«Vendredi 12 juillet 1822.
«Allons! j'aime mieux savoir votre folie que de lire des billets
mystérieux et fâchés. Je devine ou je crois deviner maintenant.
C'est apparemment cette femme dont l'amie de la reine de Suède vous
avait parlé? Mais, dites-moi, ai-je un moyen d'empêcher Vernet,
Mlle Levert qui m'écrit des déclarations, et trente artistes,
femmes et hommes, de venir en Angleterre pour chercher à gagner de
l'argent? Et si j'avais été coupable, croyez-vous que de telles
fantaisies vous fissent la moindre injure, et vous ôtassent rien de
ce que je vous ai à jamais donné? On vous a fait mille mensonges;
je reconnais là mes bons amis. Au reste, tranquillisez-vous: la
dame part et ne reviendra jamais en Angleterre; mais peut-être
allez-vous vouloir que j'y reste à cause de cela? Soin bien
inutile, car quel que soit l'événement, congrès ou non congrès,
ministère ou non ministère, je ne puis vivre si longtemps séparé de
vous, et je suis déterminé à vous voir à tout prix.
«Je n'écris jamais à Bertin; Laborie quelquefois remet une lettre
de moi à Villèle, et je ne m'explique de rien avec lui. Je désire
toujours le congrès, quelle que soit la chose traitée, parce que je
suis sûr de m'y faire honneur, et de n'agir que dans l'opinion de
la France. Je suis sûr que c'est la meilleure marche pour moi;
c'est par là que je puis arriver au ministère. Vous vous flattez en
vain, et on se trompe, et on vous trompe, si l'on vous fait
entrevoir qu'il y a un moyen plus prompt d'arriver. Je veux certes
bien le moyen le plus prompt, mais je n'y crois pas. Enfin, je suis
sur tout cela fort paisible. J'ai un plan fixe dans ma tête: à
présent que j'ai montré que je pouvais réussir sur un grand théâtre
d'affaires et de politique, mon amour-propre est en sûreté, et je
n'aspire qu'à vivre en paix auprès de vous. À la moindre chicane,
je prendrai mon parti. Je ne dis pas cela; je ne menace pas, je
suis cordial et ami dans ma correspondance, mais je guette
l'occasion; si on me l'offre, je la saisirai.
«Tandis que vous me faites une querelle d'Allemand pour je ne sais
qui, Mme de D... me tourmente pour l'Abbaye. Sur ce point, je me
sens coupable. Récompensez-moi donc, par de douces paroles et un
aveu de vos injustices, des maux que vous me faites souffrir. Tant
que je vivrai, je vivrai pour vous.»