M. Wallers faillit avoir une congestion.

--La fresque de Boscotrecase!... Et c'est vous qui...

--Je n'ai pas opéré moi-même, monsieur Wallers. Disons la vérité!... Le

fermier est de la _buona gente_... comme on dirait du tiers-ordre de la

Camorra... Alors, je me suis adressé à Salvatore qui a envoyé Ciccio au

fermier... Ils ont fait un petit arrangement... C'est une histoire bien

napolitaine, monsieur Wallers!

--Mais la loi...

Angelo siffla.

--La loi? Pftt!... c'est les Piémontais qui l'ont faite!... Je prends

le péché pour moi, monsieur Wallers. Soyez content. Je vous veux tant

de bien!

La passion archéologique fut plus forte que les scrupules de Wallers.

--Je ferai une communication à l'Académie, en laissant deviner ce

que je ne pourrais décrire... et sans compromettre le fermier et ce

seigneur Ciccio qui doit être une franche crapule...

--N'en doutez pas; mais, pour ses amis, Ciccio a un cœur de

gentilhomme...

--Et vous, Angelo? Que ferais-je pour vous obliger? Je suis si touché...

--L'honneur de vous servir me suffit, quoique j'aie risqué l'amende

et la prison... Pourtant, si mon bon maître me permettait d'aller

travailler quelques jours près de ma mère...

Peut-on refuser un court repos bien mérité à un homme qui, sans intérêt

personnel, a risqué l'amende et la prison? Wallers accorda les vacances

que demandait Angelo,--pour travailler! Et il fut décidé que le jeune

homme accompagnerait Isabelle et Marie, qu'effrayait le voyage en

voiture par les routes désertes de la montagne. Afin d'éviter les coups

de chaleur, la lumière aveuglante et la poussière, Angelo proposa de

partir le samedi, avant le coucher du soleil. On quitterait le train à

Vietri; on dînerait dans une osteria de campagne et la promenade, au

clair de lune, sur la route marine d'Amalfi, serait exquise.

Le samedi tant désiré arriva. Les valises étaient fermées, donna

Carmela prévenue par télégramme. Isabelle, voyant que Marie s'obstinait

à écrire des lettres interminables, déclara qu'elle allait chez M.

Spaniello.

M. Spaniello était avec Wallers, Angelo et l'abbé Masini au chantier

des fouilles, vers la porte de Nola. Isabelle s'engagea bravement dans

les ruines incendiées de lumière. Les ouvriers ceinturés de rouge,

les gamins qui portent des paniers pleins de gravats, regardaient,

avec des yeux luisants, la belle femme, en robe de mousseline. Elle

passa sur des planches branlantes, sauta un fossé, risqua la chute et

se redressa, toujours gracieuse, posant parmi les débris ses souliers

blancs comme un couple de colombes.

M. Wallers et M. Spaniello étaient dans le péristyle de la maison

nouvellement déblayée, étayée par des poutres, encombrée de cruches

et d'amphores, de corniches et de chapiteaux brisés. Une bâche

couvrait les fresques entre les demi-colonnes engagées dans le mur

du péristyle, et l'une des chambres, dont on avait refait la toiture,

était close par un volet.

M. Spaniello tenait un objet qu'il montrait à M. Wallers, et celui-ci

répétait d'une voix attendrie:

--Oui, c'est elle!... c'est bien elle!

--De qui parlez-vous, mon oncle?

Wallers se retourna.

--Tiens, Belle!... Angelo est allé te chercher... Il ne doit pas être

loin...

Un des gosses jeta sa corbeille, courut dans la ruelle et se mit à

glapir: «Don Angè-e-e!...»

Wallers ne regardait plus sa nièce.

--Oui, reprit-il, c'est bien elle!... _Venus physica_, patronne

de Pompéi, œuvre archaïsante du premier siècle avant notre ère...

remarquable par la polychromie... peut-être une réplique, en réduction,

de la Vénus à la pomme qui est au musée de Naples.

--Il y a des différences, dit M. Spaniello.

--La tunique tombe plus bas, le geste est modifié.

--On vient de trouver cette statuette, mon oncle?

