VII

Or, en présence de ces vérités, Messieurs, quels sont nos devoirs, à

nous qui vous parlons, à vous, nos auditeurs ou nos amis? N’est-ce pas,

comme nous l’avons dit en commençant, de pratiquer tout l’Évangile, avec

un cœur nouveau; puis de donner notre vie et nos forces à la propagation

de l’Évangile, au triomphe de la croix?

Et nous d’abord qui vous parlons, qu’avons-nous entrepris? Qu’est-ce que

l’Oratoire?

L’Oratoire est un lieu de prière, d’étude dans la prière, et de

propagation évangélique par la parole et par la plume.

Laissez-moi vous parler un peu, Messieurs et frères de cet Oratoire, de

ce faible germe qui cherche à vivre, que vous semblez aimer, et bénir de

votre présence et de votre prière. Je vous en parlerai fort librement, à

cœur ouvert, comme de l’œuvre d’autrui; or il semble que c’est une œuvre

que Dieu opère, et que nous regardons du dehors comme vous. Si jamais

j’ai dû comprendre cette parole de saint Paul: «Nous, nous sommes créés

en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres que Dieu prépare, pour que nous

marchions à sa suite,» c’est bien en présence du spectacle de cette

petite œuvre naissante. Dieu a tout préparé, et quelques hommes ont

suivi timidement, imparfaitement, de loin. Il a voulu en bien des

circonstances paraître clairement à nos yeux, agir lui-même pour tout

conduire, tout commencer. Et d’abord, Il prépare notre idée, nous

l’avons vu, depuis un demi-siècle, et l’inspire à tous les penseurs

chrétiens, aux prêtres, aux religieux, que les besoins urgents du

sacerdoce n’emportent pas tout entiers dans l’action. Quant à nous, qui

sommes un très petit groupe dans l’ensemble, Lui qui s’occupe des

détails comme du tout, et des moindres choses comme des grandes, Lui,

dis-je, s’est occupé de nous aussi. Dieu prépare depuis bientôt trente

ans, vingt ans, dix ans, les divers membres de ce groupe à s’unir pour

travailler à la grande idée de ce siècle. Dieu a voulu l’existence de ce

petit centre, de ce petit sanctuaire d’étude et de prière uniquement

fondé sur cette pensée, livré à cette idée de la Croix du Sauveur, comme

centre et source de lumière.

C’est donc l’œuvre de Dieu, je ne saurais le mettre en doute. Seulement

nous pouvons laisser périr l’œuvre de Dieu par notre orgueil, notre

lâcheté, notre inintelligence, notre incapacité; ce qui arriverait

évidemment, par le fait même, si nous avions le malheur d’épuiser la

première sève de l’Oratoire naissant en quelque œuvre particulière et

secondaire; si nous n’appliquions pas toutes nos pensées à cette science

de la croix, qui est la propre science du Prêtre: _labia enim sacerdotis

custodient scientiam_; si enfin nous ne savions pas concentrer toujours

nos forces vives dans l’essence même de l’Oratoire, qui n’est autre que

l’essence même du sacerdoce, la Prière et la Prédication de l’Évangile:

_Nos autem orationi et ministerio Verbi instantes erimus._ Retenez bien,

Messieurs, cette restriction. Mais, grâce à Dieu, cette œuvre est une

plante que le Père céleste a plantée. Voici donc ce que nous pouvons

dire du but intellectuel de notre œuvre; je dis le but intellectuel, car

il s’agit de l’essence même de l’Oratoire, tout est dans ce seul mot:

_Nos autem orationi et ministerio Verbi instantes erimus._

Les Sources · 第 56 / 138 题