«Vérone, 7 novembre 1822.
«Le départ subit d'un courrier me laisse à peine le temps de vous
dire que j'ai enfin reçu un mot de vous daté du 28 octobre. Il est
bon et me console de ce long silence; c'est à vous de prononcer. Le
congrès sera court, mais je reste si vous faites le voyage. Ainsi,
décidez.»
LE VICOMTE MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.
«Vérone, ce 12 novembre 1822.
«J'ai reçu votre petite lettre, aimable amie, et l'expression de
votre juste douleur sur la mort de ce grand talent si simple et si
honnête homme. J'ai encore pensé à lui à cause de vous, et il me
revient de tous côtés, et spécialement par le duc de Laval, des
détails intéressants sur les profonds regrets qu'il inspire.
«Je vous envoie un éloge italien qui a été prononcé à Venise, le
jour même de ses funérailles.
«J'avais espéré le porter moi-même, et du moins je comptais le
suivre de près; mais rien n'est désolant comme ces lenteurs
perpétuelles des affaires. Il me tarde de causer avec vous de bien
des choses qui ne peuvent se traiter en correspondance. Mes
rapports avec le dernier arrivant sont toujours bons et, dans tout
ce qui tient à moi, je ne puis pas m'en plaindre: je lui ai montré
constamment de la confiance, et il y a répondu par des manières et
une conversation assez abandonnée, qui ne me permettent pas
d'admettre le soupçon qu'il puisse écrire, à vous ni à personne,
dans un autre sens; ce serait un acte de fausseté dont je le crois
incapable. Mais je n'aime pas beaucoup la position générale où il
s'est placé ici: de la roideur et de la sauvagerie qui mettent les
autres mal à l'aise avec lui et compliquent des rapports qu'il
faudrait au contraire simplifier. Je ne néglige rien pour qu'à mon
départ surtout, il s'en établisse de plus faciles entre ses
collègues et lui. Mais encore une fois, nous nous quitterons aussi
amis que nous l'étions avant ceci. J'ai idée qu'il doit beaucoup
s'ennuyer, d'après le genre de vie qu'il s'est arrangé, et je ne
sais s'il trouve son grand désir de venir au congrès parfaitement
justifié par le succès. Du reste, nous parlons peu de vous: c'est
notre usage, comme vous savez; cependant je lui ai dit ce matin que
je vous envoyais un éloge de Canova, et il m'a répondu qu'il vous
avait aussi écrit.
«Je serai plus heureux que lui en vous revoyant plus tôt. Je
voudrais bien en être là. Adieu, aimable amie; je suis très-touché,
très-reconnaissant de ce que vous me dites de votre aimable amitié;
la mienne y répond profondément.»