Note 21: _Chascier_. «Autumnali venatione exercitandum.»

Note 22: _Wandres_. «Pacem, sub quadam conditione, apud Winidos

procuravit obtinere.» Plus loin, l'annaliste de St-Bertin ajoute à ce

nom: «Qui in regionibus Saxonum sunt.»

Note 23: _Ragenbourg_. «Ragenisburg.» C'est Ratisbonne.

_Incidence._ En ce temps advint en Grèce que Basile occit par traïson

l'empereur Michiel, et cil avoit celluy Michiel accompagnié en l'empire.

Couronner se fit et gouverna l'empire tout seul. L'un de ces princes qui

Patrice avoit nom[24] envoïa à Barrain à tout trois cens nefs pour aider au

roy Loys contre Sarrasins. Si requeroit par iceluy prince meisme qu'il luy

onnast sa fille en mariage[25] pour espouse. Mais il ne la luy envoïa pas,

pour ne sai quelle discorde qui fu entre luy et le prince, dont il avint

qu'il s'en retourna à Corinthe à toute sa navie. En ce que l'empereur Loys

s'en retournoit de sa contrée de Bonnivent, les Sarrasins qu'il avoit

assiégiés en la cité de Barre issirent hors et se férirent en la queue de

son ost soudainement et tollirent bien jusques à deux mille chevaux: dessus

montèrent et firent d'eux-meismes deux batailles, puis s'en allèrent en

l'églyse Saint-Michiel de Mont-Gargan. Les clers et les pèlerins, qui là

estoient venus pour adourer, robèrent et tollirent tout quanqu'il avoient,

et puis s'en retournèrent chargiés de dépouilles. De cette aventure furent

l'apostoile et l'empereur moult courrouciés.

Note 24: _Patrice avoit nom._ C'est-à-dire étoit revêtu du titre de

patrice. «Patricium suum ad Bairam cum CCCC (vel CCC) navibus

miserat.» _Bairam_, c'est _Bari_, dans le royaume de Naples.

Note 25: _Qu'il luy donnast sa fille en mariage._ Le latin dit plus

clairement que le patrice demandoit de conduire à son maître la

princesse qui lui avoit été fiancée auparavant. «Et filiam Hludowici,

a se desponsatam, susciperet.»

_Incidence._ Loys, l'un des fils le roy Loys de Germanie, se combati en ce

temps contre les Wandres, à l'aide des Saisnes: grande occision y eut d'une

partie et d'autre, mais toutevoies il eut victoire à la parfin à grand

dommage de sa gent et à tant s'en retourna.

_Incidence._ Rolland, archevesque d'Arles, empétra en ce temps vers

l'empereur et l'empereris Engeberge, l'abbaïe de Sainct-Césaire, en l'isle

de Camarie[26]; mais ce ne fu pas sans grans dons et sans grant service:

