Note 238: _Willelmi Gemet. hist., lib. IV, cap. 5._

Le roy crut Arnoul le trayteur et manda Hugues-le-Grant qu'il venist à luy

parler à la Croix delez-Compiègne[239]; et quant Hues-le-Grant oy parler et

disputer de donner cités et contrées, sy fu tantost aveuglé, et volt miex

mentir son serement pour la convoitise de terre et de richesce que garder

sa foy et sa loiauté vers l'enfant Richart son ami. Avant qu'il se

départissent, jurèrent l'un et l'autre d'une part et d'autre la guerre

contre les Normans et assemblèrent leur ost. Le roy entra en Caux et

Hues-le-Grant en la cité de Baieux et commencèrent à desgaster la contrée

par embrasement et par rapines. Quant Bernart le Danois vit ce, tantost

envoya au roy message par le conseil Bernart le conte de Senlis, en telles

paroles: «Très-puissant roy, pourquoy desgate-tu ainsy le pays, quant la

cité de Rouen est en ta volenté? Prends débonnairement le service des

Normans, pour ce que tu puisses eschiver en lieu et en temps le péril de

tes ennemis, par leur ayde.»

Note 239: _A la croix deles Compiègne._ «Ad villam quæ dicitur

_Crux_, juxtà Compendium.» Beneoit de Sainte-More nomme ce lieu

_La Croix sus Getiezmer_. (Vers 14,416.)

[240]De cette parole que les messaiges luy apportèrent fu le roy moult lié;

à sa gent manda qu'il se tenissent de la terre dommagier, et puis s'en ala

à Rouen au plutost qu'il peust. Jusques aux portes alèrent à l'encontre le

clergié et le peuple, chantant: «Bien viengne cil qui vient au nom de

Nostre-Seigneur.» Au mangier s'assist le roy et le servoit Bernart le

Danois, et quant il vit que le roy estoit aucques lié, si commença à parler

en telle manière: «Très-noble roy, moult nous est grand honneur creue au

jour duy, car nous avons esté jusques cy soubs la seigneurie au duc et nous

sommes orendroit royal. Or tiengne Bernart le conte de Senlis son nepveu

Richart, et nous soyons soubs toy longuement et te servons comme seigneur.

Mauvais conseil te donna qui te loa à esmouvoir contre la noble chevalerie

des Normans; où fu si fors et si puissans hommes que tu ne peusse

espouventer par leur vertu? Saches que sont tous en ton commandement et

qu'il désirent tous à chevauchier avecques toy en tes besoingnes de bon

cuer et de bonne volenté. Si s'émerveillent moult, comment tu as armé

Hugues-le-Grant ton ennemy, de vingt mille hommes, celui meisme qui

tousjours eut à toy contens et guerre.»

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 110 / 369 题