Or, en présence de ces vérités, Messieurs, quels sont nos devoirs, à
nous qui vous parlons, à vous, nos auditeurs ou nos amis? N’est-ce pas,
comme nous l’avons dit en commençant, de pratiquer tout l’Évangile, avec
un cœur nouveau; puis de donner notre vie et nos forces à la propagation
de l’Évangile, au triomphe de la croix?
Et nous d’abord qui vous parlons, qu’avons-nous entrepris? Qu’est-ce que
l’Oratoire?
L’Oratoire est un lieu de prière, d’étude dans la prière, et de
propagation évangélique par la parole et par la plume.
Laissez-moi vous parler un peu, Messieurs et frères de cet Oratoire, de
ce faible germe qui cherche à vivre, que vous semblez aimer, et bénir de
votre présence et de votre prière. Je vous en parlerai fort librement, à
cœur ouvert, comme de l’œuvre d’autrui; or il semble que c’est une œuvre
que Dieu opère, et que nous regardons du dehors comme vous. Si jamais
j’ai dû comprendre cette parole de saint Paul: «Nous, nous sommes créés
en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres que Dieu prépare, pour que nous
marchions à sa suite,» c’est bien en présence du spectacle de cette
petite œuvre naissante. Dieu a tout préparé, et quelques hommes ont
suivi timidement, imparfaitement, de loin. Il a voulu en bien des
circonstances paraître clairement à nos yeux, agir lui-même pour tout
conduire, tout commencer. Et d’abord, Il prépare notre idée, nous
l’avons vu, depuis un demi-siècle, et l’inspire à tous les penseurs
chrétiens, aux prêtres, aux religieux, que les besoins urgents du
sacerdoce n’emportent pas tout entiers dans l’action. Quant à nous, qui
sommes un très petit groupe dans l’ensemble, Lui qui s’occupe des
détails comme du tout, et des moindres choses comme des grandes, Lui,
dis-je, s’est occupé de nous aussi. Dieu prépare depuis bientôt trente
ans, vingt ans, dix ans, les divers membres de ce groupe à s’unir pour
travailler à la grande idée de ce siècle. Dieu a voulu l’existence de ce
petit centre, de ce petit sanctuaire d’étude et de prière uniquement
fondé sur cette pensée, livré à cette idée de la Croix du Sauveur, comme
centre et source de lumière.
C’est donc l’œuvre de Dieu, je ne saurais le mettre en doute. Seulement
nous pouvons laisser périr l’œuvre de Dieu par notre orgueil, notre
lâcheté, notre inintelligence, notre incapacité; ce qui arriverait
évidemment, par le fait même, si nous avions le malheur d’épuiser la
première sève de l’Oratoire naissant en quelque œuvre particulière et
secondaire; si nous n’appliquions pas toutes nos pensées à cette science
de la croix, qui est la propre science du Prêtre: _labia enim sacerdotis
custodient scientiam_; si enfin nous ne savions pas concentrer toujours
nos forces vives dans l’essence même de l’Oratoire, qui n’est autre que
l’essence même du sacerdoce, la Prière et la Prédication de l’Évangile:
_Nos autem orationi et ministerio Verbi instantes erimus._ Retenez bien,
Messieurs, cette restriction. Mais, grâce à Dieu, cette œuvre est une
plante que le Père céleste a plantée. Voici donc ce que nous pouvons
dire du but intellectuel de notre œuvre; je dis le but intellectuel, car
il s’agit de l’essence même de l’Oratoire, tout est dans ce seul mot:
_Nos autem orationi et ministerio Verbi instantes erimus._