moult estoit cette abbaïe riche et de grande possession. En icelle isle

souloient avoir ung port les Sarrasins; pourquoi y pouvoient légièrement

arriver. Un chastel y fit cest archevesque de terre tant seulement, et

quant il oï dire que Sarrasins venoient, il se mit follement dedans; car il

n'estoit né fort né garni pour luy sauver. Les Sarrasins vindrent là, de sa

gent occirent plus de trois cens, et au dernier le prindrent et le menèrent

tout loié en leur nefs, puis le mistrent à rançon qui fu tauxée à cent

cinquante livres d'argent et à cent et cinquante manteaux, et à cent et

cinquante espées, et à cent et cinquante présens sans les dons qu'il leur

donna d'autre part. Si avint qu'ainsi mourut en les nefs avant qu'il

fussent délivrés et que la rançon fust paiée; et les Sarrasins qui le

virent, findrent[27] qu'il ne povoient plus illec demourer, et hastèrent

forment ceux qui de la rançon paier s'entremestoient, s'il vouloient

recevoir leur seigneur. Et quant elle fu toute paiée sans nul deffaut, il

prirent le corps de l'archevesque tout revestu en épiscopaux garnemens si

comme il l'avoient pris, et l'assistrent en une charrette, et puis

l'emportèrent hors des nefs entre bras ainsi comme par honneur. Lors

vinrent entour luy ceux qui l'amoient, et quant il cuidèrent parler à luy

et faire joie si le trouvèrent mort. Lors l'emportèrent en terre à grans

pleurs et le mistrent en terre en ung tombel que luy-meisme avoit fait

appareiller pour luy. En ce temps fit Salmon, duc de Bretaigne[28], paix

aux Normans qui estoient sur le fleuve de Loire, et fit cueillir à ses

Bretons tout le vin qui estoit en sa partie d'Anjou[29]. L'abbé Hue et le

comte Geoffroy[30] se combatirent aux Normans, qui habitoient sur le fleuve

de Loire, et en occidrent entour soixante. En cette bataille prindrent ung

moine apostate (c'est-à-dire renoié de la foy), qui la foy crestienne avoit

déguerpie et s'estoit mis avec les Normans. Et pour ce qu'il faisoit aux

crestiens moult de mal tant comme il povoit, luy firent-il couper la teste.

[31]En ceste tempeste vinrent les Normans la seconde fois jusques à Paris,

l'abbaïe de Sainct-Germain robèrent et boutèrent le feu dedans le cellier,

et puis retournèrent tous chargiés des despoilles de ce qu'il avoient tolli

et robé. En ce temps commanda le roy Charles aux Manceaux et aux

Tourangiaus et à ceux qui habitoient delà le fleuve de Saine qu'il

fermassent les cités et fissent forteresses contre les assaulx des Normans;

et quand les Normans oïrent ce dire, il mandèrent à la gent du païs qu'il

leur donnassent une grande somme d'argent, de vins, de fourment et de

bestes, s'il vouloient avoir paix et trèves avec eux.

Note 26: _Camarie._ La _Camargue_, sur le Rhône.

Note 27: _Findrent._ Feignirent.

Note 28: _Duc de Bretaigne._ L'annaliste de Metz l'appelle _roi des

Bretons_, et il a raison. (_Note de dom Bouquet_.)

Note 29: _En sa partie d'Anjou._ «Et vinum partis suæ de pago

Andegavensi cum Britonibus suis collegit.» C'est-à-dire: Et il put

récolter, cette année, le vin des vignes plantées du côté de la Loire

qui appartenoit au territoire d'Angers, et par conséquent à ses

états. M. Guizot a rendu cette phrase ainsi: _Et il récolta le vin

des territoires qui lui appartenoient au pays d'Angers_.» La

traduction du chroniqueur de Saint-Denis est moins mauvaise.

Note 30: Le latin ajoute: «Cum Transsequanis.» C'est-à-dire: avec

ceux qui habitoient au-delà de la Seine ou jusqu'à la Loire.

Note 31: _En ceste tempeste, etc._ Cette phrase ne se trouve que dans

le manuscrit du roi des _Annales de Saint-Bertin_. On voit que les

Normands tenoient beaucoup aux celliers et aux vendanges.

En la ville de Dussy[32] estoit le roy Charles, quant il oï nouvelles par

certains messages de la mort Hermentrude, sa femme, en l'abbaïe de

Sainct-Denys en France; et léans meisme fu elle mise en sépulture. Lors

manda le roy à Theuberge, qui femme eut esté le roy Lothaire, qu'elle luy

envoiast sa fille[33] Richeut par Boson, le fils au comte Bivin, qui frère

estoit à ceste Richeut. (Une pièce de temps) la tint sans épouser, ainsi

comme concubine; (mais il l'espousa puis, si comme l'histoire le dira

ci-après). A celui Boson, son frère, donna l'abbaïe Sainct-Morize et toutes

les appartenances, et s'en ala à Ais-la-Chapelle, et mena avec luy cette

Richeut, et se hasta moult d'aler pour recevoir le remenant des hommages du

royaume Lothaire, si comme il l'avoit mandé; et fit assavoir à tous qu'il

seroit à Gondouville[34] dedans la feste Sainct-Martin pour recevoir ceux

qui à lui devoient venir de Provence et de la parfonde Bourgoigne[35]: et

quant il fu à Ais nul ne vint à luy qu'il n'eust d'abord receu[36]. De là

se départit et s'en ala à Gondouville en son palais comme il l'avoit

ordonné.