--Il y a une heure.

--J'étais présent, s'écria Angelo qui arrivait sous le péristyle...

J'ai fait appeler monsieur l'inspecteur Spaniello et monsieur le

professeur Wallers, et je courais vous chercher, madame, pour montrer à

Vénus, patronne de mes aïeux, que la race des belles femmes n'est pas

éteinte.

Elle était charmante, la petite Vénus Pompéienne, et les colorations

du marbre, patiné à la cire, atténuant le caractère conventionnel

de la forme, donnaient au visage l'expression particulière d'un

portrait. La tête au front bas, aux yeux glauques, aux joues carminées,

se couronnait d'une chevelure frottée d'or. Les lobes percés des

oreilles avaient perdu leurs boucles de pierreries. Une draperie bleu

de mer, à bordure jaune rehaussée de palmettes noires, découvrait,

jusqu'au-dessous des hanches, le corps ample et délicat. Le bras droit

était replié vers la poitrine, et la main désignait le sein meurtri.

Le bras gauche, abaissé, conduisait le regard vers le ventre large et

ferme, beau comme un golfe tranquille et plus divin que le visage fardé.

--Voyez! dit Wallers... elle a les yeux obliques et le sourire pointu

des jeunes filles de l'Acropole... L'artiste qui l'a sculptée, dans un

style déjà très ancien, lui a fait un masque éginétique et une coiffure

compliquée. Mais le corps rappelle les Vénus du sixième siècle...

Il se mit à discuter avec M. Spaniello. Angelo di Toma prit la statue.

--Éginétique, alexandrine ou archaïsante, elle est bien belle et

d'heureux présage... Je salue sa résurrection et je veux lui adresser

la première prière qu'elle entendra après deux mille ans.

--Quelle prière? demanda Isabelle.

--Celle de la petite Méthé...

--Traduisez-moi la prière de la petite Méthé!

--Quand elle sera exaucée... pas avant.

Isabelle appela M. Spaniello.

--Monsieur l'inspecteur, vous qui savez tout, dites-moi la prière de la

petite Méthé à Vénus Pompéienne...

--C'est un des plus jolis graffites de Pompéi, madame. Les amoureux

écrivaient sur les murs leurs pensées intimes qui enrichissent

maintenant le Corps des Inscriptions... L'un disait: «Ma chère Sava,

aime-moi, je te prie!» L'autre: «L'amour me guide et Cupidon me

conduit! Que je meure si je souhaite d'être un dieu sans toi!...» Un

troisième: «Vous n'avez pas vu Vénus? Regardez, ma petite amie! elle

est pareille...» Un quatrième: «Bonjour, Victoria! puisses-tu, où que

tu sois, éternuer heureusement!...» Les dames s'en mêlaient, car, sur

une muraille, on peut lire cette franche déclaration: «Serena en a

assez d'Isidore!...»

--C'est drôle!... Et la petite Méthé?

--C'était une joueuse d'atellanes, quelque chose comme une petite

femme de café-concert... Elle déclare à la déesse qu'elle aime un

certain Chrestus «de tout son cœur». Et elle ajoute: «_Sit eis Venus

Pompeiana propitia et semper concordes vivant!_» C'est-à-dire: «Que

Vénus Pompéienne à tous deux soit propice, et qu'ils vivent toujours

unis...» Elle devait être charmante, cette petite Méthé!

Isabelle resta pensive.

--Je vais porter la statue à monsieur le directeur des fouilles, dit

M. Spaniello en prenant la Vénus qu'il coucha sur son bras, comme une

poupée...

--Alors, nous ne verrons pas les jardins?

--Il y en a un, tout à côté, que vous ne connaissez pas. Il est à peine

déblayé...

M. Wallers se plaignait d'une migraine commençante. Il partit pour

se reposer à l'auberge, tandis qu'Angelo, Isabelle et l'inspecteur

passaient dans la cour voisine. Entre les colonnes du péristyle,

pleines et stuquées, ornées de rosaces au compas, le relief du petit

jardin antique apparaissait: des plates-bandes minuscules, bordées

de briques pilées et agglomérées, peintes en rouge. M. Spaniello fit

remarquer à Isabelle les trous laissés par les racines, dans la cendre

durcie...

