(28 juillet 1797).
_Au directoire exécutif._
Je vous envoie, citoyens directeurs, la lettre que m'écrit le général
Clarke: son secrétaire de légation est parti pour Vienne.
Toujours rien de nouveau sur les négociations; il est impossible de se
moquer de nous avec aussi peu de prudence.
Il y a beaucoup de fermentation dans les états de Piémont, je ne sais
pas trop comment cela finira; nous ne nous mêlons de rien.
Je fais jeter un pont sur l'Isonzo, j'en fais fortifier les deux têtes,
et je prends toutes les mesures, afin de faire voir aux ennemis que nous
ne craignons pas la guerre, et que nous sommes prêts à la recommencer.
Si la guerre recommence, il faudra faire en sorte que l'armée du
Rhin-et-Moselle et celle de Sambre-et-Meuse n'en fassent qu'une, afin
que l'ennemi se trouve entre l'armée d'Italie et celle-là.
L'armée du Rhin, qui a déjà six mille hommes de cavalerie, se
trouverait, avec les douze mille de l'armée de Sambre-et-Meuse, en avoir
dix-huit mille. L'infanterie de l'armée de Rhin, jointe à celle de
Sambre-et-Meuse, ferait une armée immense. Si vous voulez me faire
passer quatre nouvelles demi-brigades avec trois mille hommes de
cavalerie, je vous promets d'être dans Vienne aux vendanges, de me
réunir sur le Danube avec l'armée du Rhin et de faire boire du vin de
Tockai aux paysans hongrois.
Nos troupes sont arrivées à Corfou, et y ont été reçues avec le plus
grand plaisir. On se souvient encore en Albanie et en Grèce, de Sparte
et d'Athènes. J'ai déjà quelques correspondances avec les principaux
chefs du pays, et la Grèce pourrait peut-être renaître de ses cendres.
Les députés suisses sont venus me trouver, nous nous sommes quittés fort
bons amis.
Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, Bologne, Ferrare et la
Romagne sont réunis à la république cisalpine. Mais j'ai pris le _mezzo
termine_ de ne pas m'en mêler. Je vous envoie l'arrêté du directoire
exécutif de la république cisalpine.
Si les choses se rompent, nous pourrions conclure un traité d'alliance
avec la république de Gênes, qui nous fournirait trois mille hommes
d'infanterie, trois cents hommes de cavalerie et six pièces de canon
attelées, ce qui est toujours un très-bon secours dans l'immense
carrière que je puis avoir à parcourir.
Je vous envoie la lettre que je voulais écrire à l'empereur, et que je
voulais envoyer par un de mes aides-de-camp.
Mais tout ce qui arrive à Paris m'a fait craindre que l'on ne s'amusât à
gloser sur cette démarche.
Le brave général Desaix est venu voir l'armée d'Italie. Ce qu'il m'a dit
de la situation de l'armée du Rhin n'est point du tout rassurant.
Quant à l'armée d'Italie, je vous assure qu'elle est digne de la
république, et que, si les choses se rompent, les Autrichiens le
paieront.
Le général Augereau est parti hier pour Paris, où il m'a demandé à aller
pour des affaires particulières. Je profite de cette occasion pour vous
envoyer les adresses des divisions de l'armée.
Ces braves soldats ne reposent leur confiance que dans le gouvernement.