«Vérone, 17 octobre au matin.
«Je suis arrivé hier ici: j'y avais été précédé de deux jours par
M. de Chateaubriand avec qui le premier abord a été fort gracieux.
J'espère que nous nous maintiendrons sur le même pied; c'est tout à
fait mon projet qui, j'imagine, entre dans les siens. Ce n'est pas
que nos diplomates français de différentes classes ne le trouvent
singulièrement renfrogné et renfermé dans un excès de réserve
politique. Vous savez qu'il lui arrive souvent d'être peu aimable
pour ceux à qui il ne désire pas immédiatement plaire. J'imagine
qu'il réserve tous ses frais de coquetterie, en l'absence de
certaine dame, pour les souverains qui sont déjà ici nombreux;
surtout pour un empereur[61] qu'il doit voir incessamment. Je
serais curieux de savoir ce qu'il mandera d'ici à l'Abbaye-au-Bois;
mais vous ne voudriez pas que je fisse usage des priviléges de la
diplomatie au point de satisfaire complétement ma curiosité. J'ai
toujours l'espérance de le laisser d'ici à une quinzaine de jours
s'évertuer seul, ou du moins avec ses deux collègues, et d'aller
moi-même vous porter de ses nouvelles. Il a bien fallu lui demander
des vôtres, quoique nous goûtions peu tous les deux ce sujet de
conversation. Il m'a dit que vous étiez assez bien portante,
lorsqu'il est parti le 5. J'ai beaucoup approuvé en moi-même que
vous n'eussiez pas quitté votre séjour champêtre de la belle
Vallée[62], et que vous fussiez seulement venue lui faire quelques
visites à Paris.
«Adieu, bien aimable amie; j'imagine que c'est chez vous que
Sosthènes, qui me parle de lui, l'aura rencontré. Confirmez-lui la
nouvelle de nos bons rapports ensemble.»