--Les racines, en se consumant, ont formé des creux où je fais couler

du plâtre qui restitue leur forme exacte, de la même manière qu'on a

obtenu les moulages humains qui sont au musée... J'identifie la plante.

Je remets de la terre végétale sur les parterres et je remplace le

myrte par le myrte, et le rosier par le rosier...

Il ramassa un tesson de pot comme un trésor... Angelo murmura dans le

cou d'Isabelle:

--Que vous êtes jolie, aujourd'hui!... Tous les jours vous croissez en

beauté...

--Taisez-vous!

--J'ai beaucoup étudié la flore classique, reprit M. Spaniello; d'abord

par le moulage et l'examen des racines, ensuite par la comparaison

avec les plantes peintes sur les parois des maisons... Les peintures

décoratives comportent un certain nombre de paysages, des jardins

avec des colonnades, des terrasses, des kiosques de style exotique,

des portiques et des jets d'eau... J'y ai trouvé l'oléandre à fleur

rouge, le myrte, le narcisse, l'anémone et surtout la magnifique

plante architecturale, l'acanthe des chapiteaux. _Acanthus mollis_...

Les descriptions que Pline a faites de ses deux villas m'ont aidé à

connaître l'art antique de l'horticulture, et je n'ai pas de plus vive

ambition, de plus chère gloire, que d'être appelé le «Jardinier de

Pompéi».

Il s'enthousiasma, décrivant la beauté des jardins, au printemps,

quand la Maison du Centenaire est toute bleue de violettes et de

pensées, quand le crocus safrané de Proserpine enflamme le seuil de

Marcus Lucretius. En été, les lys de Virgile fleurissent de leur

blancheur pure le jardin des _Amours dorés_, parmi les stèles de marbre

blanc, sous les masques blancs pendus entre les colonnes; et, tout

autour d'eux, foisonnent les plantes symboliques que le maître de la

maison eût choisies pour l'autel d'Isis.

--Maintenant, j'étudie les variétés diverses des roses et je

m'occupe de replanter le bois sacré des chênes, autour du temple

d'Hercule... Nous reconstituons aussi les pergolas, et celle de la

maison de Salluste possède une jeune vigne qui donne les plus belles

espérances... Nous la verrons un autre jour... Il faut que je me hâte

pour trouver mon directeur. Mais peut-être monsieur di Toma guidera

madame...

--Eh bien, dit Angelo, allons chez Salluste! Nous avons plus d'une

heure avant le départ.

Isabelle réfléchissait...

--Ma cousine m'attend.

--Qui parle de votre cousine? Laissons-la où elle est, votre cousine!

Est-ce qu'elle est chargée de vous surveiller?... A Ravello, elle sera

toujours entre vous et moi...

Isabelle se décida à le suivre. Ils remontèrent vers la porte

d'Herculanum et, dans une petite rue, un gardien leur ouvrit la maison

de Salluste. Angelo fit admirer à Isabelle le grand péristyle, le

jardin tout en fleur devant la fresque qui représente Actéon et Diane,

et le _tablinum_ ou petit salon à parois de faux marbre, dans les tons

rose, vert et jaune.

Isabelle était de plus en plus distraite. Elle considéra Europe sur le

taureau, Phrixus et Hellé, Mars et Vénus entourés de petits Amours,

puis elle bâilla et se plaignit de la chaleur.

--Il faut voir le second jardin.

--Non. Je veux rentrer...

Le gardien, tenant les clefs, avait rejoint un camarade dans la rue de

Mercure. Angelo supplia:

--Madame Isabelle, restez encore un peu... Voyez comme le jardin du

fond est joli, avec son portique et sa vigne qui grimpe... Jetez

seulement un regard!

Elle traversa le tablinum à ciel ouvert et se trouva dans le jardinet

qui forme une longue bande fleurie, entre les colonnes blanches du

portique et le mur de la maison mitoyenne. Le triclinium d'été était

encore visible, avec ses trois lits de pierre et le support de la

table disparue. A l'autre bout du jardin, une citerne élevait sa haute

margelle de tuf, parmi les iris et les acanthes.

