«Berlin, 23 janvier 1821
«Depuis que je suis parti, je n'ai reçu qu'une lettre de vous...
mais que servent les plaintes? Laissons donc le passé et parlons de
l'avenir.
«Au moment où je vous écris, l'affaire de Laybach doit être décidée
pour moi, et l'on doit avoir résolu affirmativement ou négativement
la question de mon voyage à la suite du roi. Si le voyage n'a pas
lieu, songez au congé. Le temps marche; nous serons déjà au mois de
février, lorsque vous recevrez cette lettre. Je suis absolument
perclus. Le climat me fait un mal affreux. Tout est toujours et
sera toujours ici comme je vous l'ai mandé dans ma dernière lettre:
même grâce de la cour, même bienveillance au dehors, rien de plus.
Excepté les jours de réunions _obligées diplomatiquement_, je vis
dans la plus profonde solitude; et comme je souffre, je ne puis
même travailler. Au reste, je sais déjà mon métier, et je vous
assure que c'est chose aisée. Je connais trente imbéciles qui
seraient d'excellents ambassadeurs. Dites souvenirs et amitiés à
Mathieu. Mme de Chateaubriand se plaint qu'elle ne voit aucun de
mes _prétendus_ amis, c'est son mot, tandis que la petite
opposition la soigne et ne la quitte pas. C'est une gaucherie et
une ingratitude de nos amis, mais je m'y attendais. J'espère demain
une lettre de vous.»