«Vendredi matin, 30.
«Mme de Chateaubriand s'oppose. Elle dit qu'elle a pensé mourir à
Bruxelles et à Gand; que moi-même j'y ai été extrêmement malade; et
qu'au moins, puisqu'il s'agit d'_un exil_, il faut que cet exil
soit agréable. Je ne crois pourtant pas impossible de la ramener,
mais alors ce sont nos amis qui doivent se charger de ce travail.
Quant à moi, je n'y puis rien, et je ne veux pas même insister
puisqu'il s'agit d'une autre destinée que la mienne.
«Vous sentez bien que de mon côté je n'ai pas la tête tournée de la
proposition; mais je ferai ce que voudront ma femme et mes amis.
Cependant il y a un point sur lequel je ne serai jamais d'accord.
Je veux, si la chose a lieu, que le ministère d'État me soit rendu
le jour que l'on me donnera l'ambassade, et que les deux
ordonnances paraissent ensemble dans le _Moniteur_. Je regarde mon
honneur engagé à cela. Je ne demande pas que le ministère d'État
soit rendu le premier, ce qui devrait être (je sens bien que les
ministres seraient embarrassés de la réparation), mais je demande
que la _place_ arrive avec l'autre _place_, parce que j'ai le droit
de vouloir que le ministère d'État ne soit pas une _conséquence_ de
l'ambassade, mais simplement une chose que l'on me rend comme on me
l'avait ôtée. J'ai bien réfléchi à ce que vous m'avez dit, si je
refusais tout. Plus j'y pense, moins je m'effraie. Je trouve la
place que j'ai excellente; je consens très-volontiers à n'être
jamais autre chose que ce que je suis. Je ne demande rien, je ne
sollicite rien; je ne veux mettre ni passion, ni orgueil, ni
taquinerie à refuser, mais aussi je sentirai une vraie joie le jour
où il sera arrêté que je ne suis bon à rien et qu'il faut me
planter là. Voilà bien de longs raisonnements; mille excuses et
mille hommages.»