Dans l'anneau obscur du puits, l'eau, sertie de gluantes mousses,

offrait au ciel son petit miroir sans frissons, coloré d'un beau bleu

turquin où brillait l'ourlet écumeux d'un nuage. Une tête féminine,

auréolée de broderies, interposa son reflet sombre entre le ciel

et le disque d'eau souterraine. Elle demeura un instant solitaire

et tranquille, puis elle s'agita, comme pour exprimer le doute et

la dénégation. Enfin, elle s'inclina de côté, dans une attitude

mélancolique... Alors, une autre tête, virile, jeune, coiffée de

cheveux courts et bouclés se dessina sur l'écran liquide. La tête de la

femme s'écarta, disparut, et, quand elle reparut, elle avait changé de

place: elle projetait son reflet tout près du reflet de l'homme. Les

cheveux courts, les volants du chapeau, s'effleurèrent, se séparèrent,

se rapprochèrent, se confondirent,--et la citerne de Salluste refléta

un baiser, un immobile baiser à bouches jointes, si long que le nuage

put glisser et s'évanouir avant que les lèvres des amants fussent

désunies.

Ainsi, Vénus Pompéienne qui veut les passions brusques, les gestes

décisifs et les dénouements rapides, exauça la prière d'Angelo.

Naguère, Angelo avait cru aimer Marie et ne pas lui déplaire,

car il était persuadé, comme tous les méridionaux, qu'une femme

jeune, en acceptant la compagnie d'un homme jeune, lui donne un

encouragement positif. A Naples, où le bas peuple suit ses instincts,

où l'aristocratie s'affranchit déjà des traditions, la bourgeoisie

se souvient encore du gynécée antique et de la duègne espagnole. Les

jeunes femmes, plus surveillées qu'en France, par des pères et des

maris jaloux, n'ont aucune relation avec les hommes qui ne sont pas

de la famille. La camaraderie, l'amitié platonique, le flirt, restent

inconnus à cet honnête petit monde. On y parle beaucoup d'amour et

de passion, mais la vertu, de force ou de gré, reste sauve, et les

jeunes gens doivent chercher bonne fortune ailleurs... Angelo, artiste

et beau garçon, avait eu des succès parmi ses modèles qui n'étaient

pas toujours des modèles professionnels, parmi les danseuses de San

Carlo, parmi les pensionnaires cosmopolites de donna Carmela. Il avait

séduit, non sans risques, deux ou trois petites ouvrières folles

de lui, après une cour interminable et une stratégie compliquée...

Jamais il n'avait imaginé la possibilité d'une liaison platonique!...

Déçu par Marie et repoussé, il avait cru, de bonne foi, qu'une prude

hypocrite et coquette s'était jouée de lui, et il avait senti l'injure,

profondément... Certes, il se vengerait, d'une façon raffinée et

subtile. Il prouverait à l'orgueilleuse Française qu'un di Toma se

console aisément de ses mépris, et, puisque la cousine Van Coppenolle

allait venir, on la recevrait, à la mode napolitaine, la cousine Van

Coppenolle! Et la rousse paierait pour la blonde!...

Elle arriva, la belle rousse, la belle bacchante de Rubens, brillante

de gaieté, mille fois plus femme et plus désirable que madame

Laubespin--la madone de plâtre!--Angelo, en la revoyant, se rappela

qu'elle l'avait déjà troublé... Par jeu, le séducteur machiavélique

avait préparé une sérénade... Son cœur chantait plus haut que la

guitare, ce soir-là! Quand les roses tièdes lui tombèrent sur la

figure, Angelo comprit que la comédie était terminée et qu'il s'était

pris à son propre piège... Dès le lendemain, il était fou de madame Van

Coppenolle, et «bonne nuit» pour madame Laubespin, cette poupée! Libre

de regret, sinon de rancune, il recommençait la délicieuse guerre de

la conquête... Promenade à Castellamare, voyage à Naples, causeries,

lettres pleines de fleurs effeuillées... Isabelle en avait ri, d'abord.

