Au quartier-général à Milan, le 5 thermidor an 5 (23 juillet 1797).
_Au général Clarke._
Je partais lorsque j'ai reçu votre courrier: Gallo et Baptiste
n'étant plus à Udine, Meerveldt n'ayant aucun pouvoir, et leur note
caractérisant à chaque ligne leur mauvaise foi, je ne vois aucune
utilité dans mon voyage à Udine: tandis que le nouveau gouvernement de
ce pays-ci, les affaires du Piémont, celles des Grisons, rendent ma
présence à Milan plus utile.
Je vous fais passer copie de la lettre que j'écris au directoire
exécutif.
Je pense que nous n'avons rien à répondre à une note qui n'a point de
bon sens: la seule réponse serait de prévenir S. M. l'empereur que, si,
le 18 août, les négociations ne sont point terminées, nous regarderons
les préliminaires comme nuls; mais, dans la position actuelle de la
république, je né pense pas que ni vous ni moi nous puissions faire
cette opération.
J'ai ordonné de jeter un pont sur l'Isonzo, et de faire des têtes de
pont; je fais marcher une légion cisalpine à Palma-Nova, et j'augmente
de trois mille hommes la division du général Victor.
Si la république se trouvait dans une situation ordinaire, et que les
négociations de Lille ne nous fissent pas une loi impérieuse de ne
rien prendre sur nous, je vous avoue qu'à la réception de votre lettre
j'eusse mis en marche toutes mes divisions, et que, sous quinze jours,
j'eusse été sous Vienne; mais, dans les circonstances actuelles, c'est
au gouvernement seul à prendre le parti que sa sagesse et la situation
des choses peuvent lui prescrire.
Je désirerais que vous demandassiez un passe-port pour votre secrétaire
de légation, et que vous le fissiez passer à Vienne: il pourrait être
chargé d'une lettre pour M. de Gallo; il pourrait voir M. Thugut et
revenir avec des renseignemens certains sur la situation des choses dans
ce pays-là. Vous ne manqueriez pas de lui recommander de tenir note de
tout ce qu'il verra en route, soit de troupes, soit de nouveaux ouvrages
de campagne.
Je ferai partir mon aide-de-camp Marmont pour Vienne; il passera par le
Tyrol, et, par ce moyen, il n'aura pas de passe-port de M. de Meerveldt.
Le but de sa mission sera de connaître les espèces d'ouvrages que l'on
fait à Vienne, la situation militaire des esprits, le véritable état de
leurs troupes.
N'oubliez rien pour que M. de Meerveldt vous accorde le passe-port pour
votre secrétaire.
Dès l'instant que quelque plénipotentiaire arrivera avec des pleins
pouvoirs et une envie sincère de commencer les négociations, je me
transporterai rapidement à Udine.