Note 32: _Dussy._ C'est _Douzy_, bourg de Champagne, près de Mouzon,

et sur la rivière du Cher.

Note 33: _Sa fille._ Le latin ne dit pas cela; mais la phrase est

obscure. «Exequente Bosone filio Bwni quondam comitis hoc missaticum

apud matrem et materteram suam Theutbergam Lotharii regis relictam,

sororem ipsius Bosonis nomine Richildem mox sibi adduci fecit, et in

concubinam accepit.» Je crois voir ici que pendant l'absence de

Boson, chargé de la mission d'annoncer à Theutherge la mort

d'Hirmantrude, Charles avoit fait venir près de lui Richilde, soeur de

Boson, et l'avoit retenue en concubinage.

Note 34: _Gondouville._ «Gundulfi-villa.» C'est _Gondreville_, dans

le pays Messin, à une lieue de Toul. Ce palais étoit situé sur la

rive droite de la Moselle.

Note 35: _De la parfonde Bourgogne._ «Et de superioribus partibus

Burgundiæ.»

Note 36: _Qu'il n'eust d'abord receu._ C'est-à-dire: Dont il n'eut

obtenu précédemment la soumission. «Nullum obtinuit quem ante non

habuit.»

Avant qu'il partist receut les messages l'apostoile Adrien. Ces messages

estoient deux évesques, l'un avoit nom Paul et l'autre Léon, et ne venoient

pas au roy tant seulement, mais aux princes et aux prélas du royaume. La

forme du mandement estoit telle que nul mortel ne fust si hardi qu'il

entrast au royaume qui jadis ot été Lothaire, et qui par droict devoit

venir en la main son fils espirituel, né qui osast né troubler né molester

les hommes du royaume, ne fortraire par promesses et par dons: et sé nul le

fesoit autrement, ce qu'il feroit ne seroit pas tant seulement anéanti par

son auctorité, ains seroit celuy qui ce feroit excommunié et dessevré de la

compagnie de saincte Églyse; et sé aucun des évesques se consentoit à luy

en taisant, si ne seroit plus appelé prestre né pasteur, mais bergier loué;

et pour ce, ne luy appartiendroit-il des brebris garder, par conséquent né

de la dignité de pasteur. Avec les messages et pour ceste besoigne meisme

vint ung autre message[37] qui avoit nom Boderas. Quand les messages

l'apostoile s'en furent partis, le roy Charles s'aperceut bien que ceux luy

avoient menti qui luy avoient fait entendant par faus messagiers que le roy

Loys, son frère, estoit ainsi comme à la mort. Lors se partit de

Gondouville, et s'en ala ès parties d'Elisse[38], pour recevoir en amour et

en concorde Hue, le fils Geuffroy, et Bernart, son fils[39]. De là s'en

retourna pour yverner à Ais-la-Chapelle, et tant y demoura que la Nativité

fu passée, en l'an de l'Incarnation huit cent soixante et dix.[40]

Note 37: _Un autre message._ Le latin ajoute: «Missus Hludowici

imperatoris venit.»

Note 38: _D'Elisse._ «In Elisacias partes.» Vers l'Alsace.

Note 39: _Son fils._ «Bernardi filium.» Bernard, fils de Bernard.

Note 40: La plupart des auteurs du IXème siècle commencent l'année à

Noël, comme notre annaliste de Saint-Bertin.

Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 11 / 369 题