«Berlin, samedi 13 janvier 1821.
«Je suis arrivé jeudi matin ici: j'ai été désolé de ne pas pouvoir
vous écrire de la route aussi longuement que je l'aurais voulu. La
crainte que le roi ne fût parti pour Laybach avant mon arrivée à
Berlin m'a fait précipiter mon voyage, et ne m'a pas laissé un
moment. J'ai passé entières les quatre dernières nuits. Me voilà
arrivé au milieu des plaisirs du carnaval; quand ce temps sera
passé tout retombera dans le silence, et comme je souffre beaucoup,
ces joies d'un moment n'existeront pas même pour moi.
«J'attends les promesses de mes amis, et c'est sur vous que je
compte pour les obliger de les remplir. D'ailleurs, s'ils
manquaient de parole, j'aurais bientôt pris mon parti.
«Je crains bien d'être peu utile ici: il n'y point d'affaires; j'ai
écrit hier ma première lettre officielle. Vous devez croire avec
quelle impatience j'attends de vos nouvelles: je me figure des
choses étranges. Me voilà dans l'ombre! tant mieux si l'on a
beaucoup de gens qui servent mieux que moi.
«Je n'ai point encore vu M. d'Alopéus[40] à qui j'ai porté votre
lettre. Il donne ce soir une grande fête où se trouve la famille
royale, mais je ne puis y assister parce que je n'ai point encore
vu le roi. Je lui serai présenté lundi ou mardi. Je vais écrire à
Mathieu.
«Le courrier est arrivé, mais il était du 2, lendemain de mon
départ, et il ne m'a rien apporté de vous.»