Elle riait moins gaiement, à la fin de la première semaine. Le

quinzième jour, elle ne riait plus du tout. Elle se souvenait de ses

plaisanteries à propos du Napolitain «bien gentil, un peu rasta», et

elle sentait, avec un peu de honte, que le Napolitain ne lui répugnait

pas. Il était plus agréable à voir, et à entendre de près, que bien

des Français et des Belges, y compris Frédéric Van Coppenolle... Et

puis, la fête nocturne, le feu d'artifice, la sérénade, tout le côté

«opéra-comique» de l'aventure, tout ce qui eût excité, à Paris, les

railleries d'Isabelle, éveillait en elle une lointaine sentimentalité,

héritage des aïeules romantiques... Les jours trop bleus, les nuits

trop chaudes, le lit solitaire, la jeunesse inutile, l'amour qui

guette, l'atmosphère de sensualité païenne autour de Pompéi, imposaient

un trop rude effort à la vertu désenchantée de madame Van Coppenolle...

Elle perdait le sommeil; elle s'évertuait au remords anticipé pour se

dégoûter de la tentation.

Plus elle pensait à son mari, parfait et infaillible, plus Angelo,

le fantaisiste Angelo, lui semblait aimable, avec sa nonchalance,

son inconscience, sa câlinerie, ses yeux de prince arabe, ses mains

brunes qui sentaient la cigarette, sa bouche ferme et fine, aux coins

aigus... Ah! ce n'était pas un artiste de génie, ce n'était pas même

un homme sérieux. C'était un jeune homme, un amant, et rien de plus...

Mais, précisément, à cette heure de sa vie, madame Van Coppenolle ne

souhaitait rien de plus qu'un tendre et beau jeune homme à chérir...

Et maintenant?... Maintenant, le débat s'achevait, après les suprêmes

résistances et les suprêmes prières. Isabelle et Angelo buvaient leur

baiser comme pour se désaltérer d'une soif de cent ans... Les grandes

phrases étaient finies. Il n'y avait plus, dans le jardin de Salluste,

qu'un jeune homme et une jeune femme, embrassés, bienheureux, et qui

rentraient dans la simplicité de la nature.

... Il était parti, le premier, pour la précéder à l'auberge, quand

elle traversa les rues de Pompéi, gênée par le coup d'œil d'un vieux

gardien, par le sourire de Gramegna, par l'admiration évidente des

touristes américains. Combien alors elle appréhendait les regards de

Wallers et de Marie!... Verraient-ils sur ses joues chaudes et sa

bouche froissée la meurtrissure voluptueuse? Comprendraient-ils qu'elle

ne s'était pas donnée, mais qu'elle s'était promise?

Elle entra dans la cour, les genoux tremblants, la gorge serrée.

_Il_ n'était pas là. Pourtant, le cocher plaçait les valises dans

la voiture. Marie, en peignoir, nu-tête, racontait quelque chose...

Wallers indisposé... une insolation... aucun danger... Isabelle

s'éveilla d'un songe:

--Mon oncle est malade? Alors, on ne part pas?

--Je viens de t'expliquer que tu pars, toi seule, avec Angelo. Je vous

rejoindrai après-demain. Une voiture vous attend à Vietri, madame

di Toma serait inquiète de la voir revenir à vide. Impossible de

télégraphier. La dépêche serait distribuée demain matin...

Marie parle, Isabelle écoute et approuve. Elle n'a plus de volonté...

On veut qu'elle s'en aille? Elle s'en ira où la fatalité la mène...

Incapable de raisonner, elle conserve tout juste la lucidité qu'il lui

faut pour ne pas se trahir.

Angelo sort de la maison et dit que M. Wallers repose... Il prend la

main d'Isabelle:

--Montez, madame! Nous n'avons plus que cinq minutes...

Marie envoie un baiser:

--A bientôt, Belle!... Je ne tarderai pas. Amuse-toi beaucoup et sois

sage! Ne te laisse pas enlever par monsieur di Toma!... Veillez sur

Isabelle, monsieur Angelo, je vous la confie.

Et la voiture roule, en tressautant sur les dalles.

La douceur de vivre · 第 45 / 63 题