ANNEE: 877.

_Coment l'apostole Jehan manda à l'empereur Charles-le-Chauf qu'il

secourust et défendist l'églyse de Rome, si comme il y estoit tenu. Et puis

coment Charles passa les mons et mena la royne Richeut, et coment il

retourna et oï dire que Charles son nepveu venoit sur luy: et de sa mort._

Tout le caresme demoura l'empereur à Compiègne et y célébra la

Résurrection. Avant qu'il s'en partist vindrent à cour les messages

l'apostoile Jehan. Si estoient deux évesques et avoient ambedeux nom

Pierres. Par eulx lui mandoit l'apostoile et par bouche et par lettres

qu'il visitast l'églyse de Rome, et qu'il la délivrast et deffendist des

païens si comme il l'avoit promis par son serement. Es kalendes de may fist

assembler concile à Compiègne des évesques de la province de Rains et des

autres provinces. Si fist dédier l'églyse (de Saint-Cornille) qu'il avoit

fondée en son propre palais, en présence des prélats et des messages

l'apostoile. Là meisme fist-il parlement des barons et fu ordenné coment

Loys son fils gouverneroit le royaume par le conseil des barons, jusques à

tant qu'il fust retourné de Rome, et coment il recevroit le treu de l'une

des parties du royaume de France, qui estoit accoustumé à rendre, avant la

mort le roy Lothaire, et du royaume de Bourgogne. Ce treu si estoit cueilly

sur toutes manières de gens, sur gens lais et sur prestres, et sur des

églyses. Des uns plus, des autres moins, selon que il estoient. La somme de

ce treu se montoit à cinq mille livres d'argent à poids[124], et ce treu

payoient en Neustrie et évesques et autres gens, par convenant fait aus

Normans qui par Saine estoient entrés.

Note 124: Ce passage précieux des Annales Bertiniennes n'est pas ici

complètement traduit. Le voici: «Quomodo tributum de parte regni

Franciæ quam ante mortem Lotharii habuit, sed et de Burgundiâ

exigeretur, disposuit. Scilicet ut de mansis indominicatis solidus

unus: de uno quoque manso ingenuli quatuor denarii de censu dominico,

et quatuor de facultate mansuarii. Et unusquisque episcopus de

presbyteris suæ parochiæ, secundùm quod unicuique possibile erat, à

quo plurimùm quinque solidos, à quo minimum quatuor denarios,

episcopi de singulis presbyteris acciperent, et missis dominicis

redderent. Sed et de thesauris ecclesiarum, prout quantitas loci

extitit, ad idem tributum exsolvendum acceptum fuit. Summa vero

tributi fuerunt quinque millia libræ argenti, ad pensam.»

Ces choses ainsi ordennées, l'empereur se parti de Compiègne et s'en ala à

Soissons, et de Soissons à Rains, puis à Chalons et puis à Lengres. Lors se

mistrent à la voie, il et l'empereris, à grand plenté de sommiers tous

troussés d'or et d'argent et d'autres richesses. Les mons passa. Quant il

fu ès plaines de Lombardie si encontra l'évesque Algaire, qu'il avoit

envoié à l'apostoile Jehan pour estre au concile que il devoit tenir à

Rome. L'exemplaire du concile luy bailla pour grand don, et l'empereur le

receut liement, car sa confirmation y estoit contenue. Si estoit telle la

sentence que la promotion et l'élection qui avoit esté faicte l'an devant à

Rome de l'empereur Charles, roy de France, estoit ferme et estable à tous

les jours de sa vie. Si estoit loié et de tel lien que sé aucun de quelque

estat, de quelque ordre, de quelque profession qu'il feust, vouloit

encontre aller, si estoit-il escomenié et tenu en excommuniement jusques à

satisfaction. Tous ceulx qui ce pourchaceroient et qui seroient du conseil,

sé il estoient clers, qu'il soient déposés de leurs ordres; et sé il

estoient lays, que il fussent excommeniés perpétuellement. Et pour ce que

le concile qui eut esté célébré à Pontigone[125] l'an devant, n'avoit rien

profitié, fu-il establi que cil fust ferme et estable. Après luy nuncia

l'évesque Algaire que l'apostoile luy venoit encontre et devoit estre à luy

à la cité de Pavie. Tantost y envoia l'empereur Odoaire, notaire du secont

escrin, pour procurer et pour appareiller les nécessités l'apostoile; avec

luy furent le conte Goirant, Pepin et Heribert; et puis se hasta d'aller

encontre luy. Si l'encontra à Verziaux[126]. Moult honorablement le receut;

et puis alèrent jusqu'à Pavie. Là vindrent nouvelles certaines que

Charlemaine, son neveu, venoit sur luy à grant plenté de gens. Pour ces

nouvelles laissièrent Pavie et s'en alèrent à Tardonne[127]. Là feut sacrée

à empereris ma dame Richeut, par la main l'apostoile. Et tantost comme ce

feut fait, elle prist les trésors et s'enfui hastivement arrière en

Morienne[128]. Et l'empereur demoura là une pièce avec l'apostoile pour

atendre les barons du royaume, le conte Huon[129] et Boson, et Bernart le

conte d'Auvergne, et Bernart le marchis de Gothie; à tous avoit-il mandé

que il venissent après luy; mais pour noient les attendoit, car il avoient

jà faicte conspiration contre luy et s'estoient tournés et aliés aux autres

barons du royaume, fors aucuns et les évesques tant seulement. Et quant il

sceut ce il pensa que sé il venoient il viendroient plus à son dommage qu'à

son profit. Et quant il sceut d'autre partie que Charlemaine son neveu

venoit sur luy et se approchoit jà durement, il s'en parti de l'apostoile

et s'en ala hastivement après madame Richeut l'empereris, et l'apostoile

Jehan s'en retourna isnelement vers Rome. Si emporta une croix de fin or et

de pierres précieuses de grant pois où le crucefiement nostre Seigneur

estoit pourtraict, que l'empereur envoioit par luy à l'églyse Saint-Père.

Note 125: _Pontigone._ Ponthion, à deux lieues de Vitry-le-François.

Note 126: _Verziaux._ Verceilles.

Note 127: _Tardonne._ «Turdunam.» C'est _Tortone_.

Note 128: Le latin est moins dur pour _Richeut_ ou _Richilde_. «Mox

retrorsum fugam arripuit, cum thesauro, versas Moriennam.» Ce fut

sans doute du consentement de son époux qu'elle agit ainsi.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 38 / 369 题