court et lui rendi sa cité. Ensemble fermèrent paix et amour;
et luy donna le duc grans dons au départir. Quant le terme du parlement
approcha, que les prélas durent amener le roy à Gondolfosse, le duc fist
faire grans loges en l'ost des païens. Là descendi le roy et les prélas et
les barons. Au duc amenda toutes les mesprisons dont il s'estoit mesfait
vers luy, et donnèrent les uns aux autres serement de paix et d'alliances
à tousjours mais. Et ces choses ainsi profitablement faites, se départirent
d'une part et d'autre. Et le duc converti plusieurs des païens à la foy
crestienne, puis les envoya en Espaingne sur les Sarrazius, où il
destruirent dis-huit cités[268].
Note 268: Le texte de cette dernière phrase est mal traduit. «Alios
in paganismo permanere disponentes, ad Hispanias transmisit. Ubi
plurima bella perpetrantes, decem et octo diruerunt urbes.» Waco n'a
pas commis ce contre-sens.
[269]En ce temps morut Emma la duchesse, sans nul hoir, qui eut esté fille
Hues-le-Grant. Après un pou de temps espousa le duc une moult noble dame de
la gent de Saissoingne qui avoit nom Gunor. En celle engendra trois fils:
Richart, Robert et Mangier; et deux autres fils et trois filles: la
première, qui eut nom Emma, espousa puis Aldelrede, le roy d'Engleterre. De
celle issirent deux fils, Counars et Alurés[270]. La seconde, qui eut nom
Helduys, espousa Geffroy, le conte de Bretaingne. De celle issirent OEudes
et Alain, qui puis furent ducs; et la tierce, qui eut nom Maheut, fu
espousée au conte Heudon, dont l'istoire parlera cy-après[271]. [272]Cil
vaillant duc Richart mouteplioit tousjours en bonnes oeuvres et restoroit et
édifioit églyses. A Fescanp fonda une églyse de grant beauté et de
merveilleuse grandeur en l'honneur de la sainte Trinité et l'ournaet garni
de riches aournemens; et celle de Saint-Oyen restora, qui est en la cité de
Rouen, et celle aussi de Saint-Michel, qui est au Péril-de-Mer[273], et
establi laiens un couvent de moines pour servir Nostre-Seigneur.