Note 72: _Annal. S.-Bertini, anno 873._

En ce temps vint à Franquefort Loys le roy de Germanie. Là meisme célébra

la Nativité de Nostre-Seigneur avant qu'il s'en partit. Après y tint

parlement entour les kalendes février, et manda à ses deux fils Charlon et

Loys qu'il y feussent, et à tous les hommes feutables qui avoient esté du

royaume Lothaire. Et tandis comme il demeuroit, advint une merveilleuse

adventure, car le diable prist semblance du bon ange et vinst à Charlon

l'un des fils du roy Loys, et li dist que Diex s'estoit courroucié à son

père et de ce qu'il le vouloit occire pour la raison de Charlemaine son

frère, et que il[73] li devoit tollir le royaume et à luy donner. Charlon

qui moult fust épouvanté de cette advision, se leva tout effraié et s'en

fust en ung moustier qui près estoit de la maison où il gisoit; si ne fut

pas merveille s'il fut éspoenté, car il y a telle différence entre l'ange

Dieu et du deable, quant il faint semblance et clarté du bon ange, que cil

qui a veue la vision de l'ange Dieu demoure en joie et en bonne espérance,

et cil qui a veue la vision du mauvais ange demoure en paour et en

tristèce. Le deable le suivit et entra au moustier après li, et li dist:

«Pourquoi as-tu paour? né pourquoi me fuis-tu? Tu pues bien savoir, sé je

ne venisse de par Dieu pour toy annoncier ce qui adviendra par temps, que

je n'osasse pas entrer après toy en ce moustier qui est la maison de Dieu.»

Tant li dist de telles paroles et de semblables que il prit communion, de

la main du deable, que Dieu li envoioit par luy, si comme il disoit; et

tantost comme il l'eut receue, le deable li entra au corps. Tantost vint à

son père qui séoit au milieu de son parlement avec ses aisnés fils et ses

barons et ses prélas. Lors le prist le deable à tourmenter et dist devant

tous qu'il vouloit guerpir le siècle, et que jamais à sa femme n'abiteroit.

Lors traict l'espée et la lessa cheoir à terre, et quant il voult descendre

le baudré, le deable le commença trop fort à tourmenter, et lors saillirent

avant les évesques et les barons et le tindrent à force. De ce fu le père

moult ému et tous ceulx qui là estoient. En l'églyse le menèrent, et

tantost se revesti l'archevesque Luiberz pour la messe chanter, et quand ce

vint au point de l'évangile, il commença à crier à haute voix: _Ve, ve,

ve,_ et toujours cria ainsi continuellement jusques à tant que la messe

fust chantée. Le père qui moult étoit dolent le lessa aux évesques et à ses

autres amis et commanda qu'il fust mené par les sains lieux des martyrs et

des confesseurs, que par leurs mérites et par leurs dessertes sé il

plaisoit à Dieu peust estre ramené en son sens. Si se pensa qu'il le

envoieroit à l'églyse Saint-Père de Rome; mais il entrelessa cette voie

pour aucunes autres besoignes.

Note 73: _Il._ Dieu.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 22 / 369 题