LE MÊME.

«Mardi 20 août 1822.

«Hyacinthe ne revient pas. On le garde peut-être pour m'apporter

une réponse définitive. Ah! puisse-t-elle me rappeler auprès de

vous. J'ai reçu du roi de Prusse une lettre et une boîte avec son

portrait enrichi de diamants. Voici ce que M. de Bernstorff m'écrit

en même temps: _si la perspective que votre cour vous nommât pour

le prochain congrès venait à se réaliser, le roi aurait un plaisir

très-véritable à vous y rencontrer. Je ne crois pas avoir besoin de

dire à Votre Excellence que ma satisfaction en serait extrême; il

n'est point d'augure qui me paraîtrait plus favorable pour le

succès des travaux de ce congrès_.

«Faites usage de cela selon votre sagesse. Vous savez que Pozzo va

au congrès; c'est encore en ma faveur. Si la Russie envoie au

congrès son ambassadeur en France, la France peut bien envoyer à ce

même congrès son ambassadeur en Angleterre. Les chances sont ici

pour le duc de Wellington, mais il paraît lui-même faire des

difficultés ou imposer des conditions. On vous dira que je suis

utile ici; repoussez cela comme une absurdité. Jamais ambassadeur

étranger n'a influé sur _un choix_ en Angleterre, et les gazettes

diront tout ce que je puis dire.

«Vraiment, je rabâche, et je vous assomme de ce congrès. Mais, dans

le fond, tout est là pour moi. Villèle est toujours très-bien dans

la question; il me fait dire _qu'il ne pense qu'à moi_. Cela est-il

vrai? Je ne suis pas dans le coeur de l'homme et je ne puis dire que

ce que je vois. Ah! si je vous voyais dans huit jours! Cela se

peut, quel bonheur!

«Quelle horreur que cette mort! J'ai assisté ce matin aux

funérailles[58]. Vos amis les radicaux ont insulté le cadavre. Le

peuple a été très-décent. J'ai vu pleurer le duc de Wellington.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (1/2) · 第 125 / 142 题